5 choses à savoir sur « petite amie », le teen movie lesbien venu d'israël

Avec Petite Amie, Michal Vinik vient s'ajouter aux cinéastes porteurs d'avenir pour le cinéma indépendant israélien.

par Marion Raynaud Lacroix
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02 Août 2017, 2:35pm

Aujourd'hui en salles, Petite Amie raconte une histoire d'amour entre Naama et Dana, deux lycéennes qui malgré la consonance de leurs prénoms, ont au départ assez peu en commun. Ses citations au cinéma indépendant américain (Gus Van Sant en tête) n'empêchent pas le film d'embrasser des sujets encore trop peu explorés : le passage à l'adolescence en Israël et l'expérience de l'homosexualité dans un contexte a priori peu favorable à son épanouissement. L'occasion de découvrir le film de Michal Vinik, en 5 points clés.

Un premier long-métrage. Après des études de cinéma à l'Université de Tel Aviv, Michal Vinik réalise Bait, un court-métrage qui file ses premières obsessions : adolescence, sororité, rencontre du désir amoureux et découverte de soi. Un autre court et quelques projets télé plus tard, elle écrit et réalise Petite Amie, teen movie délicat où les limites de la liberté s'éprouvent à travers la naissance d'une histoire d'amour. Comme dans Bait, ce sont deux filles qui mènent la danse : « j'ai voulu faire un film à propos de nous, les femmes telles que je les connais : fortes, vivantes, audacieuses. »

Un teen-movie lesbien. Petite Amie emprunte volontiers aux codes du teen movie : la relation avec les parents est conflictuelle, la soif d'interdit intarissable et la société incompréhensible aux yeux de celles qui n'aspirent qu'à être indépendantes. A la différence près que Naama ne fantasme pas sur le brun ténébreux le plus populaire de son lycée : son crush à elle s'appelle Dana, une blonde aux sourcils bleus à qui ses tatouages prêtent une grande assurance. En écrivant cette romance lesbienne, la réalisatrice a souhaité étoffer les représentations liées à l'homosexualité féminine  : « je me suis dit que ce serait bien d'écrire une histoire simple sur des filles au lycée ». Loin des serial killeuses ou des vampires suceuses de sang, Petite Amie s'impose dans le discret paysage du teen movie lesbien et dépeint une autre homosexualité, à la fois assez banale et profondément intime.

Un portrait de jeune femme. Dans la famille de Naama, ce sont les filles qui défient l'autorité : chacune tombe amoureuse en dépit des règles que la société lui dicte. Mais hors de la cellule familiale, la solidarité s'organise et l'amitié s'impose comme un espace de secrets où la transgression finit par être possible. Parce qu'elle est le personnage central de ce récit d'apprentissage, Naama invite le spectateur dans son tâtonnement à la recherche d'elle-même. Interprétée Sivan Noam Shimon, elle désarçonne par sa confiance, son éclat brut et réfractaire : « Je voulais représenter une rebelle. Une fille qui ne suit pas bêtement les règles qu'on lui impose », affirme la réalisatrice à son sujet.

Une lumière sur les contradictions israéliennes. « J'ai essayé de mélanger les codes du film de lycée américain avec une histoire très intime que j'avais besoin de raconter, très contemporaine, en Israël. » explique Michal Vinik. Comme de nombreux adolescents, Naama clive les univers qui la traversent. Sa famille existe dans une sphère distincte de celle de ses amis, sa vie au lycée s'oppose à celle qu'elle mène à la maison, et sa sexualité se manifeste différemment selon le milieu auquel elle s'expose. Pourtant, à l'échelle du film, c'est bien le décalage entre ses aspirations et les normes de la société israélienne qui finit par s'imposer, révélant une société prisonnière d'elle-même, dont le seul salut semble contenu dans le pouvoir contestataire d'une jeunesse endormie.

Une réflexion sur l'amour. Sans réellement insister sur sa dimension homosexuelle, Michal Vinik aborde la relation entre Naama et Dana en lui conservant une émotion intuitive. Face à l'évidence du sentiment se dresse donc un monde dont les problèmes "sérieux" restent aux mains des adultes. Et si Petite Amie se révèle malgré tout trop allusif quant au contexte socio-politique qui l'entoure, il faut lui reconnaître le courage de présenter l'amour comme une transgression possible face à l'ordre social israélien. Murmurer que face à ce monde hostile, la seule issue réside dans un tourment aussi bouleversant qu'éphémère, celui de l'adolescence. 

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Texte: Marion Raynaud Lacroix

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