Casey Steffens et Mariah Winter. Photos par Jingyu Lin

vous voulez être assistante photo ? 9 pros vous livrent leurs conseils

Quelques tips pour percer au sein d'une industrie encore majoritairement masculine.

par Jingyu Lin
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11 Février 2019, 10:14am

Casey Steffens et Mariah Winter. Photos par Jingyu Lin

A une époque où nous luttons pour l’égalité des sexes, le travail d’assistant photographe demeure majoritairement masculin. La disparité entre les assistants et les assistantes photographes semble d'ailleurs bien plus importante que celle qui sévit entre les photographes hommes et femmes. Rien de bizarre à ce que les femmes aient l’impression d’être traitées différemment sur un plateau – la plupart du temps par des assistants masculins plus âgés. « L’objectification n’est pas réservée aux femmes qui se tiennent face à l’objectif, déclare la mannequin et photographe Allison Brooks. C’est un problème répandu dans l’industrie de la photographie. Bien que tous les hommes ne contribuent pas à ce problème, cela doit quand même changer. »

i-D a rencontré neuf assistantes photographes afin de comparer leurs expériences et de comprendre comment accéder au monde de la photo.

Allison Brooks by Jingyu Lin
Allison Brooks. Photographie Jingyu Lin.

Allison Brooks, 24 ans

Comment as-tu commencé dans le métier ?
J’ai eu l’opportunité de faire un stage chez Milk Studios quand j’ai emménagé à New York il y a deux ans et demi. Peu de temps après, j’ai signé dans une agence de mannequins. Mais je me suis rendue compte que je n'arrivais pas à faire les deux. J’ai donc décidé de quitter mon stage pour trouver un travail d’assistante par moi-même.

Pour quels photographes as-tu travaillé ?
Charlotte Wales, Jason Kibbler, Rebekah Campbell, Jordan Hemingway…

As-tu déjà eu le sentiment qu'être une femme te désavantageait ?
Le fait que je sois une femme n’a rien à voir avec ma capacité d’assister sur un shooting. Les femmes peuvent travailler avec la même rapidité, la même précision, et la même passion que n’importe quels hommes. Je sais, en revanche, que les femmes dans l’industrie sont désavantagées par les stéréotypes de genre. L’objectification n’est pas réservée aux femmes qui se tiennent devant la caméra, c’est un problème répandu dans toute l’industrie de la photo. Et bien que tous les hommes ne contribuent pas à ce problème, c’est quand même quelque chose qui doit changer. Après avoir assisté pendant plus de deux ans et demi, je continue à m’habiller sciemment d’une façon « non aguicheuse » qui ne révèle pas un centimètre carré de peau et ne laisse pas deviner ma silhouette. J’ai déjà eu des commentaires de type « Oh, tu es trop jolie pour être assistante », comme si mon apparence avait un rapport avec ma performance professionnelle.

Quand j’ai commencé à travailler en tant qu’assistante, j’ai évité de révéler mon intérêt pour le mannequinat et pour la comédie lorsque je travaillais avec d’autres assistants masculins. J’ai évité de partager mes profils sur les réseaux sociaux : je savais qu’après avoir vu des photos de moi très maquillée ou peu vêtue, ils risqueraient de ne plus me prendre au sérieux et me traiter-moins respectueusement. Mais ma confiance en mes compétences d’assistante a progressivement augmenté, ainsi que ma volonté de m’exprimer et de ne pas me laisser inhiber par les opinions des autres. J'ai décidé de refuser qu'on m'empêche de réaliser mes rêves.

Quels souvenirs marquants gardes-tu ?
Je me souviens de journées à suer, à courir avec des projecteurs sous un bras et des extensions de câbles sous l’autre, tout en grimpant à une échelle de 5 mètres, essayant de me convaincre que je n’avais pas le vertige, tout ça pour arriver à l’heure sur le plateau. D'heures passées à appeler et à envoyer des mails à des photographes, sans jamais recevoir de réponse de beaucoup d’entre eux. De semaines sans travailler, pendant lesquelles je me demandais d’où viendrait ma prochaine paye, tout en refusant obstinément de prendre un « vrai boulot ». Même si c’est parfois incroyablement frustrant d’être assistante photographe en freelance, je n’ai pas laissé ces galères me décourager. Assister un photographe m’a appris à ne jamais me décourager et me rappelle ce qui m'avait poussée à emménager à New York : me dépasser et me battre pour un grand rêve.

