chic, chic et chic : la fashion week parisienne en 23 défilés

Sans réel peloton de tête, la mode française s'est sentie libre de réinvestir un langage qui lui est cher et que l'on pourrait aisément résumer à quatre lettres : chic.

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05 octobre 2018, 2:59pm

Chic. Un mot impossible à définir mais dont la simple phonétique suffit à réveiller tout un imaginaire. On a envie de le répéter une fois, deux fois, cent fois, de le faire sautiller, de le chouchouter, de le tortiller dans tout les sens – si petit soit-il. Pendant la fashion week, il était sur toutes les lèvres à Paris et le joyeux petit (enfin très grand) monde de la mode semblait comblé qu'il soit de nouveau permis de le désirer. Comme s'il n'avait pas osé le dire, mais qu'il attendait qu'on y revienne – quitte à ranger les joggings au placard quelques temps. C'est probablement l'absence d'une pythie-en-chef qui a permis au chic de reprendre son pouvoir sur Paris. Le streetwear était relégué au second plan parce qu'il fallait que ça brille. Et tout les créateurs, reclus dans leurs mondes, bien cosy dans leurs alcôves respectives, les volets fermés, ont joué aux bons élèves, chacun dans leur coin. On ne tire plus la langue, on ne mâche plus de chewing-gum la bouche ouverte, les ongles des filles sont peints au carré et il n'est plus vraiment question de faire du joli-cracra – enfin, que lorsque l'exercice est ultra-maitrisé. Du coup, cette fashion week parisienne a été l'occasion pour (presque) tous de lustrer les armoiries des maisons, de relever les drapeaux, de marteler les généalogies de chacun et de ré-articuler des langages propres à chaque histoire. La preuve par 23.

L’hardcore couture de Marine Serre

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Sur une passerelle surplombant les jardins d’Eole, dans le XVIIIe, Marine Serre a livré son second défilé post-prix LVMH 2017. Dans la ligne droite de ses robes foulard upcylées de la saison dernière, la moitié des pièces de la collection a été confectionnée dans des matériaux détournés (cf : une robe fourreau drapée composée depuis d’anciennes combinaisons de plongée). Ses codes-signatures du début sont là : le désormais célèbre croissant de lune en all over, les tissus moirés, les sacs boules, les combinaisons-leggings, l’approche radicale, le trait acéré. La créatrice défend sa vision, elle appuie ses codes, marque son territoire et choisit la méthode « hardcore » du nom de sa collection. Dans le monde hyperconcurrentiel de la mode, il faut tenir sa place, sans concession. Un bruit de fond grésillant se fait entendre, c’est un drone qui nous survole. Souriez vous êtes filmés.

Les démons de Balenciaga

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Cette saison, le défilé Balenciaga était d’abord un set. Une vaste installation immersive dans un entrepôt de la cité du cinéma à Saint-Denis, comme un tunnel constitué d'écrans LED qui diffusaient une vidéo techno-psychédélique réalisée par Jon Rafman, artiste et cinéaste canadien connu pour ses recherches sur l'impact de la technologie sur l'homme. Résultat, les mannequins marchaient sur un film. Demna Gvasalia voulait que ses invités soient immergés dans sa pensée digitale. Un monde hanté par des angoisses et des doutes – volontairement communicatifs. Les mannequins à l’allure robotique arrivaient, impassibles, inflexibles enveloppés dans des manteaux aux épaules ultra carrées, confectionnés avec la technique du moulage 3D. Comme des carapaces anti-coups. Plus loin, on aperçevait des robes et des costumes avec des motifs de Tour Eiffel scintillants en all over : la critique d’un Paris devenu « Disneyland » ? Plus le défilé avançait, plus les looks étaient couture, des robes drapées et architecturales se déployaient sur le final. C’est le glamour qu’a voulu réhabiliter Demna Gvasalia dans cette collection, un mot devenu tabou, selon lui. Est-ce la beauté qui peut nous sauver de nos démons ?

