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la femme à l'état de nature

La photographe Prue Stent, originaire de Melbourne, n'a qu'une idée en tête : rendre au corps féminin sa part de mystère et resserrer les liens qui le noue à la nature à travers ses tirages. Rencontre.

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12 Mai 2016, 7:40am

Prue Stent a passé le plus clair de sa vie dans une cabane en bois au large des plages de Sydney. Tout son travail découle de cette plénitude tranquille. Des nymphes étendues sur les rochers aux lutines tapies dans les bois, les photographies de Prue mettent le corps de la femme dans un paysage naturel et une nature foisonnante. Corps cachés, têtes penchées, chevelure devant les yeux, Prue choisit de ne pas révéler l'identité de ses modèles pour laisser planer le mystère. On a rencontré l'artiste à l'occasion de sa première exposition.

Qu'est-ce qui t'a poussé à faire de la photo ?
J'ai toujours été obsédée par l'idée de faire de l'art un jour. Mes parents collectionnaient plein de trucs et j'ai toujours été entourée d'objets magnifiques et bizarres. Quand j'étais au collège, j'ai eu la chance de rencontrer un groupe de filles très créatives qui m'ont poussé à m'engager dans cette voie. On se mettait en scène ensemble, on s'exprimait sans tabou et ça n'a jamais cessé depuis. Je travaille toujours avec certaines d'entre elles, depuis mes 13 ans !

Qu'est-ce que tu essaies de montrer, à travers tes photographies ?
La photographie a une immédiateté que je trouve irrésistible. Je cherche à créer des images qui sont bizarres, provocatrices et troublantes en faisant toujours intervenir un peu d'inattendu. La photographie, c'est mon instinct, elle me permet de capturer les pensées que j'ai en tête. C'est l'instantané, même si je fais pas mal de travail de retouche. C'est un exercice de nerd assez cool qui me plait bien.

Qu'est-ce qui t'inspire en ce moment ?
Je m'intéresse aux travaux d'artistes qui mixent féminisme, fétichisme et surréalisme. J'adore partir à la recherche de jeunes artistes femmes contemporaines qui brisent un peu les conventions et les normes. En ce moment, je suis fascinée par celles qui parviennent à assumer cette vision politique dans les installations à grande échelle et dans la création vestimentaire.

Pourquoi le nu ?
J'adore ce que la nudité génère comme contradictions. Ça peut être terrible ou magnifique. Quand on shoote des gens nus, les modèles ont une sorte de proximité envers moi qui me bouleverse et me booste dans mon processus créatif. Le corps nu crée des émotions fortes, quel qu'il soit. 

Tu ne shootes pratiquement que des femmes... 
J'ai choisi de ne travailler que sur le corps des femmes parce que je veux que mes images reflètent sa force, son érotisme et sa puissance, sans le rabaisser ni le dominer pour autant. Le regard féminin sur une femme est essentiel pour que les choses, au sens plus large, évoluent.

Pourquoi as-tu choisi de cacher certaines parties du corps, ou carrément de dissimuler les visages de tes modèles ?
Le mystère est intrinsèque à la notion de féminité, même pour moi. Je tiens à mettre l'accent sur le corps féminin et l'essence de la féminité plutôt que sur l'individualité et la personnalité de ces femmes. Si le spectateur peut s'identifier ou reconnaitre quelqu'un dans l'image, la beauté de l'inconnu est perdue. 

La nature prend une place très importante dans ton travail... L'environnement, c'est important pour toi ?
D'une part, j'ai grandi devant un studio naturel infini et sublime : la plage. Donc c'est un peu évident que j'ai réussi à me lier très vite à la nature. En extérieur, je me sens beaucoup plus libre, je n'ai plus aucune limite. Et les références à la fertilité féminine abondent naturellement quand on invoque Mère Nature. 

C'est quoi tes projets en ce moment ?
Je prépare en ce moment ma première exposition solo en Australie. J'ai essayé de me concentrer sur des thèmes spécifiques - c'est hyper difficile. D'habitude, je ne m'impose aucune limite, ni de format, ni d'idée. J'ai aussi fait quelques collaborations avec différents labels de mode / artiste / musiciens, ce qui est toujours très cool. Les projets à venir comprennent un clip et une pièce d'installation pour un festival que je prépare pour l'année prochaine. 

pruestent.com

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