dans les rues avec la jeunesse mexicaine qui lutte contre la violence et le sexisme

Le weekend dernier, la ville de Mexico était le théâtre d’un rassemblement massif contre les violences sexuelles et la discrimination. Des sujets qui n’ont malheureusement pas été jugés dignes d’être discutés publiquement ou relayés dans les médias...

par i-D Staff
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02 Mai 2016, 12:14pm

Gala, 19 ans
Que fais-tu ? Je suis étudiante en Histoire.
Pourquoi tu es là aujourd'hui ? La situation du pays est catastrophique. On vit dans une ville dangereuse (Mexico) où l'impunité fait loi. On a une culture totalement sexiste et on ne s'en rend même pas compte. J'espère que cette marche fera bouger les lignes.
Tu as déjà été victime de violences sexistes ? Oui, comme toutes les femmes. Dans les transports en communs on m'a déjà touché le cul et plus d'une fois. Et puis la manière qu'ont les hommes de nous regarder… Les insultes sont spécifiquement dirigées vers les femmes et on ne peut pas s'habiller comme on le veut sans se faire alpaguer tous les 100 mètres. 
Que doit faire la société mexicaine pour régler ce problème ? C'est une question difficile. Je pense que l'éducation est un facteur-clé mais il faut aussi que l'on trouve des solutions individuellement, à notre niveau.

Daniela, 33 ans
Que fais-tu ? Je suis styliste.
Pourquoi tu es là aujourd'hui ? Je suis venue à cette marche parce que je suis un être humain et que cette cause m'est importante.
Tu as déjà été victime de violences sexistes ? Je pense en avoir souffert toute ma vie. je ne parle pas seulement d'attouchements mais aussi de rabaissement. On m'a souvent dévalorisée pour le simple fait que je suis une femme. J'ai été victime d'attaques sérieuses dans des endroits que je pensais sûrs, avec des gens en qui j'avais confiance. Et le pire, c'est qu'ils ne réalisent même pas que leurs actes sont agressifs et sexistes. Voilà l'origine du problème : ils ne se rendent même pas compte de leur mauvais comportement.
Tu te considères comme féministe ? Je suis féministe parce que je pense que nous méritons tous les mêmes opportunités. Pour moi, être féministe revient à essayer d'être la meilleure personne possible.
Quels conseils aimerais-tu donner aux générations futures ? Ne soyez pas flemmards, faites tomber ce système de merde et construisez-en un meilleur.

Jovanna Sanchez, 16 ans
Que fais-tu ? Je suis lycéenne.
Pourquoi tu es là aujourd'hui ? J'ai repéré #VivasNosQueremos sur les réseaux sociaux et j'ai décidé de venir. Mon père est journaliste, il a décidé de venir et de me soutenir.
Tu penses qu'un homme peut être féministe ? Je pense oui. Si le machisme peut exister, le féminisme aussi.
Comment mettre efficacement en lumière les violences qui sont faites aux femmes dans ce pays ? Je pense que cette violence et ces agressions sexuelles ont toujours existé. Elles sont visibles, mais les gens font comme si c'était normal et tout le problème est là. Les gens pensent qu'on peut nous violer, nous tuer et nous agresser parce que nous sommes des femmes. J'ai été agressée sexuellement pour la première fois quand j'avais 6 ans. Un homme de 40 ans a passé sa main sous ma jupe.

