Publicité

orlando prouve que nous devons resters fiers (et unis)

Le combat contre l'homophobie est loin d'être gagné. Faisons front tous ensemble.

par Jacob Hall
|
13 Juin 2016, 1:35pm

Les plus inoubliables soirées de mon adolescence, je les ai passées dans les clubs gay. Comme la plupart des kids queer partout à travers le monde, je cherchais avant tout à m'extirper des préjugés que je subissais au quotidien. C'était une échappatoire. Un temple de tolérance où je pouvais enfin danser et m'épanouir librement, rencontrer des kids comme moi et célébrer mon identité sexuelle sans ressentir ni honte, ni violence. Pour moi, comme pour des millions d'autres, ces espaces de vie, de danse et de musique ont sauvé plus d'une vie. Toute cette tolérance a volé en éclat ce week-end, lorsque Omar Mateen, âgé de 29 ans, a pénétré le club Pulse d'Orlando, avec la seule intention de tuer autant de queer qu'il pouvait. Pari réussi. 50 personnes ont trouvé la mort et 53 sont aujourd'hui blessés. Il s'agit de l'attaque à main armée la plus meurtrière dans l'histoire des Etats-Unis, comme de l'acte le plus terrifiant sur le territoire, depuis le 11 septembre. L'État Islamique a revendiqué l'attaque dans un communiqué officiel, publié par l'agence Amaq News. Selon des sources récentes, l'attaquant aurait plaidé allégeance à l'organisation lors d'un coup de téléphone. Quoi qu'il en soit, sa motivation première était la haine, plus dévastatrice que jamais.

La nuit dernière a été la preuve que célébrer l'homosexualité et la liberté d'aimer reste un acte de bravoure et l'équivalent d'un gros doigt d'honneur à tous les réactionnaires de ce monde. 

La vraie surprise, s'il en est, dans cette histoire, c'est qu'aucun des médias traditionnels n'ait mentionné qu'il peut s'agir d'une attaque homophobe. Owen Jones l'a découvert la nuit dernière, avant de devenir le bouc-émissaire d'un pays qui a du mal à regarder les choses en face. Le journaliste, interrogé par Sky News, a été l'un des premiers à dénoncer l'inertie des médias à mettre des mots sur un acte profondément homophobe et transphobe. Dans son intervention sur la chaine nationale, il soutenait, la nuit dernière que cet acte était "l'une des pires atrocités perpétrées contre la communauté LGBT dans l'histoire occidentale" et a été reçu avec un méprisant : "Oui enfin, on parle d'êtres humains avant tout, non ? Soyons clairs, cette attaque est minime par rapport à celle de Paris." Jones, de plus en plus frustré, a fini par déclarer "Vous ne pouvez pas comprendre, parce que vous n'êtes pas gay" - une émotion très forte qui a trouvé un écho puissant sur la toile. Lola Okolosie, auteure reconnue, lui a accordé son soutien dans cette déclaration, quelques heures plus tard : "L'argument du 'nous sommes tous des êtres humains' minimise la bataille que je mène au quotidien. C'est un moyen très sournois de nous dire de la fermer." Les activistes LGBT du monde entier se sont rassemblés sur la toile, avec la même agitation et la même incompréhension face au silence que leur renvoie, depuis ce week-end, la société américaine et les médias en général.

Il ne fait plus aucun doute que cette attaque visait une communauté minoritaire et lorsqu'un média omet volontairement de spécifier un tel élément (ce qui est le cas de plusieurs médias depuis l'attaque), on ne peut que penser à une forme de censure. Pire encore, cette omission reflète la haine générale dont la communauté gay semble être la victime. Quelques heures après l'attaque, un homme armé de revolvers et d'explosifs a été arrêté et détenu à Los Angles alors qu'il se dirigeait vers la Gay Pride, sur le point de démarrer. Pour beaucoup, cette attaque a rappelé la vulnérabilité de la communauté gay dont les acteurs et membres sont devenus de véritables cibles ambulantes. Un massacre qui nous rappelle également que l'on peut encore mourir à cause de sa sexualité. Mais l'attaque nous rappelle aussi qu'il est désormais primordial de continuer à organiser des marches, des Gay Pride. Il y a quelques jours à peine, un magazine publiait un guide à l'intention des hétéros en Gay Pride et renseignait que "la toute première Gay Pride fut une manifestation de policiers. (…) Une Gay Pride est une procession où, ensemble, nous célébrons nos victoires et pleurons nos pertes." Trois jours après sa publication, les mots du journaliste résonnent comme jamais - la nuit dernière a été la preuve que célébrer l'homosexualité et la liberté d'aimer reste un acte de bravoure et l'équivalent d'un gros doigt d'honneur à tous les réactionnaires de ce monde. Nous avions oublié cette donne, nous la pensions dépassée depuis longtemps. Le bruit médiatique autour de la cause queer et gay cette année a fait l'effet d'un mirage : nous pensions que l'avènement de l'égalité était proche mais il n'en est rien.

