Photographie Hugo Scott

avoir 20 ans au brésil en 2018

Si le Brésil était déjà le pays le plus dangereux où vivre pour les communautés transgenres, le résultat d’hier ne va rien arranger. Avant le scrutin, i-D est allé à la rencontre de la jeunesse LGBTQ et noire, qui rêve malgré tout son avenir meilleur.

par Igi Ayedun
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29 Octobre 2018, 2:11pm

Photographie Hugo Scott

Depuis de nombreux mois, le Brésil traverse une profonde crise sociale. Après avoir été regardé par le monde entier ces dernières années, pendant des Jeux Olympiques déjà controversés et une Coupe du Monde de foot douloureuse, le pays a été le théâtre d’un coup d’État politique. La première femme présidente a été tout bonnement destituée de sa position des suites d’une manœuvre de son vice-président Michel Temer – un homme politique qui compte parmi les moins populaires de l’histoire du pays.

En mars 2018, la députée Marielle Franco, une lesbienne noire grandie dans une favela, et l’une des icônes du mouvement noir brésilien, était brutalement exécutée à Rio de Janeiro. L’un de crimes non-résolus les plus horribles de notre époque. Depuis, la violence a pris les rues d’assaut, et le racisme, l’homophobie, la transphobie sont devenus choses quotidiennes et communes, s’imposant en attaques répétées sur les corps dissidents. Quelques mois seulement après l’assassinat de Marielle Franco, une artiste trans non-binaire de 22 ans, Matheusa Passarelli était pareillement exécutée à Rio.

Hier soir s’achevait tragiquement le second tour de l’élection présidentielle brésilienne, qui opposait deux candidats bien différents. D’un côté Fernando Haddad, leader du Parti des travailleurs, et de l’autre Jair Bolsonaro, ex-militaire d’extrême-droite dont la campagne a été portée par un immense soutien populaire. Président du Brésil depuis quelques heures, Bolsonaro ne se cache pas : il honore et regrette les politiques dictatoriales des années 1960, condamne directement les minorités avec des propos racistes, homophobes, classistes et sexistes du genre « je ne vais même pas te violer, tu ne le mérites pas » - adressés dans ce cas à une députée. Bolsonaro est le nouveau visage d’une vague populiste qui déferle sur l’Amérique Latine et le monde. Il est souvent comparé à Trump, même à Hitler, avec ses échos fascistes qui assombrisse déjà l’avenir des tropiques.

Depuis l’échéance de l’élection, le futur du pays est encore plus troublé qu’il ne pouvait déjà l’être. Avant ce résultat décisif, i-D est allé au contact de la jeunesse brésilienne, celle que Bolsonaro haït déjà mais celle qui comprend que pour exister, elle devra résister et continuer à rêver d’un futur meilleur, basé sur l’amour, la communauté.

Wesley Baiano
Weslley Baiano

Weslley Baiano, 18 ans, mannequin, danseur et performeur

Comment vis-tu le fait d’être noir et queer au Brésil ?
Je me sens aimé et détesté à la fois. Visible mais aussi rendu invisible.

Peux-tu nous parler de la communauté créative à laquelle tu appartiens ?
J'aime la liberté avec laquelle nous abordons la vie – ça rend les choses plus douces.

Qu'aimerais-tu voir changer dans ton pays ?
J'aimerais que nous nous réunissions, que nous trouvions des solutions ensemble.

Comment les choses peuvent-elles avancer ? Comment les gens peuvent-ils agir ?
En laissant nos égos et notre individualisme crasse de côté.

Si tu pouvais adresser un message au monde, ce serait quoi ?
Tout les préconçus qui ont été établis dans le passé doivent être déconstruits au plus vite.

@weslleybaiano

Igi Ayedun
Igi Ayedu

Igi Ayedun, 28 ans, graphiste, artiste multimédia et peintre

Peux-tu nous parler de la communauté créative à laquelle tu appartiens ?
C'est une communauté dont la créativité ne connaît aucune limite, même face à l'adversité.

Comment décrirais-tu les conditions de vie de la communauté afro au Brésil ?
Tout est question d'image et d'argent. Les gens doutent perpétuellement de nos capacités, de nos identités et de nos ambitions. Le principe d'égalité est toujours mis à mal. Le racisme au Brésil est structurel, et les noirs sont toujours perçus comme inférieurs aux autres.

Qu'aimerais-tu voir changer dans ton pays ?
La façon dont les brésiliens envisagent le bien et le mal, le beau et le laid, la richesse et la pauvreté, le blanc et le noir, le binaire et le non-binaire. Et tout ça est une question d'accès aux richesses.

