13 raisons de regarder 13 reasons why, la nouvelle teen série netflix

La nouvelle série Netflix bouscule les clichés pour dévoiler un regard différent sur le harcèlement scolaire, le sexisme et le suicide.

par Oliver Lunn
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12 Avril 2017, 12:35pm

D'un portrait honnête du suicide et du harcèlement sexuel à la déconstruction de la contemplation masculine, 13 Reasons Why est LA série du moment. Si vous n'avez pas encore commencé, laissez-vous convaincre. Si vous avez déjà commencé le binge watching, attention risque de spoilers !

1.13 Reasons Why met le harcèlement scolaire du 21ème siècle sous le feu des projecteurs

Tout le monde sait que le harcèlement a beaucoup évolué avec l'arrivée d'internet. À travers les réseaux sociaux, le harcèlement peut aujourd'hui vous suivre jusque chez vous, la cruauté et l'anxiété n'ont plus de limites. Une simple pression sur l'une des touches du clavier et les mensonges - ou pire, des photos intimes - se propagent dans toute votre école. 13 Reasons dévoile la mécanique glaciale du harcèlement, de la propagation inconsciente d'une photo aux effrayantes conséquences. Si vous avez été scolarisé durant les dix dernières années ou que vous vous êtes rendu compte de ce que cela pouvait être en regardant le documentaire Audrie & Daisy, l'obscur réalisme de la série vous parlera certainement.

2. La série s'empare délicatement des sujets du suicide et de la dépression

La liste des thèmes abordés par 13 Reasons - suicide, harcèlement sexuel, automutilation, dépression, anxiété - est aussi sombre que longue. Mais heureusement la série ne regroupe pas maladroitement ces sujets, ce qui minimiserait leur complexité. Les différents personnages traitent leurs problèmes de différentes manières. Jessica se tourne vers la vodka et déraille complètement comme Mischa Barton dans The O.C.. Skye, la fille qui travaille au Monet's, s'automutile et se défend en disant : « C'est ce qu'on fait au lieu de se tuer. » Concernant les moments les plus sombres, à la fin de la série (je ne veux pas spoiler donc je ne le ferai pas), on reste dans l'honnêteté et dans la détermination tout en restant dans la sensibilité.

3. Le casting de Katherine Langford en tant qu'Hannah Baker

Soyons clairs : la série repose sur le personnage d'Hannah Baker. 13 Reasons Why aurait pu passer au travers en choisissant un grand nom, parce que les grands noms amènent des grandes sommes. Mais non. Les producteurs ont choisi l'actrice australienne Katherine Langford, qui n'a jamais eu aucun rôle avant celui-ci. Et on ne dirait pas. Non seulement elle imite parfaitement l'accent américain, mais elle ressemble en tout point à Christina Ricci en 1997. Elle a de l'attitude tout se montrant vulnérable. « Ma peau est douce, lisse et facilement abîmée, » écrit-elle. Langford permet aux spectateurs de s'identifier à la position de victime de la société d'Hannah, alors que cela aurait vraiment pu être mélodramatique. Malgré son maigre CV, son téléphone n'a jamais dû s'arrêter de sonner depuis le début de la série. 

4. La bande-son est magique

Il est difficile de ressentir l'émotion d'une scène sans la musique. Par exemple, imaginez une scène où l'un des personnages avoue à un autre qu'il est complice du meurtre d'Hannah. La chanson qui accompagne la scène est « Atmosphere » du groupe sadcore du milieu des années 1990, Codeine. Un bon morceau, comme tout le reste de la bande-originale. On pourra notamment y entendre The Jesus and Mary Chain, LUH (groupe formé après la fin du groupe Wu Lyf), Joy Division et une reprise de Big Star par Elliott Smith.

5. La série estompe les frontières entre les fous, les geeks et les sportifs.

Pour ceux qui ont été bercés par les films adolescents des années 1990 - les reines de bals prudes, les sportifs accros au beer-pong etc. - il est agréable de voir autant de clichés démystifiés. Prenez Alex par exemple. Le nerd-hipster classique : dégingandé, piercing au nez, cheveux blond péroxydés. On le voit d'abord boire un grand chocolat chaud dans le café Monet's tel un marginal mélancolique. Puis foncé à toute allure dans une voiture remplie de joueur de football américain en fumant de la weed comme s'il faisait partie de la bande. Ce mec à un poster de Joy Division au-dessus de son lit ! Puis il y a Sheri, la plus gentille des pom-pom girl que vous n'ayez jamais vu à l'écran. Et enfin Taylor le photographe ringard qui se révèle être un pauvre type. 13 Reasons Why joue avec les stéréotypes et les déconstruit, un délice.

6. La série traite différemment le regard masculin, sans condescendance

Nous ne sommes pas les premiers à le noter, mais cet aspect est très important. Lorsqu'Hannah est élu « plus beau cul », la caméra ne s'attarde pas sur son derrière. Elle ne s'étend pas non plus sur la photo du dessous de sa jupe prise par Justin (on ne la voit en fait presque pas). Au lieu de ça, le parti pris est souvent celui d'Hannah, la victime. Prenez l'épisode de Tyler. Lorsqu'elle est traquée par ce dernier, l'angle de vue est souvent le sien, plutôt que celui de Tyler. On pourrait appeler cela un point de vue « non-genré », qui se centre principalement sur l'empathie. Un autre aspect de la série auquel les créateurs ont apporté une attention toute particulière. Heureusement, ils ont visé juste.