De la même façon que nous avons tous #prayedforparis et #prayedforbeirut, nous sommes désormais en train de #prayforolando sur les réseaux sociaux. Solidaires. C'est sincèrement désarmant d'observer Internet en deuil. Reste qu'on ne cesse de se demander : que peut-on vraiment faire pour manifester notre soutien ? Est-ce que les prières suffisent ? L'activiste et écrivain trans Paris Lee a rapidement évoqué les lois insensées du pays sur les armes, tweetant "Ça arrive dans d'autres endroits. Savez-vous combien de fois j'ai entendu un Première Ministre britannique faire un discours après une fusillade ? Jamais. Obama ? 17 fois. " Ses mots étaient durs, mais son argument était juste : ces terribles massacres ont lieu régulièrement aux États-Unis - la faute à la législation sur les armes. La population américaine représente 4,4% de la population mondiale. Mais ses citoyens comptent pour près de la moitié des porteurs d'armes dans le monde. Il y a eu 7 fusillades en Angleterre depuis 1849. Il y en a déjà eu plusieurs aux Etats-Unis depuis lundi. Il est temps que les choses changent.

Les médias traditionnels ont délesté les gays de leur voix pour discuter d'un crime qui les a spécifiquement ciblés. 

Il faut garder à l'esprit que la meilleure façon de répondre à la violence reste la solidarité. Pas la haine qui, comme beaucoup l'ont malheureusement souligné, ne fera qu'aider Donald Trump dans sa course vers une présidence ouvertement islamophobe. Un article en particulier est devenu tristement viral juste après Orlando - « Je suis un activiste gay et, après Orlando, j'ai décidé de donner mon vote à Trump ». Le problème est simple : Trump est ouvertement raciste. Donc s'allier à lui, c'est aussi s'allier à la peur et mettre en opposition l'homophobie et l'islamophobie. Un très bel article a fait surface ce matin, résumant à la perfection la terreur à laquelle les musulmans queer doivent aujourd'hui être sujets, anticipant avec peine les attaques à venir. Ecrit par Samra Habib, l'article en question - "Les musulmans queer existent… Et nous sommes nous aussi en deuil" - décrit comment les groupes activistes musulmans sont sommés de s'excuser des actions terroristes, en « rappelant au monde que l'Islam prône la paix pour que les musulmans innocents qui veulent vivre leur vie en toute tranquillité ne souffrent d'aucune répercussion ». Ce n'est pas aux queer musulmans de s'excuser pour ce qui vient de se passer. Ce n'est pas non plus le rôle d'une religion tout entière, mais la seule responsabilité de « criminels musulmans aveuglés », donc les actions provoquent « le questionnement de toute une religion et une méfiance vis-à-vis de tous ses fidèles ». Si vous n'étiez pas d'accord avec Trump avant ce massacre, ne vous laissez pas changer d'avis - le faire serait bien trop hâtif, et votre unique motivation serait la peur.

Cette attaque a mis en lumière plusieurs vérités, et aucune d'elle n'est plaisante. Les médias traditionnels ont délesté les gays de leur voix pour discuter d'un crime qui les a spécifiquement ciblés. Il y a aussi ce douloureux paradoxe dans le traitement des victimes. Ceux touchés et dans des situations critiques sont en attente désespérée de sang, mais les lois interdisent aux gays et bisexuels de donner leur sang s'ils n'ont pas été célibataires durant les 12 derniers mois. Il y a bien sûr d'autres moyens de prêter main-forte : une page GoFundMe a déjà recueilli plus de 1 000 000 de $ pour les victimes et leurs familles, et des veillées sont organisées partout dans le monde pour pleurer cette tuerie et afficher notre solidarité. Ce que la communauté queer peut faire de mieux, c'est continuer à vivre de la manière la plus authentique possible, et ne pas céder à la peur. La législation américaine sur les armes à feu doit forcément être discutée ; les grandes voix queer doivent être entendues et s'élever de cette mêlée d'éditorialistes hétérosexuels affirmant à raison que "tout le monde est touché" ; la course de Trump à la présidentielle ne doit pas trouver de confort dans les agissement d'un homophobe radical. La première Pride était une émeute. Quarante ans plus tard, de grands événements internationaux se tiennent sans qu'aucun incident n'éclate. Nous sommes aujourd'hui dans une position plus confortable, maintenant que les activistes de Stonewall ont pavé la voie pour une génération qui accepte et s'accepte. Mais nous ne devrions jamais oublier la haine qui vit encore et la longue route qu'il nous reste à parcourir.

Credits


Texte Jacob Hall
Photography Benjamin Alexander Huseby 
Styling Thom Murphy
Hair Justin Fieldgate using Bumble and Bumble
Styling assistance Leeds
Models Adam and Richard
The Youth Issue, No. 271, November 2006

Tagged:
Gay Pride
opinions
LGBTQI
société
attaques
orlando fusillade