Carla Escobar, 24 ans
Que fais-tu ? Je suis étudiante en Relations Internationales.
Pourquoi tu es là aujourd'hui ? On s'est rassemblées pour dénoncer et demander l'arrêt des violences faites aux femmes.
Tu fais partie de cette organisation ? Au sein de notre département nous sommes la Commission Etudiante du Genre. Dans le département de science politique il y a eu de nombreux incidents et violences liées au genre. Et je ne parle pas que des femmes filmées dans les toilettes ou d'agressions physiques, mais aussi de violence symbolique au sein même des classes, venant des camarades et même des professeurs. Il y a quelques professeures qui participent à la lutte avec la Commission, mais elles sont généralement très peu nombreuses. Il y a beaucoup de plaintes qui ont été déposées par des étudiantes - avec suffisamment de preuves - et qui aurait dû mener au licenciement de certains profs. Mais c'est toujours très dur de se faire entendre.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu'un qui a été victime de violences sexistes à l'école ? C'est compliqué, parce qu'il n'y a aucun protocole prévu pour répondre à ce genre de violences liées au genre. Aucun mécanisme n'est mis en place pour déposer plainte, par exemple. Certains de ces actes ne sont même pas considérés comme des crimes. Je pense que le système scolaire a un rôle à jouer dans tout ça. Le droit mexicain aussi. Il n'existe aucune loi qui punisse ce genre de crime. La mise en place de tels protocoles et la dénonciation de ces problèmes ; tout ça doit venir de nous.

Zaid Díaz, 25 ans
Que fais-tu ? Je suis coordinateur de mode.
Pourquoi tu es là aujourd'hui ? Parce que le problème des violences faites aux femmes me touche beaucoup. Je pense qu'au Mexique et en Amérique Latine, beaucoup de monde considère encore les femmes comme inférieures aux hommes. Du coup, les hommes sexistes en tirent parti et finissent par se comporter agressivement. Le pire, c'est qu'ils ne se rendent même pas compte qu'ils agissent mal. Ils pensent que c'est normal. On a une longue route devant nous et surtout dans les pays en voie de développement, où beaucoup de femmes véhiculent et participent à une forme de misogynie. Il est primordial d'éduquer les gens à propos du féminisme.
Tu penses que les hommes peuvent être féministes ? Bien sûr. Je suis féministe et je l'ai toujours été. Le féminisme nait des inégalités, mais je pense qu'il dépasse le genre. Le féminisme, c'est du bon sens. Un principe de base définit par le respect et l'égalité pour tous.
Qu'est-ce qu'il y a de mieux dans le fait de vivre en 2016 ? J'ai toujours eu une approche du genre ambiguë. je n'aime pas séparer les deux, mais nous vivons dans une société qui passe son temps à nous classifier. C'est impossible d'ignorer le genre. C'est bien de vivre en 2016, parce que l'on brise petit à petit les barrières du genre et les femmes sont de plus en plus conscientes du rôle qu'elles ont à jouer (rôles qui ne sont pas définis) et du fait qu'elles peuvent accomplir les mêmes choses. Ce qu'il y a de bien dans le fait d'être un homme, c'est que ces leçons nous touchent aussi, et chaque jour, lentement, on trouve de moins en moins d'hommes sexistes et de plus en plus d'hommes solidaires au combat des femmes. On veut tous les mêmes opportunités. 

Denisse, 27 ans
Pourquoi tu es là aujourd'hui ? Parce que j'estime qu'il y a un problème, qui nous paraît normal. J'ai pas mal voyagé en Amérique Latine et ce problème se révèle davantage selon les régions. Nous sommes très fatigués. Par contre je suis agréablement surprise par le nombre de personnes qui ont répondu à cet appel aujourd'hui. Je suis aussi là pour filmer. Je pense que c'est très important d'archiver ce qu'il nous arrive. Donc je suis là pour participer à la marche, mais aussi pour agir et documenter ce que nous pensons, l'évolution des choses.
Que va accomplir cette marche, selon toi ? : Déjà, c'est important de sentir que nous ne sommes pas seules, que des millions de femmes ressentent la même chose, que cela nous est toutes arrivé, et surtout que l'on peut compter les unes sur les autres. Et puis on doit être capable de dire les choses comme elles sont, sans mâcher ses mots, sans être jugées par des gens comme étant folles ou hormonales, ce genre de conneries. Ça aide vraiment à mettre en lumière ce qu'il se passe. 