Rei Kawakubo sur le divan

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En amont de son défilé parisien, Rei Kawakubo adressait une lettre confesse à ses invités. Elle y partageait un cheminement de pensée récent : sa volonté de prendre un nouveau virage et de révéler ce qui se cache « enfouie au plus profond fond d'elle ». Rei Kawakubo a pris cette saison la décision de renoncer à l'abstraction qui lui a toujours servi de méthodologie et d'articuler un message plus personnel. Kawakubo a souhaité se re-(con)centrer. La créatrice invoquait sur son podium (et divan donc) la puissance de la maternité. Dans des costumes exagérés, ou lestées de chaines et de masses drapées, les mannequins exposaient des ventres gonflés, prêts à enfanter. Aux costards, emblèmes de pouvoir et de performance, Rei opposait la force souveraine de l'enfantement, l'immuabilité d'un éternel recommencement que rien ne saurait entamer – pas même un monde en guerre.

Paco Rabanne, le Soleil roi

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C’était le dernier jours de l’été à Paris. Il faisait très beau et très chaud et tout le monde était catégorique : « Faut en profiter, demain c’est fini, l’hiver, les feuilles mortes, tout ça. » Ce jour-là, les étoiles (ou plutôt les soleils) se sont alignés. Les gens enivrés par les derniers rayons de l’été, la salle surchauffée, la délirante et sophistiquée sensualité des silhouettes de Julien Dossena : c’était limpide et beau comme un soleil qui frappe la mer argentée en fin d’après-midi. Sur les notes d’Hotel Particulier (puis d’un morceau signé Surkin), une succession de saris, de sarongs, de tailles basses, de bijoux de tailles évoquaient Bardot (à Almeria, pas à Saint Trop). Les imprimés et les dentelles invoquaient Baudelaire et ses rêves d’ailleurs, d’opium et de fleurs tropicales. Dans la mode, la beauté est sensée être un pré-requis, pire un acquis. Pourtant, elle est souvent délaissée. Julien Dossena a probablement signé pour Paco Rabanne la plus belle collection de la saison.

La farandole de l'amour pour Koché

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« Dans communisme il y a communion. » La phrase est d’André Gide et date de 1936. Près de 80 ans plus tard (mardi dernier exactement) Christelle Kocher investissait le siège du Parti Communiste à Paris pour mener une autre forme de communion. Sur le parterre velours des lieux, entre les murs ondoyant dessinés par Niemeyer, c’est un casting hyper éclectique, riche et fier qui célébrait têtes hautes la mode de Christelle Kocher qui elle, les adore chaque jour en retour. Le cercle de l’amour infini, quoi. Et lorsqu’il nous est permis d’épier quelques minutes cette joyeuse farandole, croyez-moi, on se sent bien.

Le macramé cosmique de Loewe

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C'est le hippy-trendy le plus accompli de son temps. Chez Loewe, JW Anderson assume pleinement son côté poterie, crochet et macramé – disciplines auxquelles il s'exerce, planté en haut d'un mont irlandais ou devant un épisode de « Rendez-vous en Terre inconnue ». On retrouvait à Paris tous les signes « terre de feu » qu'il distille depuis 2013 au sein de la maison madrilène : des tons terracotta, des textiles bruts, des bords francs et des maillages artisanaux – rien ne manquait. Un langage qu'il projetait toute fois au-delà des plaines Kirghizes ou des confins du Suriname. C'est vers l'espace que JW portait son regard et sa mode. Pour s'en rendre compte il fallait être attentif et relever l'indice peint au dos de Nora Attal : une petite planète Terre, pleine de grâce, inscrite à même la peau de la mannequin comme une icône liturgique. Cette saison, JW Anderson regardait vers le ciel et n'avait guère l'intention de concourir au rang de dominant. Il sait pertinemment où réside son pouvoir : au milieu, proche du sol, en harmonie avec les astres.