Qu'elle image voudrais-tu que le monde ait du Brésil ?
Il faut que tout le monde se rende compte que nous sommes en train de vivre une période historique , au-delà du chaos politique ambiant. Il se forme au Brésil une communauté créative que l'on pourrait rapprocher des mouvements artistique contre-culturels du XXè siècle qui, eux aussi, sont apparus à un moment d'oppression majeur. Mais contrairement au Modernisme brésilien ou au Tropicalisme, ce nouveau mouvement ne vient pas des écoles d'art ou des universités mais de la rue. La rébellion brésilienne est queer, ghetto et dissidente.

Si tu pouvais adresser un message au monde entier, ce serait quoi ?
« Si je dois choisir entre l'amour et la haine, je choisis l'amour. » – Matheusa Passarelli.

@igiayedun

Slim Soledad
Slim Soledad

Slim Soledad, 20 ans, mannequin, Dj, performeur, danseur et organisateur des soirées Mil Grau et Chernobyl.

Comment décrirais-tu la situation des communautés LGBTQ et noires au Brésil ?
Elle est très délicate. Je vois qu'il se passe deux choses contraires et incompatibles, d'un côté un mouvement progressiste, de l'autre, une rétrogradation politique notoire qui a vu le jour après le coup d'État. Notre communauté vit à la marge de tout, subit une inégalité sociale douloureuse. Mais je pense que nous repoussons les limites chaque jour. Certains d'entre nous possèdent des espaces d'expression, jouent dans des films, vont à l'université grâce à des quotas d'admissions, etc.

Toi, plus personnellement, comment vis-tu le fait d'être noir et membre de cette communauté au Brésil ?
Je pense que le premier mot qui me vient à l'esprit est « insécurité » car le Brésil est un pays phobique envers la communauté LGBTQ et raciste. Nous nous faisons harceler tous les jours dans la rue. Ces agressions peuvent être verbales ou physiques. C'est notre refus de nous conformer aux normes qui nourrit cette haine. Mais nous sommes merveilleux précisément pour ça. J'adore ma couleur de peau. Même si depuis que je suis gamin, je subis un racisme terrible de la part des autres. Il me semble que beaucoup de blancs n'ont même pas conscience de leur racisme, ils ne se rendent pas compte qu'ils perpétuent une oppression terrible.

Si tu pouvais adresser un message au monde entier, ce serait quoi ?
Sortez de chez vous, informez-vous, faites des recherches, étudiez. Personne ne pourra vous prendre ça. Plus vous vous informerez, plus les choses bougeront.

@slimsoledad

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Kelton Campos.

Kelton Campos, 21 ans, artiste

Peux-tu nous parler de la communauté créative à laquelle tu appartiens ?
J'aime la façon dont les gens échangent en permanence. Nous faisons partie d'une bulle, composée de millions de particules, et chacune de ces particules a quelque chose à apporter aux autres. Nous nous aimons et nous protégeons. C'est très beau.

Peux-tu nous parler de ton travail ?
Je vis dans le quartier de Brasilandia à Sao Paolo et mon travail se concentre la favela qui m'a vu grandir. J'essaye de travailler avec les gens de mon quartier, de leur donner une nouvelle visibilité. C'est un très beau ghetto que j'aimerais rendre visible au-delà des clichés qu'en ont les gens et les institutions.

Comment vis-tu le fait d'être noir au Brésil ?
Je me sens perdu. J'essaye de lire un maximum pour prendre conscience de mon identité en tant que noir au Brésil. Je suis le fruit d'une diaspora. J'ai aussi le sentiment que nos outils d'opposition intellectuelle dépendent trop des écrits américains. J'ai un profond respect pour la lutte afro-américaine mais j'aimerais vraiment que nous établissions la nôtre.

Qu'est-ce que le Brésil a de plus beau à offrir selon toi ?
Ce qui me touche le plus ici, c'est que malgré tous les tourments auxquels nous devons faire face, l'absence de certaines structures sociales et économiques traditionnelles nous permet de nous décoloniser, d'échapper à l'oppression de certaines grandes puissances.

@1nn6

Lay
Lay.

Lay, 26 ans, rappeuse féministe

Comment décrirais-tu la situation des communautés LGBTQ au Brésil ?
Elle s'apparente à un génocide. C'est une problématique qui devrait se situer tout en haut de l'agenda politique car il est question de droit à la vie. Les lois répondent à une logique patriarcale féroce et il faut absolument que ça change. C'est l'essence de mon indignation.

