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2015, l'année de la révolution gucci

Depuis qu'Alessandro Michele a pris les rênes de la maison, Gucci renaît et célèbre l'Italie dans ce qu'elle a de plus beau.

par i-D Staff
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24 Décembre 2015, 11:40am

Jason Lloyd-Evans

Alessandro Michele. Le nom du nouveau designer artistique de Gucci était sur toutes les lèvres cette année. Impossible d'ouvrir un magazine sans tomber sur un papier chantant les louanges de sa vision révolutionnaire de la féminité, à des années lumières du glamour opulent du clan Kardashian. Tout ça en seulement deux saisons (enfin, trois si on compte la magnifique croisière présentée à New York). En deux saisons seulement il a aussi été consacré designer de l'année aux British Fashion Awards.

Ce n'est pas difficile de comprendre pourquoi. Gucci peinait à sortir de l'ère brillamment inaugurée par Tom Ford. Frida Giannini, engoncée dans sa silhouette sexy retro n'a jamais vraiment réussi à imposer sa vision - il s'agissait plus d'eye-liner que de mode. Il étant temps qu'Alessandro Michele reprenne les rênes de la maison italienne - maison où il était entré au début des années 2000 sous Tom Ford et qu'il n'avait jamais quitté depuis. 

Alessandro Michele a avoué avoir imaginé et conçu son dernier défilé en cinq jours. L'hiver 2015 pour l'homme était le défilé le plus attendu de l'année, surtout depuis la résurrection de Slimane à Saint Laurent. Des garçons à lunettes et quelques filles en blouses s'avançaient nonchalamment, bérets sur la tête, anneaux clinquants aux doigts, larges pantalons en jambes - pas de sexe, on est poètes. Son défilé contrariait en quelques minutes plus de deux décennies d'hypersexualité décomplexée sur les podiums et dans les magasins. Quant à son casting, il célébrait la jeunesse et l'unisexe. Tous les garçons Gucci portaient leurs blouses pour sécher l'école. Sans raison, sans uniforme. La nouvelle ère Gucci était en marche.

Un mois plus tard, le défilé femme honorait le manifeste post-genre de la maison italienne et affolait les critiques. Les silhouettes de Michele ont ceci de novateur qu'elles célèbrent une féminité à contre-courant : imprimés floraux, dentelle, broderies et fourrure se disputent parfois une seule pièce de la collection. Pour une saison née sous le signe des restrictions budgétaires, Gucci a choisi de vendre du rêve. Littéralement. 

Dans le sillon de ce renouveau artistique, les campagnes de Michele, immortalisées par Glen Luchford, sont aux antipodes des images glossy qu'offraient Mert and Marcus dans le passé. Luchford a fait ses armes dans les nineties - Amber Valetta nonchalamment adossée au bateau de Prada, Angela Lindvall virginale en Miu Miu ou Kate Moss qui boxe dans les rues de New York, c'était lui. La quintessence du grunge londonien qui rencontre l'étincelant éclat des imprimés Gucci. Pour l'hiver 2015, d'illustres jeunes inconnus ont posé dans le métro - la femme Gucci dans les transports en commun ? Personne ne l'attendait. 

Tout ce qui a été conçu et imaginé par Gucci s'est dupliqué et leurs imprimés délicats frénétiquement clonés. Pour leur défilé printemps/été 2016, le premier rang mais aussi tous ceux derrière célébraient Gucci. Plusieurs paires de mocassins en fourrure , ceux là même qui avaient causé tant d'émoi lors du défilé homme, se disséminaient dans la salle comble. Impossible de ne pas trébucher sur l'un de ces pantalons sans fin qu'on eut dit sortis d'un autre temps, fruit du génie de Michele. Après des années de rigorisme dans les rangs des défilés, les journalistes se sont prêtés au jeu du saut du lit magnifié - à grand renfort de splendides pyjamas et de pantoufles de conte de fées.

Michele a fait du jardin le thème de son podium -  à ces fins, le défilé printemps s'est déroulé dans un hangar industriel où s'entassaient plantes tropicales et tapis somptueux. Le public, à l'image de son environnement, se distinguait par son exotisme. Fini le Gucci roulé au glitter, la maison porte désormais en son sein un oiseau rare - Chloe Sevigny et Elle Fanning ainsi qu'Hari Nef la muse transgenre, ont participé à ce nouvel envol. Ces créatures délicates et incandescentes incarnent au mieux l'esprit Gucci. Côté homme, Jared Leto sublimera bientôt de son charme androgyne les costumes de la saison.

Du haut de son British Fashion Award, Michele finit l'année en beauté. Son passage à Gucci n'est pas juste un triomphe pour la maison mais pour la mode en général - les gens ont envie d'acheter des fringues ! La mode vend encore ! Pas n'importe laquelle mais celle qui se réinvente et ose. Celle qui sait être folle. Si Michele creuse encore dans ses archives pour imprégner ses collections d'une nostalgie sensuelle, les saisons passeront sans qu'une once de déjà-vu ne nous parvienne. Car l'oeuvre de Michele est l'antithèse du déjà-vu. Et 2016 saura nous donner raison. 

Credits


Photographie : Jason Lloyd-Evans

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