Glenn Martens, vous les femmes

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« Déjà que dans une femme, il y a tellement de femmes ! » En 2016, Glenn Martens détaillait sur i-D sa vision multiple d'une féminité portée par des vents contraires – baroques, trash et romantiques. Dans ses collections précédentes, le créateur flamand déshabillait les filles mais stoppait toujours son geste au milieu de sa trajectoire, laissant le bas d'un blouson passer au dessus des épaules, des jeans débraguettés ou d'immenses boots s’amasser autour des cuisses. Plus proche du corps, cette saison, Glenn Martens a empilé les signes, les référents, les indices, les définitions sur les filles qui incarnaient sa nouvelle collection – probablement la plus belle qu'il ait jamais réalisée. Toutes avançaient en narrant tout bas une nouvelle histoire, une autre intrigue féminine. On avait envie de les entendre chuchoter dans leur pantalons-jupes, leurs costards-couture, leur sweats push-up ou leurs tops mille-feuilles mais la voix de Chimo Bayo nous en a empêché. Dans les enceinte, il hurlait "Extasy extano !" Nous, on dit si.

Les pieds dans le sable chez Chanel

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C’est l’amour à la plage. Baisers et Coquillages : Chanel a transformé le Grand Palais en plage de sable blanc. On présente l’été à la plage. La mode se réassume, sa joie, sa légèreté et sa candeur avec. Et Chanel (qui n’a jamais vraiment été très cynique) continue à faire rêver le monde en toute impunité. Des silhouettes pile dans l’air du temps, avec du logo qui brille, des filles qui sourient à la nineties mais aussi et surtout une sophistication folle. Si la femme Chanel de 2018 a en commun avec celle de 1990 le désir tout puissant de s’amuser, elle le fait désormais avec encore plus de délicatesse. Et d’élégance, surtout. La plage, en France.

Affuté comme Givenchy

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Sharp. Sharp. Sharp. Ca fait partie de ce genre de mots qui ne fonctionnent pas en français. Parce qu’on sait pas vraiment faire. Claire Wright Keller, elle, nous a montré dimanche soir qu’elle maitrisait le vocabulaire. La collection était incroyablement concise, précise et efficace mais révélait aussi une grande maîtrise du vocabulaire couture. De plus en plus conquérante et boyish, la femme Givenchy de Claire Wright Keller sait ce qu’elle veut et où elle va, même quand elle porte des robes couture. L’homme suit le mouvement. Chic.

Vivienne Westwood en skate ou trottinette

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C’est au garage Amelot, à Paris, que Vivienne Westwood a présenté sa collection signée Andreas Kronthaler avec des mecs en skate ou en trottinette, torses nus bodybuildés, plateforme shoes aux pieds et des filles avec des chapeaux en forme de chaise ou des perruques rose flashy sur la tête, confectionnées par le coiffeur Sam McKnight. Un show inspiré à la fois par les skateuses de Kaboul et le mobilier du Ritz mis aux enchères il y a quelques mois. Robes amoncèlement de sacs, froufrous de tulles à la cheville, tuniques splash de peinture, robes couronne XXL sur la tête… C’est foutraque et c’est libre. C’est irrévérencieux et fantasque. Vivienne Westwood regarde son show assise au premier rang à côté de Violet Chachki et Milk. Et ça lui a visiblement plu, elle est venue saluer à la fin dans les bras de Andreas Kronthaler.

La nuit Saint Laurent

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À chaque Maison son « morceau » de Paris : Chanel au Grand Palais, Rick Owens au Palais de Tokyo, le nouveau Celine aux lnvalides, Louis Vuitton au Louvre et Saint Laurent à la fontaine du Trocadéro. Avec la tour Eiffel scintillante en toile de fond, un podium miroir d’eau entouré de palmiers peints en blanc apparaît dans la nuit noire vibrante. Un show cinématographique, électrique, tout en décolletés de jambes. Les mannequins marchent sur l’eau dans leurs micro-shorts de cuir, blazers de velours, capes côte de mailles étoilées, justaucorps léopards plus qu’échancrés, robes en mousseline vaporeuse. Un hommage aux clichés d’Helmut Newton pour Yves Saint Laurent à la sauce vacarellienne : sexy premier degré qui dévoile la peau, sans ambages.