Un conseil à donner ?
Le conseil que je donnerais à une femme qui entre dans l’industrie de la photo serait de connaître sa valeur, de PARLER quand quelque chose la met mal à l’aise, de persévérer, de demander ce qu'elle veut, parce que personne ne le lui donnera sinon et comme dirait ma mère : « DE TOUT DÉFONCER ! »

Ally Chen by Jingyu Lin
Ally Chen. Photographie Jingyu Lin.

Ally Chen, 23 ans

Comment es-tu devenue assistante photographe ?
Je suis photographe/cinéaste, ça fait maintenant quelques années que j’assiste un peu, mais je n’ai pas pris le travail d’assistante au sérieux avant d’emménager à New York en 2017.

Pour quels photographes as-tu travaillé ?
James J. Robinson, India Sleem, et Levi Walton.

Comment vis-tu le fait d'être une femme dans cette industrie ?

Heureusement pour moi, je n'ai travaillé qu'avec des gens qui me tiraient vers le haut, je ne me suis donc pas sentie désavantagée. Il m'est souvent arrivé d'être prise pour la maquilleuse ou la styliste (ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi), mais je trouve intéressant de voir que les gens continuent à supposer que les femmes ne travaillent pas à des postes majoritairement masculins.

Quels souvenirs marquants gardes-tu ?
L’automne dernier, j’ai eu la chance d'aller au Mexique pour assister sur une campagne publicitaire sortie dans toute l’Amérique du Nord - ce qui était assez surréaliste. Ou la fois où nous avons shooté Kylie Jenner.

Un conseil ?
Parle de tes idées pour les approfondir, et n’hésite pas à envoyer des DM aux photographes qui t’inspirent pour leur demander s’ils ont besoin d’un coup de main !

Amelia Hammond by Jingyu Lin
Amelia Hammond. Photographie Jingyu Lin.

Amelia Hammond, 24 ans

Comment es-tu devenue assistante photographe ?
Ça fait un peu plus d’un an. J’ai commencé quand je suis arrivée de Paris à New York. J’ai envoyé des mails à tous les photographes dont j’admirais le travail pour voir s’ils avaient besoin d’une assistante, et j’ai eu quelques réponses ! Puis le reste s’est fait par recommandation.

Pour quels photographes as-tu travaillé ?
J’ai travaillé pour Suzanne Saroff, Rémi Lamandé, Matt Tamarro, James Porto, Roger Tully, Francis Hammond.

As-tu le sentiment que le fait d'être une femme soit un désavantage dans cette industrie ?
Oui et non. Oui, parce que j’ai l’impression que les gens ne s’attendent pas à ce que je sache de quoi je parle, et je me sens aussi intimidée quand on me pose une question dont j’ignore la réponse. C’est presque comme si j’avais peur de demander, pour ne pas avoir l’air d’avoir besoin d’aide. Et non, parce que j’ai eu beaucoup de chance avec les équipes avec lesquelles j’ai travaillé, je suis tombée sur de nombreuses équipes féminines ! Il y a une certaine solidarité.

Quels souvenirs marquants gardes-tu ?
Mon job préféré, c'était d’aller à Tulum avec Suzanne Saroff, sur un shooting pour un maillot de bain. J’ai passé quatre jours avec la plus incroyable des équipes.

Un conseil ?
Si tu n’es pas certaine de vouloir faire une école de photo, ne la fais pas ! Fais un stage avec un photographe, puis assiste, tu apprendras davantage, et plus vite. N’aie pas peur de poser des questions aux autres assistants. Et n’oublie pas te travailler sur tes projets personnels !

Austin Sandhaus by Jingyu Lin
Austin Sandhaus. Photographie Jingyu Lin

Austin Sandhaus

Comment es-tu devenue assistante photographe ?
Il y a bientôt deux ans. J’ai fait un stage avec Simon Burstall.

Avec quels photographes as-tu travaillé ?
Danielle Levitt, Paola Kudacki, Simon Burstall, Katie McCurdy, Andrew Jacobs et d’autres.

Quels souvenirs marquants gardes-tu ?
Je crois que toutes mes expériences sont mémorables !

Un conseil ?
L’industrie de la photo est une industrie du service : sois précise, alerte et cool ; développe une carapace, mais sois sympa si tu veux qu’on soit sympa avec toi.

Casey Steffens by Jingyu Lin
Casey Steffens. Photographie Jingyu Lin.

Casey Steffens, 22 ans

Comment es-tu devenue assistante photographe ?
Ça fait environ trois ans que je suis assistante. J’ai commencé à travailler chez ROOT Studios à Brooklyn où je suis restée un an, et je me suis lancée en freelance juste après.

Quels sont les photographes pour lesquels tu as pu travailler ?
Je travaille principalement pour Anne Menke. Cela va bientôt faire deux ans qu’on bosse ensemble et c’est génial.

