les all saints sont de retour et nous racontent tout !

Les reines des années 1990 sont enfin réunies – rencontre.

par Peter Robinson
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27 Janvier 2016, 4:15pm

Nous sommes en 1993. All Saints 1.9.7.5. regroupe Mel Blatt et Shaznay Lewis et signe sur le cultissime label anglais ZTT. Peu de temps après, c'est au tour des copines d'enfance de Mel, Natalie et Nicole Appleton de rejoindre le girls band. Et là c'est l'explosion : le groupe signe chez London Records et bat tous les records de vente. Après deux disques Platine et des dizaines de tubes au hit parade, de Pure Shores à Never Ever, All Saints s'exporte et vend plus de dix millions d'albums dans le monde - en seulement 5 ans. 

Après ce début de carrière fulgurant, les filles se séparent et se lancent, chacune de leur côté, en solo. C'était avant qu'elles ne fassent un bref retour sur scène en 2006, avec leur album Studio One. Une réapparition suivi d'un long silence radio. Personne n'espérait plus le retour des enfants prodiges des nineties. Jusqu'à ce qu'elles se retrouvent en concert en 2014, de nouveau réunies. Depuis, les rumeurs allaient bon train et tous chuchotaient dans l'industrie que les All Saints feraient leur grand et vrai comeback. Voilà, il fallait attendre 2016 pour que ce jour arrive enfin. Leur nouveau single, One Strike vous fera tous revivre vos plus belles années passées à écouter All Saints en boucle sur votre baladeur, en attendant la sortie de leur quatrième album, Red Flag, en avril.

Dans cette première interview accordée à i-D les filles nous ont parlé d'elles, de leur retour sur scène, de leur passé - et surtout, elles nous ont dit que tout allait bien.  

Tout a recommencé lors d'un concert des Backstreet Boys. Qu'est-ce qui vous a motivé à reprendre du service ?
Mel : On nous a demandé d'être présentes sur cette tournée. C'était vraiment un honneur pour nous.
Shaznay : Nous n'avons même pas fait d'argent dessus ! On a balancé tout l'argent dans la scénographie !
Nic : On a passé un moment incroyable ensemble. Si c'était à refaire, je le ferais sans hésiter !
Nat : Au début, c'était vraiment pour rire et à la fin, on ne voulait plus que ça s'arrête. C'était super d'être à nouveau réunies. Bon, on se voyait quand même et on faisait la fête ensemble mais être sur scène, toutes les quatre, c'était vraiment cool.
Shaznay : Le truc c'est qu'on ne se serait jamais lancées sans croire à ce qu'on faisait. Si on ne croyait pas à la musique qu'on fait. On est reparties dans la course !

Avec qui avez-vous travaillé pour le nouvel album ?
Shaz : Un super jeune producteur qui s'appelle Hutch, il est fantastique. On a fait le single ensemble. J'avais écouté ses trucs et j'adorais sa musique avant même qu'on bosse ensemble. On a aussi été en contact avec Utters ainsi qu'avec K-Gee, notre ancien producteur qui fait partie de la famille. K-Gee nous a dit : ''Volez de vos propres ailes, bossez avec d'autres gens et revenez me voir.'' Et c'est ce qu'on a fait.

Parlons un peu de votre single, One Strike.
Shaz : Je l'ai écrit avec Hutch. Nic m'avait parlé il y a quelques années d'une histoire perso et j'avais envie d'écrire une chanson sur cette discussion qu'on avait eu ensemble. Je n'écris des chansons que quand elles m'inspirent ou me rappellent des émotions très fortes.
Nic : On avait passé des heures au téléphone à ce moment là.
Shaz : Je me suis vraiment mise à la place de Nic pour écrire.

Donc la chanson parle de ton divorce, Nic ?
Nic : Elle parle des moments qui ont précédé le divorce. Quand j'ai appris tout ce qu'il m'avait fait.
Shaz : C'est surtout la retranscription d'un moment passé au téléphone.
Nic : Tout est dans la chanson ! En l'écoutant vous comprendrez.
Shaz : ''One Strike'' signifie que ta vie peut s'écrouler en quelques minutes. Tu peux être en train de marcher sur la route, avoir laissé ta famille à la maison et puis soudain tu rentres et plus personne n'est là. Tout peut basculer.