Rick Owens ou le patriarcat au bucher

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La semaine dernière, Rick Owens invoquait la puissance invaincue des sorcières. Autour d'une immense structure en flammes, agrippées à des flambeaux, les mannequins portaient toutes la couronne du monde d'après – un monde nommé « Babel » par son créateur. En guise de commentaire, Rick Owens confiait que son défilé retraçait « l'histoire de la vie : l'espoir, l'aspiration, la corruption et l'effondrement. » Au moment même où le créateur adressait cette grille de lecture à ses visiteurs, Christine Blasey Ford était entendue à la Cour Suprême des États-Unis contre Brett Kavanaugh, présumé coupable d'agression sexuelle. Et au pied du bûcher monté dans la fontaine du palais de Tokyo, les sorcières de Rick Owens jetaient un ultime sort au patriarcat. Romantique nihiliste, Rick Owens est aussi toujours un peu dramatique. Mais on ne peut que donner raison à son intensité car elle est à l'image du monde qu'il condamne.

Mugler de retour en selle

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Nommé directeur artistique de Mugler après le départ de David Koma en décembre 2017, Casey Cadwallader a réuni à l’Eléphant Paname 200 invités pour son premier défilé. L’américain passé par Marc Jacobs, Narciso Rodriguez, Loewe et Acne Studios délivre sa vision de Mugler. Des imprimés très picturaux conçus en collaboration avec l'artiste Samara Scott parsèment des pièces en latex peintes à la main. Casey Cadwallader explore la mode expérimentale de Thierry Mugler, habitué du latex, PVC et métal. Robes élastiquées en nylon, pièces drapées en jersey, vestes blazer et cyclistes corsetés, doubles surpiqûres blanches sur fond noir qui dessinent des spirales, jeans bouffants resserrés à la cheville : c’est franc, direct, efficace. Le stylisme est signé Alex Harrington. Mugler reprend du service.

Le pouvoir régénérant de Yohji Yamamoto

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C’est dans une salle à échafaudages du Grand palais que Yohji Yamamoto a élu domicile. A chaque fois, sans exception, ses défilés sont un espace de respiration dans le calendrier surchargé de la fashion week parisienne. Sans scénographie monumentale ni tops-influenceurs, sur fond de musique zen signée Yohji-san, le designer japonais semble hors du temps. C’est réparateur, régénérant. Les mannequins passent au ralenti, vingt minutes de show pour 40 looks. Un noir infini, profond, des prouesses dans la coupe, des vides et des pleins, des jeux de zips qui dessinent des coutures, des ouvertures sur la peau, des tignasses décoiffées et une robe blanche bouffante, moussante à mi-parcours, comme une apparition divine. Ce n’est rien de moins qu’un appel lancé à la beauté, sans effusion, sans prétention à l’image du salut du couturier, tout en retenue. Revigorant.

Dries Van Noten vole comme l'oiseau

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Dries Van Noten a inventé une navette capable de percer les murs qui cloisonnent les idiomes, les codes et les répertoires de la mode. Cette saison, le créateur manipulait les contraires, faisait monter et descendre le vif-argent, et dessinait un vestiaire libre comme l'oiseau qui décorait ses cartons d'invitation. Sa définition du luxe était éclatée mais jamais souillée, mariée ici et là à des éléments de workwear ou des détails utilitaires – des cordons, des chaussures à scratch, des mousquetons ou des k-ways noués à la taille. Une petite rando ? Plus pertinent que jamais, Dries Van Noten s'est adapté à une intuition milleniale du futur, et la bonne nouvelle, c'est qu'elle nous concerne tous.