As-tu l’impression d’être désavantagée en tant que femme dans ton travail ?
Je n’ai jamais perçu le fait d’être une femme comme un désavantage sur un shooting. J’ai eu la chance de travailler avec des gens incroyables qui ne m’ont jamais rabaissée. J’ai l’impression que tant que tu travailles dur, les gens ne t’emmerdent pas, du moins, d’après mon expérience. C’est vrai que quand j’ai commencé, certaines personnes ne m’écoutaient pas, mais j’avais l’impression que c’était davantage lié à mon âge qu’à mon genre.

Quels souvenirs marquants gardes-tu ?
Je pense qu’avoir l’opportunité de voyager et de travailler avec Anne a été ma meilleure expérience jusqu’ici. Mon shoot préféré a été un éditorial pour le Vogue néérlandais à Grenade, en Espagne. L’une des mes amies proches était assistante styliste dessus. Nous avons séjourné dans un hôtel troglodyte et avons pu voir des endroits magnifiques avec des gens géniaux et du flamenco ! Anne est un mentor, elle soutient mes propres projets créatifs, je ne pourrais pas être plus reconnaissante !

Un conseil ?
Travaille dur, aies confiance en ta valeur et fais ce qu’il y a de mieux pour toi. Je préfère travailler sur des éditoriaux pour 150$ et ne pas déjeuner que de shooter pour l’e-commerce dans un studio sombre toute la journée. Tout le monde est différent. Parfois, je crois qu'il faut savoir faire des sacrifices.

Ligeia Moltisanti by Jingyu Lin
Ligeia Moltisanti. Photographie Jingyu Lin.

Ligeia Moltisanti, 28 ans

Comment es-tu devenue assistante photographe ?
Mon premier travail rémunéré a été d’assister le tandem photographe/styliste Alessandro d’Andrea et Cinzia Brandi sur des shoots quand j’avais 15 ans. À l’école, je prenais des cours de photo et j’ai toujours méticuleusement organisé mon travail. Quand j’ai eu 24 ans, Cinzia a fait appel à moi, ce qui a abouti sur un boulot à plein temps pour l’équipe de production in-house de UNIS pendant cinq ans.

À cette époque, je suis tombée sur le photographe Simbarashe Cha sur la 7 e Avenue, au coucher du soleil. Il m’a prise en photo parce que je portais des disques de jazz mais aussi, bien sûr, parce que c’était l’heure magique. Ces trois ou quatre dernières années, il m’a appris presque tout ce que je sais. Simbarashe m’a formellement présentée à Diely. Il est facile de se sentir perdue lorsqu’on évolue dans la photo. L’énergie brésilienne est contagieuse. C’est une véritable bénédiction que de pouvoir l’aider à réaliser sa vision.

Quels sont les photographes avec lesquels tu as travaillé ?
Alessandro d’Andrea & Cinzia Brandi, Simbarashe Cha, et Driely Carter.

Comment vis-tu le fait d'être une femme dans cette industrie ?
J’ai l’impression que j’ai eu une expérience professionnelle inhabituelle dans mon métier. J’ai toujours travaillé pour des gens qui – je le voyais bien – me respectaient profondément. Cette industrie est la seule dans laquelle je n’ai pas expérimenté de sexisme, mais seulement une camaraderie sincère visant à produire un travail d’équipe efficace et gracieux.

Un conseil ?
Etudie méticuleusement le travail de ceux que tu admires, et étudie aussi leurs références. Si tu t’en sors bien sur le terrain, alors essaye d’y aller le plus possible. Dis ta vérité. Créé une relation créative significative avec au moins un autre photographe, de préférence quelqu’un qui a plus d’expérience. Sois humble et comprends que tu peux apprendre des tas de choses de ces relations. Petit tuyau : si un photographe a assez d’expérience pour avoir un agent, il a probablement toute une équipe derrière lui.

Elizabeth Stemmler by Jingyu Lin
Elizabeth Stemmler. Photographie Jingyu Lin.

Elizabeth Stemmler, 27 ans

Comment es-tu devenue assistante photographe ?
Je suis assistante depuis un peu plus de trois ans. J’ai obtenu une licence en photographie. Peu après, j’ai commencé à travailler dans un studio photo, pendant environ trois ans. Un jour, j’ai décidé de me lancer en tant qu'assistante freelance. J’ai envoyé des mails, quelques personnes ont misé sur moi dès le début, et les choses ont évolué avec le temps.

Quels sont les photographes pour lesquels tu as travaillé ?
Sacha Maric, Alique, Martin Schoeller, Ryan McGinley, Lara Jade, Christian Hogstedt et Tawni Bannister.