7. De la même manière : la façon dont la série dépeint la réponse des garçons aux traumatismes d'Hannah

Lorsque Clay ne semble pas comprendre le problème de la nomination d'Hannah en tant que « plus beau cul », Hannah rétorque : « Une fois de plus, toi autant que les autres, vous ne comprenez rien, » et plus tard, de manière plus laconique, « Vous n'avez jamais été une fille ». Lorsque le père d'Hannah, lui aussi, ne voit pas cette liste comme une forme de harcèlement, sa mère intervient et donne à cet acte le nom qu'il mérite. Dans cette série, ce genre de commentaire - qui excuse le manque de respect envers le corps féminin - ne reste pas sans réponse.

8. Gregg Araki a réalisé certains épisodes et cela ne devrait pas vous surprendre

Les fans de Gregg Araki, le réalisateur indépendant spécialisé dans l'ennui banlieusard, doivent avoir remarqué la présence de son nom dans le générique de deux épisodes. Voir le réalisateur de The Doom Generation et Mysterious Skin participer à une production Netflix en a certainement surpris certains. Mais en sachant que 13 Reasons vous plonge dans un monde de jeunes ados marginaux qui s'automutilent et se font des sales coups, un monde auquel l'objectif d'Araki a l'habitude de s'intéresser depuis environ trente ans. Le jeune casting de la série est génial, bien sûr, mais le choix des réalisateurs doit lui aussi être salué. Chapeau, Gregg Araki.

9. Clay n'est pas l'homme parfait auquel vous vous attendez

En disant que la série reposait uniquement sur le personnage d'Hannah Baker je ne disais pas l'absolue vérité. Il repose également sur le personnage de Clay Jensen. Dylan Minnette (connu pour son personnage dans Chair de Poule, le Film) est l'acteur parfait pour ce gentil personnage socialement maladroit qui prend BEAUCOUP de temps à écouter des cassettes alors que d'autres n'ont eu aucun problème à les écouter. D'abord on pense qu'il est sympa, la conscience morale, pointant le doigt vers ceux qui ont trompé Hannah. Mais il perd rapidement son innocence lors des évènements qui menent à sa mort, en particulier lorsqu'il ne réagit pas à sa réaction face à la « hot list ». Ne jamais se fier à un garçon qui affirme écouter des « groupes obscurs de musique indie » mais qui possède des posters d'Arcade Fire et The Shins dans sa chambre.

10. La vérité tient sur un fil et on ne sait jamais qui croire

13 Reasons Why réussi parfaitement à embrumer les détectives (il se trouve que c'est vous). Ne pensez pas qu'Hannah détient toute la vérité. Elle ment. Elle est une narratrice à laquelle il est difficile de se fier. Ou peut-être a-t-elle simplement une mémoire défaillante ? Comme lorsqu'elle affirme que Zach a jeté sa lettre. Il ne l'a pas jeté, et il en donne la preuve à Clay. Alors que Clay parvient finalement à mettre la main sur sa cassette, il le réalise. Le fait est que tout le monde, y compris Hannah, a sa propre idée de ce qu'il s'est passé. Parvenir à démêler le vrai du faux revient à démêler les fils de vos écouteurs. Par contre c'est 100 fois plus drôle.

11. Hannah est la victime, mais la série n'est pas miséreuse

L'erreur habituelle des séries télés qui dépeignent la dépression est d'enfoncer le clou. Le personnage se retrouve souvent devant un miroir, le sol jonché de Kleenex et Everybody Hurts de REM en fond sonore. Lorsque l'on se ressasse la série et le personnage d'Hannah on tente de repérer les signes habituels du mal-être - la fameuse spirale infernale. Mais pour les gens qui l'entourent, elle semble être comme toutes les filles. Elle sourit et rit même parfois. Tout cela pour dire que tout peut sembler fonctionner en surface, alors que non. 13 Reasons explore ces nuances tout en passant au-dessus des fameux signes habituels.

12. « Y a-t-il un KFC aux alentours, parce que je sens l'odeur du poulet »

Prenons juste un moment pour apprécier la beauté de cette expression, nonchalamment débitée par Jessica dans un moment de je-m'en-foutisme total. Au moment où on l'entend, on réalise que cette phrase est grandiose. On se dit à ce moment-là que la prochaine fois qu'on sort avec des amis et que l'un d'entre eux ne veut pas passer par-dessus un portail pour entrer dans un centre commercial abandonné, ces quelques mots sont tout ce dont on a besoin. Voilà tout. 

13. Tony est vraiment très bizarre

Tony est un personnage particulier n'est-ce pas ? S'il ne nettoie pas sa Mustang rouge, il parle avec Clay, souvent avec un air inquiet. Tony a aussi un côté sombre. Si quelqu'un touche à sa sœur il le bat presque à mort, parce que c'est comme ça que justice se fait dans sa partie de la ville. À l'école, Tony apparaît encore plus bizarre. Il ne semble pas à sa place, comme s'il était resté quelques années en arrière. Puis il y a ces merveilleux cheveux de type « Lego », plaqués en arrière et noir de jais. Difficile de comprendre son personnage. Il est définitivement le plus étrange de tous, mais on l'adore.

Credits


Texte Oliver Lunn

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