Mel, en 2009 …
Mel : Oui chérie. Je sais déjà ce que tu vas dire.

…Tu as dit …
Mel : JE SAIS.

…''Les All Saints ne se reformeront jamais.''
Mel : Ouais. L'alcool fait des ravages.

Oui. Et puis la dernière fois que tu as parlé à i-D…
Nic : Oups.
Shaz : Mon dieu.
Mel : Ah je crois que je m'en souviens de celle-là…

…Tu m'as dit, à propos du dernier comeback des All Saints, que tu ne l'avais pas fait pour les bonnes raisons et que ''c'était pour le fric…''
Shaz : (à Mel) T'as vraiment dit ça ?
Mel : Oui, parce que je n'ai pas aimé ce comeback. 

Et tu as même dit '' Je pense qu'on n'avait plus grand chose à donner au monde''.
Shaz : Mais non ! C'est son opinion à elle.
Mel : Oui c'était moi et seulement moi. Le coeur n'y était pas.
Nic : Moi je ne l'ai pas vécu de cette façon.
Mel : Mais c'était du ressenti pur. Parce qu'on a signé chez Parlophone avant même de produire un seul son. Ils ont acheté une certaine idée de nous et le concept de notre comeback. Je ne me sentais pas intègre à l'époque, je l'ai ressenti tout de suite.

Et la musique que vous avez faite à cette époque ?
Mel : Ce n'est pas celle que je préfère.

C'est ce que tu aimes le moins de vous ?
Mel : Oui je crois. Mais je suis ravie qu'on ait réussi à se retrouver aujourd'hui. Je n'ai plus ce goût amer que j'avais dans la bouche jusqu'à maintenant. En 2016, on a conçu le meilleur album de toute l'histoire des All Saints. C'est l'album dont j'avais toujours rêvé - et on l'a fait !

Quand vous avez quitté Parlophone en 2007, ça ne s'est pas très bien passé - votre collaboration s'est arrêtée seulement deux mois après la sortie de votre album.
Mel : Ils m'ont poussé à bout. Je ne voulais plus monter sur scène, ni chanter, c'était FINI pour moi.
Shaz : (à la serveuse) L'ADDITION S'IL VOUS PLAIT ! (gros rires) heu, pardon ? J'étais pas du tout au courant. C'est dur à entendre quand même. Ça me rend triste que tu dises ça parce que vraiment, de mon côté, j'aime tout ce qu'on a construit ensemble. Ça m'attriste vraiment, Mel.
Mel : Ce n'était pas tant la musique - mais la manière dont elle était faite. Se faire signer sans avoir rien produit. Vous me connaissez, je suis un peu engagée quand il s'agit d'intégrité. C'est important pour moi.

Donc accepter de rejouer avec les Backstreet Boys était peut-être un plus grand pas pour toi que pour les autres, Mel ?
Mel : C'était une décision difficile à prendre. Mais je suis très heureuse de l'avoir prise car c'était de loin la meilleure décision à prendre.

Qu'est-ce que tu en penses Shaznay ?
Shaz : Je suis bouleversée ! (rires)
Nic : J'aime ce qu'on a fait ensemble et ce qu'on fait maintenant, différemment. Je pense que c'était vraiment le bon moment pour nous, maintenant. C'est vraiment cool. Et ça fait du bien.

Cette fois vous êtes réunies pour de bon ?
Mel : Tout à fait.
Shaz : La bonne raison de se remettre ensemble, c'est qu'on s'entend toutes très bien - ça n'a rien à voir avec l'industrie, le fric ou la vente d'albums. On était amies bien avant de faire de la musique.

Si vous pouviez revenir en arrière, y'a-t-il des choses que vous auriez changé ?
Nat : On était vraiment très jeunes. Et très naïves.
Mel : C'est une question de confiance, vraiment. Quand t'es jeune, tu crois que les autres pensent et font tout mieux que toi. Mais si jamais je pouvais donner un conseil aux jeunes qui débutent : pensez à vous. Soyez intègres. Et si vous avez un groupe à vos côtés, ne lâchez rien.