Chloé, hippie moderne

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La Méditerranée, le soleil, les vacances – décidément un thème en vogue cette saison – sont à l’affiche du troisième défilé de Natacha Ramsay-Levi pour Chloé. A la Maison de la radio, les patchworks d’imprimés Paisley ensoleillés se fondent avec les mélanges de bleus fanés, couleurs terre brûlée, caramel, blanc émaillé, terracotta, violine transie. Les tee-shirts tie and dye dévoilent un motif de mains levées en cœur, sous un coucher de soleil, symbole d’une féminité sacrée. Du flou, beaucoup de mouvement, de la guipure, de la maille résille, des plissés de déesse grecque, des coupes en biais, des ceintures de soie torsadées, des maxi-bijoux pour une collection hippie-moderniste, version boho 2018. Un voyage initiatique, d’Ibiza à la Grèce, une transhumance de luxe sur fond de bande-son signée The Age of love. Hypnotique.

La transe de Dior

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Le rendez-vous était donné dans un immense cube noir érigé au cœur de l’Hippodrome de Longchamp dont les façades étaient couvertes de citations signées Pina Baush, Isadora Duncan ou encore Martha Graham. Sur le chemin, il était tentant d'anticiper (ou craindre) un show équestre mais c'est à la danse contemporaine, cet « acte libérateur », que Maria Grazia Chiuri a souhaité rendre hommage. Pour l'occasion, la créatrice romaine a fait appelle à la chorégraphe israélienne Sharon Eyal connue pour sa faculté à faire convulser les corps de ses danseurs. En coulisse, elle confiait au sujet de Maria Grazia Chiuri, encore essoufflée de sa performance : « Il s'opère une grande alchimie entre nous : d'une certaine façon, nous empruntons chacune à notre façon, le même chemin. Dans le cadre de cette collaboration, nous partagions un même désir de sincérité. L'envie d'exprimer quelque chose qui vient du plus profond de nous. Elle dessine ce qu'elle ressent. Et je danse ce que je ressens. » Entre les robes en tulle, les justaucorps et les demi-pointes, les danseurs s'animaient comme des centaures magiques et rompaient avec le cérémonial usuel du défilé. Aux lignes droites tracées par les mannequins répondaient les spasmes des corps. Et on avait tous envie de rejoindre la transe.

Gucci joue au théâtre

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En avril dernier, Alessandro Michele avait transporté ses silhouettes fabuleuses antico-punko-barocco-futuristo-gothiques sur les ruines de la nécropole antique d’Arles. Cette saison, c’est au Palace à Paris qu’il a choisi de défiler, afin de rendre hommage au théâtre performatif. Le Palace en tant que lieu d’expérimentation et laboratoire créatif a été célébré par le plus libre et le plus inventif des designers. Le show s’appelait « Leo et Perla » et rendait hommage aux artistes italiens Leo de Beradinis et Perla Peragallo qui ont révolutionné, avec leur « théâtre de la contradiction » les formes du théâtre traditionnel. Exactement comme Alessandro Michele qui continue à provoquer, surprendre et questionner (avec une ardeur et un feu qui semblent inépuisables) l’industrie de la mode. Pour son plus grand bien.

Les chevaux de mer d'Hermès

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Des kilomètres de cuir, de sangles, de références équestres et ... maritimes. Chez Hermès, Nadège Vanhee-Cybulski déployait un lexique logique, loyal et droit. Pas de réflexion outre mesure, d'inter-texte ou de sens caché, fidèle à l'histoire de la maison, la créatrice filait une féminité solide et pérenne, qui ne flanche jamais. Au fil des looks, la collection fuyait tout droit vers le futur. Une postérité bien plus enviable et tranquille que celle augurée par le reste de la mode il y a encore quelques mois. Ouf.

