5 choses à savoir sur tom of finland, le dessinateur qui a consacré la virilité gay

Pornographe, blasphémateur, dessinateur raté : Tom of Finland n’a pas toujours été considéré comme le créateur d’une œuvre homoérotique captivante.

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19 Juillet 2017, 9:55am

« Je sais bien que mes petits « dessins cochons » ne se retrouveront jamais accrochés aux murs des grands salons du Louvre, mais j'espère qu'un jour, notre monde saura accepter qu'il y a toutes sortes de manières d'aimer. » En 1991, Tom of Finland pose un regard tendre et lucide sur une œuvre qu'il doute de voir un jour exposée dans les allées d'un musée. L'histoire lui donnera tort. Ce récit, c'est celui sur lequel s'attarde Tom of Finland, biopic réalisé par le finlandais Dome Karukoski. Pour rendre justice à l'univers fétichiste et joyeux de l'artiste, le réalisateur a choisi de raconter une vie entremêlant histoire personnelle et mutations sociales, au carrefour de la deuxième guerre mondiale, du SIDA et de la visibilité chèrement payée par la communauté gay. Mais à l'entendre, Tom of Finland n'a pas attendu le cinéma pour être un personnage romanesque : « il me fait penser à James Bond : fier et en même temps, profondément tragique, ce qui devait le rendre fascinant à regarder ». L'occasion de reconsidérer l'œuvre d'un acteur majeur de la pop culture et de découvrir sa vie, à travers un film et cinq points clés de son existence.

C'est pendant la guerre que Tom of Finland explore pleinement son homosexualité. Finlande, 1939 : alors qu'il vient de commencer à étudier l'art à Helsinki, Touko Laaksonen est mobilisé pour combattre l'armée stalinienne. Âgé de 19 ans, il découvre un monde exclusivement masculin où l'amour côtoie la violence dans le secret de bois reculés. L'intimité homosexuelle qui se négocie dans la clandestinité ouvre la voie à tous ses fantasmes. Très vite, l'uniforme marque son imaginaire et imprime à ses héros le style qu'on leur connaît : béret, blouson et bottes de cuir.

Il est l'un des premiers à montrer qu'un gay peut aussi être un homme viril. Enfant, Touko observe la musculature de son voisin fermier avec fascination : il sera l'un de ses premiers héros. Fidèle à sa passion pour l'uniforme, il invite bientôt pompiers, policiers et marins à rejoindre son univers crayonné. Quand elles ne sont pas ouvertes sur leurs torses, les chemises dont il les habille leur collent à la peau et dévoilent les muscles saillants de leurs corps vigoureux. Si l'image semble aujourd'hui archétypale, elle est alors révolutionnaire : les gays disposent désormais d'un autre support d'identification que la parodie féminine à laquelle ils sont systématiquement réduits.

C'est aux Etats-Unis qu'il connaît le succès. Tiraillé entre son job de publicitaire free-lance et sa passion pour le « dessin cochon » (c'est ainsi qu'il la désigne), Touko envoie ses productions à un magazine de culturisme américain. Le succès est immédiat. En 1973, il quitte son travail pour se consacrer pleinement à ses figures érotiques. Cinq ans plus tard, il prend la direction des Etats-Unis et inaugure une longue série de voyages outre-Atlantique. « Quand il arrive là bas, il est encore Touko. C'est à l'intérieur de la limousine qui vient le chercher à l'aéroport qu'il devient Tom of Finland, un peu comme Clark Kent qui se transforme en Superman » résume Dome Karukoski.

Face au SIDA, il défend la fierté gay. Alors que Tom of Finland écrit sa légende aux Etats-Unis, le SIDA décime la communauté dont il s'entoure. Blâmé pour une imagerie sexuelle qui ferait le jeu de l'épidémie, il continue pourtant de célébrer le sexe en rejetant les parallèles mortifères qui condamnent l'homosexualité. Tout ce que Tom of Finland souhaitait, c'était « s'éclater, danser, boire et baiser » affirme Dome Karukoski. Fier d'être homosexuel, l'artiste refuse de céder à la culpabilisation sociale générée par le virus. Au contraire, il préfère voir dans le sexe une métaphore vitale essentielle au soutien de sa communauté.

Son influence sur l'art est immense. Réalisée en secret, son œuvre s'échange d'abord dans des toilettes publiques avant de décorer les murs des galeries d'art. Pourtant, ce trajet vers la reconnaissance n'a pas eu raison du pouvoir transgressif de Tom of Finland, dont le travail frontal et minutieux continue d'étonner. Parmi la création qui revendique son influence, on compte le trait de Raymond Pettibon, les marins de Jean-Paul Gaultier, l'exubérance de Pierre et Gilles ou les silhouettes sculpturales de Robert Mapplethorpe, dont il était l'ami. La pop culture lui doit aussi un fier tribut, tant il est peu probable que le look de Freddie Mercury ou celui des Village People eut été le même sans lui. Alors, on dit merci qui ?

Tom of Finland, un film de Dome Karukoksi

Crédits


Texte : Marion Raynaud Lacroix
Photographie : Dessin de Tom of Finland