Quelles sont les conditions de vie des communautés noires ?
Nous avons grandi sans figures intellectuelles noires, nous sommes conditionnés de telle sorte que nous renoncer à notre existence en tant que noirs – un déni dicté par des institutions blanches. Au Brésil, notre art a fait l'objet d'une appropriation massive et d'un processus de white-washing. L'avant-garde noire tente de se faire entendre à travers l'art mais les structures racistes qui composent ce pays entravent toute forme d'initiative. Ces empêchements sont financiers, politiques et psychologiques même.

Peux-tu nous parler de la communauté créative à laquelle tu appartiens ?
Elle survit. C'est ce qu'il y a de plus admirable dans cette communauté. Après que la seule femme élue présidente ait été destituée, puis le meurtre de la députée Marielle Franco et tous les autres actes barbares qui ont été perpétrés dans notre pays, il est surprenant de voir que les gens ne se laissent pas désabuser et continuer à lutter chaque jour.

Qu'aimerais-tu voir changer dans ton pays ?
J'aimerais que nous parvenions à mettre fin aux structures patriarcales, capitalistes et racistes.

@layfestyle

Ricardo Boni Estileras
Ricardo Boni.

Ricardo Boni, 21 ans, designer de mode et cofondateur d’Estileras

Comment décrirais-tu la situation de la communauté LGBTQ au Brésil ?
Quand je pense au Brésil en entier, je ne peux m’empêcher de me dire que nous sommes en danger. Ils nous tuent, ils nous humilient, ils propagent des discours de haine sur nous, provoquent la violence. Même si le marché est en train de changer, ils ne nous engagent jamais, ne mettent jamais notre travail en valeur. Malgré nos posters colorés et nos boutons « love », nous restons une population de seconde classe, même avec des espaces qui se veulent accueillant pour la communauté LGBTQA+, sponsorisés par des grandes marques.

Quelle est ton expérience en tant que personne LGBTQ au Brésil ?
J’ai une expérience privilégiée parce que ma famille ne m’a jamais oppressée, elle ne m’a jamais forcée à être quelque chose que je ne suis pas. À partir de là, j’en suis arrivé à comprendre la force de la diversité humaine et à être respectueux de tous.

À la fin de mon collège, j’ai commencé à m’habiller de manière peu conforme et encore aujourd’hui je ressens le poids des regards, des rires et la peur de marcher dans la rue sans savoir ce qui peut m’arriver. Quand tu es « exotique », tu dois t’expliquer. Expliquer ta tenue, ton comportement, le fait même que tu respires. C’est ça, être LGBTQA+ au Brésil.

Si tu pouvais adresser un message au monde, ce serait lequel ?
Entre le « oui » et le « non », je choisis le « peut-être.

@estileras

Brazil

Eduardo Costa Reis, 29 ans, cofondateur de Brechó Replay

Décris-moi ton travail.
Brecho Replay est une plateforme créative, sur Instagram, où l’on peut imprimer nos recherches personnelles et partager notre processus créatif, pas seulement ce qui en ressort.

Quelle est ton expérience en tant que personne noire et LGBTQ au Brésil ?
Je suis oppressé et méticuleusement observé.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ta communauté ?
Le fait que je puisse vraiment l’appeler ma famille. Et une famille bien différente du format catholique officiel.

@brechoreplay

Brazil
Loic Koutana (left).

Loïc Koutana, 23 ans, danseur contemporain et mannequin français, congolais et ivoirien

Comment décrirais-tu la situation de la communauté noire et LGBTQ au Brésil ?
Il y a eu quelque chose de très impactant pour moi quand je suis arrivé au Brésil. Le Brésil est l’endroit au monde où il y a le plus de transgenres, mais c’est aussi l’endroit qui tue le plus de transgenres. Ça montre bien le paradoxe de ce pays. Même si les gens se battent pour avoir le droit d’être eux-mêmes, d’êtres uniques, la scène LGBTQ et la communauté noire restent constamment oppressées, étouffées.

Nous avons perdu une amie très chère il y a quelques mois – une jeune et géniale artiste transgenre, Matheusa. C’est horrible, quand on réalise que ce ne sont pas que des statistiques, mais des actes horribles bien réels.

Quelle est ton expérience en tant que personne noire et LGBTQ au Brésil ?
Mon expérience est très positive. Je dis toujours que j’ai fait ma renaissance au Brésil. En France, je m’inquiétais constamment de ce que les gens allaient penser de moi. Ce pays, cette envie de liberté et la confiance des Brésiliens m’ont aidé à m’accepter. C’est un parcours très surprenant.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ta communauté brésilienne ?
En tant que Franco-Africain, j’ai le sentiment que le Brésil est le mélange parfait entre le lifestyle français et le désir de liberté et de justice qu’ont les Français. D’un autre côté, je peux aussi reconnaître l’esprit africain, le sens de la famille et la joie de vivre. La chose qui m’enchante le plus au Brésil, c’est le melting-pot.