Te sens-tu désavantagée en tant que femme ?
Je ne dirais jamais que c'est un désavantage, mais je dirais qu'être une femme assistante peut constituer un défi, parfois. On m'a souvent sous-estimée parce que je suis une femme. Autre chose qui m'énerve sur un plateau, c'est quand quelqu'un me dit: "Oh, c'est lourd, je vais porter ça pour toi" en parlant du matériel que je porte et que je déplace tous les jours. C'est agaçant d'être tout le temps considérée comme une petite chose fragile juste parce que je suis une femme. J'ai travaillé extrêmement dur pour en arriver là, et je n'aime pas être sous-estimée à cause de mon genre.

Quels sont tes souvenirs les plus marquants ?
Assister à des shoots incroyables, voyager dans des endroits magnifiques, et rencontrer des gens hyper cools. Un souvenir qui me fait rire, aussi simple soit-il, c'est quand nous avons voyagé à Alicante en Espagne, pendant la basse saison. Toute la ville et l’hôtel étaient vides, hormis l’équipe, et il y avait cette musique de Noël instrumentale assez dingue qui passait partout où nous allions. On aurait dit qu’on avait tous basculé dans un univers parallèle.

Un conseil ?
Plonge vers l’inconnu et travaille dur. Si tu donnes tout ce que tu as et que tu refuses qu’on te dise « non », ça finira forcément par porter ses fruits.

Mariah Winter by Jingyu Lin
Mariah Winter. Photographie Jingyu Lin.

Mariah Winter, 26 ans

Quand es-tu devenue assistante photographe ?
Je suis assistante depuis quatre ans.

Quels sont les photographes pour lesquels tu as travaillé ?
Bon Duke, Rémi Lamande, David Slijper, et bien d’autres.

Perçois-tu le fait d’être une femme comme un frein dans le métier ?
J’ai l’impression qu’une grande partie du désavantage est mental. Je le ressentais plus quand j’ai commencé, puis j’ai pris conscience du fait que si une personne traite une femme différemment sur un shoot juste parce que c’est une femme, alors le problème vient d'elle et pas de moi. Quelqu'un qui refuse d’embaucher une femme parce qu’elle « ne peut pas porter » assez ou une autre raison de ce genre n’est pas une personne avec qui j’aurais envie de travailler de toute façon.

Des expériences mémorables ?
J’ai eu des expériences merveilleuses en tant qu’assistante, comme le fait de pouvoir voyager dans des lieux merveilleux un peu partout, de travailler avec des professionnels de l’industrie que j’ai toujours respecté et dont j’ai appris ÉNORMÉMENT. Mais il y a aussi eu des photographes qui me traitaient bizarrement ou mal. Mais toutes ces expériences te font apprendre et t’aident à changer d’état d’esprit.

Un conseil ?
Bien sûr, il faut en apprendre autant que possible sur la technique, mais il faut également trouver des gens avec lesquels on peut être soi-même pour qu’ils deviennent nos mentors. Je pense que c’est comme ça qu’on apprend le plus, et que c'est aussi comme ça qu’on a la meilleure expérience possible sur le shoot.

Marion Grand by Jingyu Lin
Marion Grand. Photographie Jingyu Lin.

Marion Grand, 27 ans

Quand es-tu devenue assistante photographe ?
Ça fait huit ans que je suis assistante. J’ai commencé à Paris. Après une école de photo, j’ai commencé à travailler dans un studio où j’ai beaucoup appris sur l’industrie de la mode. Dans le même temps, je photographiais de l’e-commerce pour Louis Vuitton dans ce studio.

Quels sont les photographes pour lesquels tu as pu travailler ?
Greg Kadel, Giampaola Sgura, Jason Nocito, Zoey Grossman, etc.

As-tu l’impression qu’être une femme te désavantage en tant qu’assistante photographe ?
Il est définitivement plus difficile de tracer sa propre route, mais une fois que tu as rencontré les bonnes personnes, et que tu as réussi à créer un lien avec, j’ai l’impression que ça devient plus facile. Mais c'est vrai qu'au début il faut travailler trois fois plus dur que les hommes pour prouver que tu es capable d’en faire autant qu’eux, si ce n’est plus.

Des expériences mémorables ?
J’ai travaillé sur des jobs vraiment cools, rencontré des gens fantastiques, et voyagé dans des endroits où je ne pensais jamais aller. J’essaie juste de rendre chaque jour mémorable !

Un conseil ?
SOURIS, sois polie, et à l’heure. N’oublie pas de t’amuser !

Cet article a été initialement publié sur i-D US.

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