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helmut newton, amoral et immortel, s'expose à amsterdam

Une immense exposition au Foam retrace le parcours, la vie et les nus du très grand photographe allemand à partir du 17 juin.

par Malou Briand Rautenberg
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15 Juin 2016, 11:55am

yves saint laurent, vogue france, rue aubriot, paris 1975 © helmut newton / helmut newton estate

"Les vêtements, ce n'est pas très important". Cette phrase n'a aucune sorte d'intérêt si l'on omet de citer son opulent créateur, Helmut Newton, s'exprimant à la télévision française sur son sacre, son amour des femmes et sa carrière de photographe de mode - avec l'accent Aussie de rigueur, of course. En face de lui, sur le plateau, Susan Sontag, illustre critique américaine et contemporaine d'Helmut, tacle ses clichés de 'misogynes'. On est en 1979 et Newton, photographe épris de la capitale française a deux amours : le luxe et les femmes. Nues et de préférence et en talons aiguilles, toutes sont passées sous son objectif, fières et puissantes entre les cadres grandeur nature que le photographe et metteur en scène affectionnait particulièrement. Ode aux femmes ou caricature tronquée, machiste et fantasmée ? Les deux, probablement. De Vogue à Hermès, son esthétique indécente, limite SM, a fait chavirer l'image d'un Paris muséal, autrefois emmitouflé dans son conformisme et sa bienséance. 

Catherine Deneuve, Esquire, Paris 1976 © Helmut Newton / Helmut Newton Estate

Helmut Newton était un esthète impudique. Et c'est en se foutant des sapes qu'il a sublimé la mode parisienne des eighties, forcément sculpturale et toute en démesure - ce qui l'animait, ce n'était pas tellement le vêtement mais celle qui le portait. Et s'il a commencé sa carrière entouré de belles choses et de matières précieuses (l'homme a toujours eu un certain goût du luxe bien à lui), c'est aux côtés d'Yves Saint Laurent qu'il a renversé les codes du chic et fait du smoking réservé à la gent masculine, un costume plus féminin et libre que jamais - loin des cadres qu'imposait la société patriarcale aux femmes. Succèderont sous son objectif Charlotte Rampling pour Playboy, Catherine Deneuve, plus indécente encore qu'en Belle de Jour chez Buñuel, Isabelle Huppert dans sa rousseur la plus incandescente et June, sa femme, assise dans le coin d'un tirage suggestif aux côtés des mannequins martiales face au miroir. C'est à elle (une femme, donc), que l'on doit la réalisation du documentaire "Helmut By June", sorti en 1995. On y décèle toute l'outrance et la complexité du personnage à la jeunesse immortelle - moins misogyne qu'on ne le pense, sans doute, plus que jamais amoureux de la grandeur des femmes. 

Self Portrait with Wife and Models, Vogue Studio, Paris 1981 © Helmut Newton / Helmut Newton Estate 

foam.org/helmut-newton

Credits


Texte : Malou Briand Rautenberg