@lhommestatue

Brazil by Hugo Scott
Collectif MOOC.

Collectif MOOC – Catarina Martins, Kevin David, Levis Novaes, Lídia Thays, Louis Rodrigues, Raphael Fidelis, Vinni Tex et Suyane Ynaya

Dites-moi ce qui vous réjouit au sein de la communauté artistique dont vous faites partie.
Ce sens nouveau de la communauté qui s’étend de plus en plus au sein des artistes noirs.

Décrivez votre travail.
Généralement, on dit que nous sommes des professionnels de la publicité, mais au sein du collectif il y a de nombreux rôles différents, de la création au produit fini. L’intention est toujours la même : montrer que nos perspectives sont aussi valables que celles des gens formés dans des universités prestigieuses. MOOC est là pour planter des graines là où l’on a longtemps pensé que la terre n’était pas fertile. Nous pensons que rien ne peut rester comme avant.

Comment décririez-vous la situation des noirs au Brésil ?
« En constante évolution », ce serait la réponse parfaite, mais c’est difficile de parler pour tout le monde. Aujourd’hui, notre niche noire, artistique, jeune et moins jeune au Brésil est en train de se développer, de se créer ses références dans nos propres contextes et d’arrêter d’essayer d’être les États-Unis. On commence vraiment à explorer, culturellement et artistiquement. Je pense que ce chemin-là est écrit pour nous, et nous allons le prendre.

Quelle est votre expérience en tant que noirs au Brésil ?
Parler des corps noirs dans notre société est une tâche très compliquée. Chaque personne est unique, à ses propres expériences, mais quand nous évoquons le contexte lié au fait d’être « noir », nous nous connections, nous nous unifions. Avoir une vraie connaissance de la communauté noire en général est une étape primordiale. Aujourd’hui, avec des accès très facilités, il y a des informations à ce sujet, et la communauté en parle de manière beaucoup plus ouverte – par rapport à la génération de nos parents, par exemple. Mais nous n’avons pas encore inclus tout ça dans l’éducation de nos enfants.

Qu’est-ce que vous aimeriez que les gens qui connaissent mal le Brésil comprennent de votre pays ?
Vous devriez savoir que le Brésil, c’est bien plus que Rio de Janeiro, le carnaval et les belles femmes. Il y a de nombreuses autres cultures au-delà de la samba, la funk et le foot. Il suffit de rechercher et d’aller se renseigner sur les autres types de cultures locales, et de venir ici pour les expérimenter en direct. Il faut passer une saison à vivre avec différents groupes issus de différents milieux sociaux. C’est le meilleur moyen d’échanger, de partager nos cultures.

@wearemooc

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Isaac Lohan, 22 ans, cuisinier et activiste visuel

Comment décrirais-tu la situation de la communauté LGBTQ au Brésil ?
Nous avons peur de tout ce qui se passe, et de tout ce qui arrive. Mais nous sommes prêts à faire face. Je pense que la communauté va s’unir et que nous allons encore plus essayer de nous comprendre les uns les autres. Nous nous multiplions partout au Brésil, dans chaque coin il y a quelqu’un qui se bat pour faire avancer la cause, et c’est magnifique.

Quelle est ton expérience de personne LGBTQ au Brésil ?
Je me sens libre, je me sens le droit d’être unique. Chaque jour, j’ai l’impression d’être un survivant, quelqu’un qui ne peut pas avoir peur.

Qu’est-ce qui te réjouis le plus au sein de ta communauté ?
L’unité ! Je me sens bien, en sécurité, quand je suis avec mes pairs, et la communauté ne cesse de s’agrandir. C’est ça qui va nous faire gagner.

Qu’est-ce que tu aimerais que les gens qui ne connaissent pas le pays comprennent du Brésil ?
Que nous ne parlons pas espagnol, que nous vivons une phase politique très compliquée, et que nous avons plein de choses à apprendre les uns des autres.

Luiza De Alexandre
Luiza De Alexandre

Luiza De Alexandre, 20 ans, artiste et chanteuse

Quelle est ton expérience au Brésil, en tant que personne noire et LGBTQ ?
En tant que femme bisexuelle cis, je sens des regards froids se poser sur moi quand je suis avec ma partenaire. Mon cercle d’amis est totalement composé de trans, de personnes non-binaires, etc. En tant que femme noire à la peau claire, je suis d’une certaine manière un peu privilégiée, dans certains contextes. J’ai commencé à me considérer réellement comme personne noire quand j’étais au collège, le jour où le proviseur m’a dit que je devrais me coiffer les cheveux correctement pour un quelconque entretien d’embauche.

