une leçon de photographie (et de goût) avec felicity ingram

Sa carrière est encore jeune, mais le talent de Felicity Ingram a déjà secoué l'industrie de la beauté.

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juil. 19 2018, 8:55am

De la prolifération du lip liner par le biais de la dynastie Kardashian au questionnement des normes physiques par Fecal Matter, autant dire que nous vivons dans une ère de bouleversements des standards de beauté. La perception que nous avons de nous-mêmes et les frontières de ce que nous trouvons « beau » ont changé à une vitesse ahurissante, depuis qu’une humble application de partage de photos est devenue une plateforme ou débattre de la définition, ou la redéfinition, de la beauté. Comme nous avons dû le mentionner une ou deux fois dans i-D, Instagram a donné naissance à un mouvement d’idées neuves et a créé une nouvelle vague d’imagerie de la beauté dans le même temps.

Si cette démocratisation est une bonne chose, le fait de créer des photographies de beauté puissante et évocatrices pour les pages de magazines l’est tout autant et demande un œil décisif et perspicace. Justement, Felicity Ingram, photographe beauté basée à Londres, s’est construit une carrière en faisant exactement ça, amassant au passage un portoflio vertigineux. En travaillant avec des publications comme Vogue, Metal et Wonderland et des marques de cosmétiques comme YSL Beauty, Chanel et Gucci, elle a développé un travail à la fois osé, théâtral, brut et plein de portraits touchants. Sans diplôme de photographie, Felicity a commencé à travailler en tant qu’assistante très jeune et a appris la technique sur le tas. Avec nous, elle discute ici de son quotidien de photographe beauté et de sa vision de l’industrie.

Parle-moi un peu de toi. Où as-tu grandi ?
Je viens de Bath. J’adorais la musique alternative quand j’étais plus jeune, et j’ai commencé à prendre en photos les groupes locaux et mes potes. J’ai aussi eu la chance de tomber sur un super prof de photo à l’école, qui m’a poussé dans la bonne direction.

Quel est le photographe qui t’a marquée en premier ?
Irving Penn, quand j’étais jeune ado. Ce sont ses images qui m’ont tournée vers la beauté.

Tu as étudié la photographie à l’université ?
Je n’ai pas de diplôme en photographie. Mais j’ai travaillé en tant qu’assistante très tôt. Je pense que, d’un point de vue technique, c’est plus important de travailler sur le set d’un photographe professionnel.

Dans une industrie saturée d’images, comment fais-tu pour garder des idées neuves et fraîches ?
Je ressens toujours la même excitation quand je crée quelque chose de beau et d’unique. C’est ça qui me pousse à continuer à explorer de nouveaux concepts.

Comment arrives-tu à conserver une forme d’originalité quand on a le sentiment que tout ou presque a déjà été fait ?
On est toujours influencé par nos propres expériences, les endroits que l’on a visités, les gens que l’on a rencontrés. Je pense que ça permet de rester unique.

Il y a de la compétition avec les autres jeunes photographes ?
Commercialement, le marché n’est pas autant saturé avec les photographes beauté que dans la mode, mais ça reste très compétitif. Ça permet aussi de conserver la hargne et l’envie de shooter des choses nouvelles et intéressantes.

Pellicule ou numérique ?
Pellicule, principalement format médium, que je développe moi-même en chambre noire. Mais il m’arrive de bosser en numérique pour certains clients commerciaux.

Tu dépenses beaucoup d’argent dans ton équipement ?
Tu n’es pas obligé d’acheter ton kit, tu peux le louer. Mais oui, tu en reviens souvent à dépenser beaucoup d’argent à tester et shooter pour ton portfolio. J’ai dépensé tout l’argent que j’avais mis de côté en tant qu’assistante quand j’ai commencé.

Quel est le plus grand défi auquel tu fais face en tant que photographe ?
Évaluer mes propres images objectivement. Et puis il y a tout ce qui vient au quotidien dans ce travail. Les impôts, les comptes, la production etc. J’ai de la chance d’avoir une super agence qui fait ça pour moi maintenant.

Tu penses que la photographie est une industrie élitiste ?
C’est clairement un hobby des pays développés, mais si on ne parle que de ces pays-là, je ne pense pas non. Je suis issue de la classe ouvrière et j’ai dû être assistante pendant très longtemps, amasser suffisamment d’argent pour créer mon portfolio.

Comment tu arrives à trouver l’équilibre entre créativité et commercialité ?
Je trace une ligne pour séparer mes travaux éditoriaux de mes travaux commerciaux. J’ai des portfolios différents. Les éditos me permettent d’entretenir et de pousser ma créativité.

Qu’est-ce qui fait, selon toi, une photo réussie, fascinante, pleine d’émotion ?
Un casting intéressant. Les visages sont fascinants.

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui cherche à s’engager dans la photo à plein temps ?
Je sais que tout le monde ne veut pas assister, mais je pense qu’il est important de côtoyer un maximum de personnes et d’apprendre d’eux le plus de choses possible.

Quelle place occupent les réseaux sociaux et particulièrement Instagram dans ton processus créatif et ta prise en compte de l’impact et la distribution de tes images ?
J’utilise beaucoup Instagram pour mes castings et trouver des personnes diverse à photographier. Je n’y pense pas vraiment quand je shoote mais j’essaye de poster des stories quand je suis sur le set.

Est-ce que l’immersion totale de l’imagerie en ligne a changé ta manière de penser la photo ?
Les photos que je sauvegarde sur Instagram sont une super source d’inspiration. Instagram nous offre un accès facile à des références uniques de tous types d’artistes du monde entier.

Tu penses que la photo à l’iPhone a dévalué ou enrichi l’industrie ?
Je pense que ça l’a vraiment enrichie. Maintenant si tu veux te démarquer, tu ne peux pas juste mitrailler à l’arrache sans réfléchir avec un appareil numérique. Le niveau de talent dans l’industrie est incroyable en ce moment, avec plein de photographes de plus en plus raffinés et réfléchis.

Tu es optimiste sur le futur de la photographie, en tant qu’art, voire artisanat ?
Totalement. Je suis toujours ébahie devant le talent de certains des photographes que je rencontre.

L’industrie va dans quel sens, selon toi ?
J’ai le sentiment que ma génération s’ennuie de plus en plus des réseaux sociaux et d’internet. Alors peut-être que nous allons lentement nous éloigner de cette culture des influenceurs.

Pourquoi le print reste-t-il important ?
Dans un monde où tout est instantané et numérique, c’est impératif d’avoir des choses tangibles.

Crédits


Photographie Felicity Ingram

Cet article a été initialement publié sur i-D UK.