la femme est la meilleure chose qui puisse arriver à la pop française

On a percé le "Mystère" de La Femme (ah ah ah). Ils se demandent "Où va le monde ?". Ils ignorent encore qu'ils vont le sauver.

par Micha Barban Dangerfield
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02 Septembre 2016, 9:15am

Où va le monde ? Personne ne le sait, surtout pas La Femme - et c'est tant mieux. On a tenté de leur poser la question, dans un café de Barbès autour d'un thé, mais en vain. Il semblerait que La Femme adore les questions, beaucoup moins les réponses. Le groupe préfère se laisser aller à ses errances adolescentes métaphysiques et sincères, celles que l'on retrouve dans son nouvel album dont le nom évoque tout ce qu'ils sont, un Mystère. « Il y a encore plein de questions que l'on se pose et qu'on confronte dans nos chansons. Mais à la fin on conclut qu'il n'y a pas de réponse, que tout est mystérieux. » Une candeur qui fait du bien dans un monde où l'on se doit de lancer de grandes affirmations, de trouver du sens, pour tout et tout le temps. Surtout dans la pop française qui ne s'est jamais véritablement remise de l'emprise de son père, Gainsbourg, et qui a du mal à aborder sa langue avec liberté et nonchalance. Mais finalement, Mystère présente un sens caché, et il suffit d'écouter les premières paroles qui ouvrent ce nouvel opus pour le déceler : « Danser sous acide et se sentir comme une plume qui vole au gré du vent. » Finalement, la voilà notre réponse. 

Avant que Clémence, Nunez, Sam et Noé rejoignent le groupe, La Femme s'est formé en 2009 sur le sable chaud de Biarritz autour de deux copains de lycée, Sasha et Marlon, fanas de synthés eighties, de culture surf et de pop. Une fois débarqués dans la capitale, tandis que leurs copains portaient des slims et bougeaient leurs cheveux gominés sur les Naast ou les BB Brunes, La Femme (enfin SOS Mademoiselle à l'époque) se lâchait sur la scène anarcho de la Confédération Nationale du Travail, comme de bons vieux rockeurs. Mais il serait trop simple de réduire La Femme au rock ou même à la pop. Les placer sur un échiquier musical relève presque de l'impossible. La seule façon d'expliquer leur anatomie musicale serait peut-être d'imaginer une immense orgie rassemblant les Vautours, Elie et Jacno, Daniel Darc, David Gilmour et Robert Smith. Le tout orchestré par Rihanna. Oui j'ai bien dit Rihanna. Parce que comme elle, La Femme produit des tubes qui restent dans la tête. Pour résumer la formule : le groupe réinterprète le nihilisme corrosif des années 1970, possède le magnétisme des groupes sixties et diffuse le sexy des années 2000. Bref, un bordel immensément joyeux. 

Leur premier album Psycho Tropical Berlin sorti il y a trois ans, annonçait déjà l'avènement d'un groupe on ne peut plus désirable. Son rayonnement à l'étranger en deviendra gage. À peine formé, le groupe s'est lancé sur les routes de la Californie, en Asie et partout en Europe. Le Femme a même réussi à se hisser sous un chapiteau de Glastonbury, un privilège pour tout groupe ayant élu le français comme langue de création. « C'était une volonté de départ de s'ouvrir à d'autres pays. Quand tu t'ouvres, les gens s'ouvrent à toi. Ça marche comme ça en fait. Et puis Internet facilite tout ça » explique Sasha. Pas besoin de grands discours pour dire des choses simples : la (vraie) générosité se passe de poncifs. Autour de Marlon et Sacha, depuis toujours la bande, le gang, et de plus en plus de groupes/groupuscules s'agrègent, comme aimantés par leur fantastique aura relax brûlante. On les retrouvera à la fin du mois en curators, à Biarritz pour le Rat's Cup festival dont ils ont imaginé le line-up. Un retour au bercail pour célébrer le surf et la musique. « On a demandé à des copains de venir jouer ou des petits groupes pas trop connus. Il ne faudra pas manquer la Tendre Émeute, La Mouche, Hypervision ou encore Juniore sur scène. Ils sont tous hyper doués » explique Sasha. Une génération se lève. Et elle a l'air de bonne humeur.

Pour cette rentrée, La Femme s'embarque un peu plus loin et semble avoir grandi mais garde incontestablement sa gigue d'adolescente. Toujours un peu naïve, elle ne perd pas sa fougue et ne peut se résoudre à devenir adulte. Comme le premier album, Mystère explore un nombre infini de possible, et pousse un peu plus loin : « L'album est un peu plus deep. On a grandi, on a appris des choses. En termes de musique, on part en délire, on va plus loin, on développe plus de styles » nous dit Marlon. À la lecture, ses textes forment un recueil de problématiques insolvables. Dans Sphynx, La Femme prend de l'acide dans un désert psyché sur des synthés type orientaux. Dans Septembre, la petite sœur de Marlon pleure la fin de l'été et les orgelets qui lui poussent aux yeux juste avant la rentrée tandis que dans Mycose, une voix féminine établit un plan d'évasion, un exil dans l'espace pour soigner ses désagréments féminins. Un enchaînement de 15 morceaux qui porte jusqu'au cosmos et raconte les rêves et dérélictions d'une jeunesse joyeuse, qui se fout des cases et compte bien s'éclater à n'en plus pouvoir pendant que ce monde fait semblant de tourner rond. 

Sinon, ils nous ont demandé de faire passer cette annonce : « On est à la recherche d'un mécène avec plein d'argent qui pourrait nous acheter un hangar dans lequel on refera la Factory en mode Andy Wharol. Un truc gratuit. On fera des connexions avec des artistes du monde entier en les invitant chez nous. Et on a une super machine à café pour faire de bons expressos.»

Credits


Photographie : Axel Morin
Texte : Micha Barban-Dangerfield

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