Qu’est-ce que tu aimerais que les gens réalisent à propos du Brésil ?
Nous sommes en plein milieu d’une énorme crise économique et politique – c’est extrêmement dur pour la jeunesse créative du pays. Au Brésil, nous vivons une époque où il est presque impossible de s’engager réellement en politique. Les gens sont impuissants, totalement désinformés. On ne nous donne aucune information, nous ne savons pas vraiment ce qui se passe.

Si tu pouvais envoyer un message au monde, ce serait lequel ?
Nous devons penser au futur proche, ne pas laisser le consumérisme nous envahir. Ça peut sonner un peu hippie, mais ce n’est pas le cas ! Nous en sommes arrivés à un point où nous devons faire le point sur nos valeurs, commencer à vraiment penser aux minorités. Nous devons tous arrêter d’être égoïste, ça commence par des gestes du quotidien.

@luizadealexandre

Brazil by Hugo Scott
Yaminah Garcia.

Yaminah Garcia, 21 ans, artiste sonore

Tu peux me décrire ton travail ?
Je suis ingénieure du son et Dj. Je fais des bandes-son pour le mode et la publicité et je bosse parfois en tant que mannequin pour des marques indépendantes. Je fais aussi partie d’un collectif, AEAN, qui remet les artistes noirs à l’honneur dans des endroits qui ne considèrent pas l’art noir.

Comment décrirais-tu la situation des communautés noires et LGBTQ au Brésil ?
Le Brésil, c’est immense, et je ne veux pas généraliser parce que chaque quartier contient des douzaines d’ethnicités. Chaque expérience varie d’un endroit à l’autre.

Mais, en général, les gens meurent de la furie qui vient de l’ignorance. Cette année nous avons perdu Matheusa, à cause de la discrimination. Elle a été brutalement tuée dans une communauté de Rio de Janeiro, et moi j’ai été victime d’une attaque en pleine rue parce qu’un ami à moi portait une robe. Nous nous sommes battus pour le protéger. Tout est incroyablement instable, tu peux être dans la rue avec des amis et d’un coup tu te fais agresser, haïr, discriminer.

Quelle est ton expérience en tant que personne noire et LGBTQ au Brésil ?
Je sais que je ne suis pas accepté dans la plupart des environnements, mais je suis vraiment heureuse de faire partie d’une communauté si tolérante. Je suis fière d’être une descendante de gens honnêtes, de rois et de reines, et non pas de colonisateurs psychopathes.

@yaminahgarcia

Brazil by Hugo Scott

Victoria Carolina, 19 ans, styliste et artiste visuelle

Comment décrirais-tu la situation des communautés noires et LGBTQ au Brésil ?
Malgré le fait que plus de 50% de la population brésilienne est noire, à cause de la colonisation, ce qui est vendu comme étant « idéal » reste le corps blanc. La publicité, notamment, met l’accent sur ces standards et renforce l’exclusion, le racisme systémique. Grâce aux réseaux sociaux, qui nous ont offert un accès plus large à l’information, les gens ont commencé à comprendre ce qui se joue et ont la volonté de changer les choses pour les générations futures.

Quelle est ton expérience en tant que personne noire et LGBTQ au Brésil ?
Je suis oppressée. Je n’entre pas dans les stéréotypes patriarcaux du système, par conséquent mon corps est exclu, et je ne suis ni écoutée ni entendue.

Qu’est-ce qui te réjouis le plus, au sein de ta communauté ?
Je ne sais pas si c’est nécessairement une bonne chose ! Je vis dans une bulle sociale qui me permet de parler de ces problématiques, au sein de la communauté, d’écouter et même de me questionner moi-même. Mais hors de cette bulle je vis dans le danger, dans l’oppression et la répression du reste de la société brésilienne.

@princesinhadazl

Brazil by Hugo Scott
La scène queer de Brasilandia.
Brazil by Hugo Scott
Allan.
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Batekoo party
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Waslley Baiano, Pedro Ferreira, et Yaminah Garcia.
1540492655991-15
Aisha Mbikila
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Lolla Venzon, Menina Venenon et leurs amis.
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Lu Safro et Mika Safro.
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Lay et son amie.
Brazil by Hugo Scott
Brendon Xavier.
Brazil by Hugo Scott
Renata Tavares.

Cet article a été initialement publié dans i-D US.

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