matt lambert sort un livre en collaboration avec grindr

Le photographe et réalisateur subversif Matt Lambert est parti immortaliser la communauté Grindr. Nous l'avons rencontré pour parler de l'importance de cette application et de la nécessité de redéfinir les contours des relations aujourd'hui, qu'elles...

|
janv. 5 2017, 4:20pm

Peux-tu nous en dire plus sur l'idée derrière ce projet?
L'idée a germé juste après l'attaque du Pulse, la boîte de nuit à Orlando. Tant que tu ne t'es pas senti mal à l'aise dans l'expression de ton identité et ta sexualité en public, tu ne peux pas vraiment comprendre l'importance d'un lieu où tu te sens en sécurité. Dans les grandes villes c'est plus simple de perdre cela de vue. Mais si tu t'intéresses aux plus petites villes, tu te rends compte que ces endroits sont souvent les seuls espaces de libre expression pour la communauté LGBTQI. Même si le monde numérique a permis d'agrandir cet espace.

Comment as-tu transformé ces idées en un livre ?
J'ai posé aux gens une question très simple, « Quel est l'endroit où vous vous sentez le plus en sécurité ? » Si on jette un œil à l'histoire gay on peut se rendre compte de l'importance cruciale de ces lieux. La plupart des personnes interrogées pour ce projet ont presque vingt ans et selon eux l'espace où ils peuvent s'exprimer le plus librement est Internet. C'est là qu'ils ont pu avoir leurs premières conversations intimes et qu'ils ont pu prendre conscience de leur être. C'est cette connectivité décontractée qui peut amener ce sentiment de solidarité. Ce livre parle plus de l'intimité que du sexe, il est plus personnel que mon dernier livre. On met tellement d'amour dans un livre, il est très important pour moi.

Que signifie le titre de ton livre, "Home" ? 
Ça vient de l'expression  "Home is where I lay my head," qu'un ami m'a apprise un jour. La maison, pour moi, c'est l'endroit où tu te sens bien, toi-même, naturel. C'est un lieu auquel tu es connecté. Et ça peut être un endroit virtuel. Quoiqu'il en soit, c'est un lieu qui procure l'impression d'être en sécurité, aimé, chéri. Le mot "maison" est subjectif. On peut être chez soi sans se sentir chez soi. Ou au contraire, se retrouver en ligne avec des inconnus et se sentir comme à la maison. C'est un phénomène que vit la jeunesse LGBTQ. Et c'est pourquoi je voulais à tout prix utiliser le terme "Home", aussi vaste et générique soit-il. Pour que chacun puisse s'y identifier. 

Dans ton introduction, tu mets le doigt sur les tabous qui enserrent le fait d'avoir des relations sexuelles avec certains de ses amis. Tu peux nous en dire un peu plus ? 
Les gay, dans leur éminente majorité, brouillent les pistes entre amitié et sexualité. L'idée qu'on puise être ami et amant en même temps dérange toujours, même à notre époque, où les espaces réels et virtuels se complètent et se confondent. Pour autant, on a encore tendance à tout définir, tout nommer, tout catégoriser - surtout quand on parle de relations. Or c'est justement dans l'entre-deux que se déploient certaines histoires d'amour. On ne peut pas labéliser l'amour, le plaisir, le bonheur. Et j'ai remarqué que les gens ont tendance à s'énerver lorsque les actions des autres ne correspondent pas à l'idée qu'ils ont du monde, de la vie, de l'amour et des relations en général. 

Tu te rappelles de ton premier date Grindr ?
Je ne me souviens pas du rendez-vous mais je me rappelle exactement la conversation qui l'a précédé. L'existence de ce médium, à sa naissance, était en soi quelque chose de transgressif. Aujourd'hui, tout est beaucoup plus naturel.

Comment vis-tu ce basculement du transgressif au banal ?
Tout dépend de qui tu es et de la réalité qui t'enserre. Les mondes virtuels peuvent t'aider à mieux te comprendre et te connaître dans la vraie vie ou, au contraire, te pousser à devenir quelqu'un d'autre. Au sein de ma communauté, je devine un vrai changement, plus de tolérance. Mais en dehors de cette communauté, c'est la peur et la censure qui règnent et conduisent à toujours plus d'homophobie.

"Home" est disponible depuis le 
3 Janvier 2017

à cette adresse 

Credits


Texte : Alexandra Bondi de Antoni
Photographie : Matt Lambert