Dalía, 25 ans
Que fais-tu ? Je suis danseuse et actrice.
Pourquoi tu es là aujourd'hui ? Je suis ici pour marcher en protestation, pour moi et toutes les femmes.
Tu as déjà été victime de violences sexistes ? Oui. Je pense que c'est le cas de toutes, ou presque toutes les femmes.
Que va accomplir cette marche, selon toi ? Cette marche est un moment historique, inéluctable. Il pousse les femmes à s'émanciper et se battre pour que les jeunes générations grandissent sans les préjudices sexistes d'aujourd'hui.
Tu es féministe ? Oui, mais je pense avoir besoin de m'informer encore un peu plus pour me présenter comme telle. Mais je me vois comme une femme qui veut se battre pour les autres et pour elle.

Andrea, 18 ans
Que fais-tu ? Je suis étudiante dans un lycée technique.
Pourquoi tu es là aujourd'hui ? J'ai envie de voir les femmes se lever et protester.
Tu as déjà été victime de violences sexistes ? Oui, à l'école, via les préjugés typiques envers les jeunes filles. Nous ne serions pas aussi capables et intelligentes que les garçons. Et ce genre de propos vient des profs.
Que va accomplir cette marche, selon toi ? Les gens vont réaliser qu'il y a en effet un problème et j'espère qu'ils vont sérieusement s'y pencher. Quand les gens passent, on leur file des flyers ; ça les informe. Peut-être même qu'ils finiront par intégrer ce combat et briser ce système.

Sofía and José, 24 et 18 ans
Pourquoi vous êtes là aujourd'hui ? 
Sofía : Parce qu'on étudie les droits de l'Homme. J'ai constaté que les droits de l'Homme étaient largement outrepassés lorsqu'il s'agit des femmes. Mais quand vous êtes victime de ces crimes, vous êtes doublement punie par la société.
Tu as déjà été victime de violences sexistes ?
Sofía : Ça arrive tout le temps, dès que tu sors. Et même si ça ne m'est pas arrivé à moi, directement, j'ai été témoin de ce genre de violences au boulot.
Vous pensez que les hommes peuvent être féministes ?
José : Je pense, oui. Mais je pense qu'un homme féministe doit agir de côté et laisser les femmes s'exprimer.
Que doit faire la société mexicaine pour régler ce problème ?
Sofía : Éduquer les gens et parler de tout cela ouvertement quand il y a des problèmes.

Carla Prudencio, 26 ans
Que fais-tu ? Je suis avocate, dans la télécommunication.
Pourquoi tu es là ? Pour différentes raisons. Cette marche a pour but de mettre en lumière l'un des problèmes les plus importants de ce pays. Pour comprendre ce problème et l'analyser correctement, il faut d'abord analyser la question du genre. Je suis ici pour montrer ma solidarité et mon indignation.
Tu as déjà été victime de violences sexistes ? Oui. Je pense que c'est quelque chose qui nous unit toutes ici, parce que d'une manière ou d'une autre, nous avons toutes subit des violences dans la rue. Je pense que nous sommes marquées par cela depuis que nous sommes petites, et jusqu'à notre mort.
Que doit faire la société mexicaine pour régler ce problème ? Je ne pense pas qu'il y a une solution magique, mais nous devons déjà percevoir et intégrer la notion du genre à la politique publique, à de nouvelles formes d'éducation, de nouveaux types de divertissement… donc je ne pense pas qu'il y ait une seule manière de régler ce problème. Il y en a plein.

