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ichon : "j'ai compris le système et je vais m'en servir"

Aujourd'hui sort Dangerous, le nouveau clip d'Ichon, la silhouette la plus classe du rap français. On lui a posé quelques questions.

par Antoine Mbemba
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14 Avril 2016, 10:15am

La voix est grave, le style vestimentaire imparable, la prod atmosphérique à défaut d'hydroponique. Le flow traînant prend le temps de choisir ses mots, de ciseler son rythme. Le résultat est unique. On y perçoit des échos de Solaar. La comparaison on l'a beaucoup faite, trop peut-être. Ichon s'en tape du rap et de ses héritages. Mais on n'est que journalistes, on est pas là pour inventer la poudre. On est là pour trouver de l'or. Ça tombe bien, le rappeur originaire de Montreuil en est fait. 

Là depuis des lustres et discret malgré lui depuis trop de temps, Ichon c'est le gars qui s'allonge aux sommets du rap game parce qu'il s'en contrefout, qu'il fait son propre jeu de son côté, trouve sa musique et sa manière de poser hors des murs parfois trop caractérisés du bpm actuel. L'élève du fond de la classe qui regarde les nuages mais se tape la mention en fin d'année. Et la plus belle meuf du lycée. Une aisance rageante qui force l'admiration et qui semble flotter dans l'air ambiant que se partage son crew, Bon Gamin. 

Pour prendre la mesure de la versatilité du bonhomme, on vous ordonne (c'est obligatoire) l'écoute d'un Cyclique suivi d'un Pulsion ; ou d'un Blue suivi du tout récent Marche ou crève. Ou de son œuvre dans tous ses recoins. Si la plume et le charisme ne vous sautent pas au plus profond de la rétine et des tympans, la dernière bombe du rappeur saura vous percuter le cortex. On le retrouve dans un clip léché (réalisé par Julot Bandit) aux côtés d'Ylva Falk pour un face à face des plus symbiotiques... plus Dangerous que jamais. Le verbe est caverneux, sexy et lancinant. Le rap français regarde en silence. 

Est-ce que tu peux te présenter ?
Je suis Ichon, j'ai 25 ans, je viens de Montreuil et je fais du rap depuis toujours. A coté de ça, je gagne ma vie, je paye mon loyer, je réalise mes rêves.

Qu'est-ce qui t'influence ?
Une bonne prod, une bonne soirée, un bon cognac, une jolie fille, ma mère, la pluie...

C'est quoi le son que tu écoutes en boucle en ce moment ?
Un morceau que je suis en train de faire avec Loubensky. Il s'appelle Super Hero et sera dans mon prochain projet, après celui qui arrive en mai.

L'écriture, ça te vient d'où ?
J'ai commencé par écrire des lettres d'amours aux filles, genre en CE2. Et des lettres d'excuses à mes parents, aussi, pour toute la peine que je leur causais. J'écrivais aussi des chansons, des raps, puis des SMS énormes. Je me suis toujours senti plus à l'aise à l'écrit. Les dissertations, les chats, les jeux de mots...

Comment tu définirais ton rap ?
C'est un gimmick de journaliste, ça, qui a d'ailleurs formaté les auditeurs à classifier leurs artistes, ce qui nous force, nous musiciens, à ranger notre musique pour rentrer dans les cases. Ma musique est naturelle. J'écrivais ces lettres d'amours ou ces lettres d'excuses comme j'écris mes chansons aujourd'hui.

L'esthétique et le style, c'est important dans ton boulot ?
Important c'est un grand mot. J'ai bon goût, si c'est ce que tu veux dire. Après ouais, je crois que ça va avec moi.

La mode, c'est un truc qui t'intéresse ?
C'est de la merde. Dans ce que tu me dis je ne vois que de l'argent, donc oui ça m'intéresse. Mais je prends mon biff et je me taille dedans.

Tu peux me parler un peu du concept de ta marque de vêtements ?
Ma marque Dumaiii avec Zoe Boy et De RRusie. On n'a rien à voir avec la mode et le luxe. On est dans le partage, l'apprentissage, le voyage et effectivement l'esthétisme. C'est un projet encore jeune qu'on a démarré au Sénégal il y a 2 ans. On y a fait notre premier essai. Malheureusement, nous sommes tous les trois dans plein de trucs en même temps alors c'est en stand-by pour le moment, avant le prochain voyage à Cuba.

Tu as pu déplorer le fait de ne pas avoir été suffisamment relayé par les médias…
J'étais trop naïf par le passé. Je pensais que vous viendriez me chercher tout seuls, en pensant que c'était votre boulot de parler des artistes intéressants pas encore connus. Mais en fait non. Votre boulot c'est de relayer ce qui se relaie déjà tout seul. J'ai mis du temps à comprendre ça. Alors maintenant je ne vous en veux plus, j'ai compris le système et je vais m'en servir.

Qu'est-ce que tu pense du paysage actuel du rap français ?
Je trouve ça cool. C'est ouvert. On peut rapper sur de la musique africaine et dire qu'on a créé un mouvement, mettre le vocoder à fond sur des beat YouTube, ne rien dire et péter le score, ou encore faire du copié-collé de ce qui se fait déjà et passer pour un génie. Y'a donc des choses qui se passent, c'est cool.

Percer n'est pas du coup plus complexe, dans un milieu aussi éparpillé ?
Je ne sais pas. Je ne me sens pas rappeur. Les maisons de disques, si elles veulent te faire "percer" elles mettent les sous puis c'est tout. On ne parle pas de la même chose. Moi je fais ma vie. Je ne vais pas exploser dans les règles. J'arrive par derrière.

Ton morceau précédent s'appelle Marche ou Crève. C'est un leitmotiv de carrière ?
C'est la vie marche ou crève, donc tu le prends comme tu veux.

Qu'est-ce que tu peux me dire de ton projet à venir, #FDP ?
C'est mon nouveau projet, un EP de 7 titres produit par 22note et Myth Syzer. Enregistré, mixé et masterisé au studio Grande Ville. Il fait le pont vers mon projet plus conséquent à venir derrière.

« La vie n'est belle que quand on réalise ses rêves, parole de Yann Ichon. » C'est quoi tes rêves ?
Une maison à Ourika au Maroc dans laquelle j'ai un atelier de couture, un studio d'enregistrement, une femme que j'aime, deux chiens et un chat. Un loft à Montreuil pour quand je viens bosser à Paris ou que ma femme m'a saoulé et qu'une pétasse me manque. Beaucoup d'argent. Du travail, du travail et encore du travail. La musique c'est qu'une partie de ce que je fais. Je ne veux pas trop en dire sur ce que je fais à coté, vous serez au courant bien assez vite.

Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour 2016 ?
Beaucoup d'argent. Le reste viendra avec.  

Credits


Texte : Antoine Mbemba