Qu'est-ce que vous diriez à un groupe comme Little Mix s'il vous demandait conseil sur la manière dont il doit gérer son image, par exemple ?
Nath : Heu
Mel : Dites ce que vous voulez. Dites au monde d'aller se faire foutre si vous voulez.
Shaz : Grave.

Quelle est la recette de la longévité d'un groupe, d'après vous ?
Mel : Si tu as un plan derrière la tête, c'est probablement pas le bon. On ne devrait pas planifier les choses quand on commence dans la musique. Il faut être spontané. Il faut juste croire à ce que tu fais, faire de la musique jusqu'à ce que tu n'en n'aies plus envie.

Même quand vous avez commencé, vous n'aviez aucun plan marketing ?
Shaznay : Bah pas du tout, ce n'était pas un plan, c'est vraiment un rêve qui est devenu réalité. Je me souviens, après une tournée, de m'être allongée sur mon lit et de rêver à une très longue carrière.

Les émissions qui ont fait de vous ses stars ont disparu - Smach Hits, le Hit Machine, Top Of The Pops. Comment les All Saints des années 1990 se seraient débrouillées dans l'ère du digital et sous le règne d'Instagram ?
Nic: Je ne sais même pas prendre de selfie ! Tu sais quoi, au final je suis plutôt contente que notre génération n'est pas eue accès à tous ces moyens de communication. Ils nous rendent tous complètement accros. Accros aux autres.
Mel : Oui mais les médias sociaux ont permis de désacraliser la célébrité. Ils ont détruit le fantasme mystique selon lequel une star est différente du reste du monde. Il faut voir le côté positif des choses - du moins c'est ce que j'essaye de faire. C'est ça de vieillir aussi !

Shaznay, tu as travaillé avec le groupe Mutya Keisha Siobhan au moment de leur grand retour sur scène. D'un point de vue extérieur cette fois-ci, comment as-tu perçu le comeback d'un girls band des années après qu'il se soit déchiré ?
Shaz : J'étais très heureuse pour elles ! Avant même que l'on ait signé chez London Records, au moment où Mel et moi commencions à former les All Saints, les gens avec qui nous étions en collaboration avaient trouvé ces jeunes filles, Keysha, Siobhan et Mutya. On a toutes emprunté le même chemin donc travailler avec elles a été un réel plaisir. Leurs voix forment un ensemble tout à fait à part, tout comme nous. J'adore les voir enfin réunies. Je les soutiens à fond.

Elles seraient parfaites pour jouer sur une de vos tournées !
Shaz : Carrément !
Mel : Oui elles seraient pas mal du tout c'est vrai …

Le label London Records renait lui aussi de ses cendres. C'est grâce à votre comeback vous pensez ?
Shaz : Oui, nous avions d'abord pensé à créer notre propre label mais lorsque l'occasion s'est présentée pour London Records, on était très contentes d'y retourner. C'est cool. On leur a dit "on peut racheter le label ?" et ils nous ont répondu "on ne peut pas passer notre temps à vendre nos labels aux gens comme ça !".
Mel : Tu oublies que leur réponse incluait un truc du type "on ne peut pas confier un asile à des fous."

Les gens sont devenus fous sur Twitter après l'annonce de votre comeback le 1er janvier. Vous avez été surprises par les réactions sur la toile ?
Nic : Ça m'a fait peur. Mais ce n'est pas que de la peur tu vois, c'est avant tout de l'excitation. Cette aventure est excitante, marrante, effrayante - tout à la fois. Les choses sont devenues un peu plus "réelles" lorsqu'on a posté cette photo sur Twitter. Mais la publication de cette interview sera l'ultime consécration.

Le titre 'One Strike' sortira le 26 février et l'album, 'Red Flag' suivra le 8 avril. 

Credits


Texte : Peter Robinson
Photographie : Paul Phung
Assistante photographe : Lily Vetch 

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