Aline Mendoza, 26 ans
Que fais-tu ? Je suis designer de mode et j'ai une marque de vêtements. Je vis à Mexico depuis cinq ans.
Tu as déjà été victime de violences sexistes ? Oui, ça m'arrive tout le temps. Et même avant d'arriver ici.
Pourquoi tu es là aujourd'hui ? Pour cette même raison. Nous vivons toutes baignées dans ces actes violents, tout le temps. Je me devais d'être là parce que ce problème me touche directement. Il nous touche toutes directement.
En quoi cette marche est importante dans la mise en lumière de ce problème ? Je pense que c'est déjà un défi de rassembler autant de personnes, mais on l'a fait. Cette marche forme un espace au sein duquel on peut s'écouter et où les gens peuvent montrer qu'ils sont attentifs à ce problème.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu'un qui a été victime de violences sexistes ? Il faut parler, haut et fort. Il est arrivé ce genre de choses à la majorité d'entre nous, mais nous n'avons rien dit, même pas entre nous. C'est ça le plus important. C'est dur, mais c'est vraiment agréable d'avoir quelqu'un en face de toi qui comprend ce que tu as vécu. C'est bien plus facile de surmonter un problème quand tu le partages.
Tu es féministe ? Bien évidemment, je suis une femme.

Daniela, 13 ans
Pourquoi tu es là aujourd'hui ? J'accompagne ma sœur. Je veux voir à quoi ressemble une marche, je veux comprendre ce qu'il se passe pour être capable de défendre les droits des femmes.
Tu as déjà été victime de violences sexistes ? Á l'école il y a plein de rumeurs sur moi et mes amies. Nous serions un peu trop "effrontées". Ça me gêne, surtout parce que cette rumeur a été lancée par des garçons.
Que va accomplir cette marche, selon toi ? Elle va unir les femmes. Toutes ensemble pour défendre nos droits. 

Valeria Mendez, 24 ans
Que fais-tu ? Je suis actrice.
Pourquoi tu es là aujourd'hui ? Je me bats pour la paix.
Tu as déjà été victime de violences sexistes ? Oui. De violence visible et invisible, apparente et cachée. J'ai été victime des deux sortes.
Que va accomplir cette marche, selon toi ? C'est le début d'un combat et d'une prise de conscience : ce pays a encore beaucoup de chemin à parcourir.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu'un qui a été victime de violences sexistes ? Le silence n'est pas la solution. Tu n'es pas seule, nous devons crier au monde ce que nous ressentons. Sinon, on ne trouvera jamais le soutien dont nous avons besoin.
Tu es féministe ? Si le féministe c'est tendre vers une égalité des genres, oui.

Andrea, 25 ans
Que fais-tu ? En ce moment je profite de ma grossesse. Je suis à 7 mois. Avant ça je travaillais dans l'éducation environnementale. Je monte un cercle de femmes très impliquées en politique, et ça m'intéressait d'en savoir plus sur les pétitions sur lesquelles elles travaillaient. J'adore cette marche, parce qu'elle met en lumière ce qui ne se voit pas, et j'ai pu constater les idées et les efforts qui sont mis en place.
Que penses-tu des violences sexistes à Mexico ? Elles sont très présentes. Il y a quelques mois, mon obstétricien m'a agressée parce que j'avais attrapé une MST. On m'a traité comme une merde, traitée de salope dans l'hôpital, je ne pensais pas que c'était possible. Maintenant que je suis traitée dans une maison de naissance, je réalise qu'il y a d'autres alternatives. Mexico a deux faces. C'est le chaos, mais en même temps il y a tellement de tout, que nous avons des options. Ce que l'on doit faire, c'est trouver ces alternatives.
Tu es féministe ? En fait, je suis en train de redéfinir cela. J'ai longtemps pratiqué un féminisme à l'ancienne qui n'est plus d'actualité. Je pense que se donner une étiquette est limitant, parce qu'il faut alors répondre de certaines caractéristiques qui ne te correspondent pas forcément. Je pense que toutes les femmes peuvent se considérer comme féministes.

Fernanda, 12 ans
Que fais-tu ? Je suis collégienne.
Pourquoi tu es là aujourd'hui ? Pour soutenir les femmes qui ont été agressées par des hommes, les femmes innocentes qui n'ont rien. Je suis là avec elles, par solidarité et pour confirmer que l'on peut aimer les cadeaux et les bonbons, on aime encore plus le respect et nos droits.
Tu es féministe ? Oui. 

Credits


Photographie María Fernanda Molins

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