Sur la riviera avec Jacquemus

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Simon Porte Jacquemus est un homme heureux. Une quiétude se lit dans son large sourire lorsqu'il foule son propre podium, juste derrière les filles qui incarnent sa vision, pour saluer une foule comblée d'être là – les invités prennent toujours le temps d'applaudir et de le féliciter (et ça, c'est de plus en plus rare, croyez-moi). Il faut dire qu'en ce mois de rentrée bleu-gris, le soleil qu'il a ramené à Paris nous a tous re-projeté en plein été, au bord de l'eau azur de la côte, tout près de Vintimille. C'est à l'ambassade d'Italie, rue de Varenne, qu'il présentait une nouvelle version de sa bomba, sur fond de pop italienne. Pour ceux qui ne la connaisse pas encore, la bomba Jacquemus a la peau douce, les cheveux salés, sent la fleur de monoï et les galets brulants. Si elle n'a pas opté pour son tout (tout) petit sac quintessencié, c'est avec un immense cabas en rotin sur l'épaule qu'elle décolle pour la plage, après y avoir glissé sa tenue du soir – elle profitera forcément du coucher du soleil, un martini à la main, au Bar Del Sol et finira par trainer ses talons jusqu'au parterre disco et pailleté du Matchiko. On avait tous envie de prendre un train pour le sud, mais non – « trop sorry, je peux pas, j'ai fashion week ».

Afterhomework, les nouveaux cadets (préférés) de la mode

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En 2016, nous vous présentions Pierre Kaczamarek sur i-D. Il n'avait que 17 ans et conscientisait déjà son être au monde (de la mode) : « Je pense que la mode à court et long terme est un art qui doit dénoncer, que l'on doit politiser. Tout le monde s'habille et s'intéresse à la mode : elle doit être consciente de la réalité qui l'entoure. » Rejoint par sa petite amie Elena Mottola, il faisait partie cette année des finalistes du Prix du label créatif de l'ANDAM. Un premier adoubement suivi quelques mois plus tard d'un second : cette saison, la griffe parisienne intégrait le calendrier officiel de la fashion-week parisienne et y faisait souffler son vent puissamment millenials. Des silhouettes sculpturales se mêlaient aux grands classiques du vestiaire streetwear, posés sur des pantalons en accordéon ou des ourlets enroulés sur des cordons – pieds baskettés, lobes bijoutés. Bonus : Dimeh nous a offert le plus beau caméo de cette fashion week.

Lemaire, faussement simple

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Rien de clinquant chez Lemaire, du brut, du pur, tout l’inverse de l’obséquieux, du prétentieux. On ne passe pas en force, on suggère pour mieux séduire. Sur la scène de l’Elysée Montmartre, Eva Moolchan (Sneaks) se produit en live. Défilent des hommes et des femmes, réunis pur la première fois dans un show Lemaire, dans des fringues enveloppantes, protectrices, au tombé impeccable. Manches à angle droit, pantalons corsetés à la cheville, cols démultipliés, jeux de nœuds et de drapés, liens qui flottent : du faux simple, du compliqué qui n’en est pas. Mention spéciale pour le casting de mannequins (Tasha Tilberg, Daniela Kocianova, Maggie Maurer…) qui habitent les vêtements plutôt que de seulement les présenter.

Louis (XVI) Vuitton sur Mars

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C'est à Nicolas Ghesquière que revenait l'honneur de clore cette fashion week parisienne, entre les dorures en plexi du Palais du Louvres. Cette saison le créateur visitait à nouveau un thème royal – il en est fan – mais dans des tons futuristes. Un peu comme un film de science-fiction dont le premier rôle aurait été accordé à un Louis XVI en fuite pour Mars, les bras lestés de ses plus beaux bagages LV. Les esquisses de robots et de pyramides 3D, les soufflets sur les épaules des filles, les mailles d'argent ou les ensembles façon yoga pour cosmonautes composaient la garde-robe d'une galaxie Vuitton, parallèle mais bien réelle. Guesquière nous a montré le chemin dans le ciel étoilé.