Photographie Caro Ramirez

le rappeur punk et hippie duckwrth n'a pas fini de vous faire danser

Le musicien de Los Angeles habitué à casser les genres, nous a parlé de sa vie et ses projets.

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févr. 6 2018, 2:24pm

Photographie Caro Ramirez

Duckwrth – Jared Lee pour ses amis et sa famille – est un musicien de Los Angeles. Le genre surdoué insolent mais irrésistible qui réussit dans toutes ses entreprises. Il n’y a qu’à regarder n’importe lequel de ses clips auto-réalisés pour comprendre qu’il est né pour danser, pour chanter, faire du skate et faire de l’art. Pour faire tout ça en même temps, et sans effort apparent. Sa musique est intelligente, joyeuse et collaborative : elle traverse le hip-hop, la soul, la funk et l’électro. Convaincus que son message est à écouter et curieux d’en savoir un peu plus sur sa musique, sa vie et ses projets futurs, on a discuté un moment avec Duckwrth, avant qu’il n’aille se perdre dans les rêveries artistiques de son studio.

Salut Duckwrth, comment ça va ? Qu’est-ce que tu es en train de faire ?
Là je me prépare une petite soupe citrouille-butternut.

Sympa. Donc tu sais aussi cuisiner.
Je me débrouille, je trouve ça marrant. J’adore cuisiner, quand j’ai le temps.

Tu dois en avoir de moins en moins. L’an dernier tu as sorti un album, I’m Uugly, et une mixtape, XTRA UUGLY. Tu bosses sur quoi en ce moment ?
En ce moment je travaille sur deux clips. Je viens de finir d’en tourner un, pour le morceau « Boy », qui prend place dans un monde un peu déformé, ou personne n’est soi-même. C’est une sorte de confrontation entre rêve et réalité, où la réalité est très sombre et le rêve beaucoup plus doux. C’est plutôt cool. Le deuxième c’est pour le morceau « Tamagotchi », et il y aura une grosse course-poursuite en voiture dedans. J’adore faire des vidéos, passer dans le monde physique de la musique.

Tes clips sont toujours impressionnants. Je me demandais d’où venaient tes références au fait d’être « ugly » dans les titres de tes sorties ?
Eh bien, je bossais sur un autre album et, pour être honnête, ça n’allait pas du tout dans le sens que je voulais, parce que je ne parlais pas de ma propre réalité. Ma réalité était texturée, angoissée, dure, tu vois. Je voulais introduire cette texture dans la musique et être le plus transparent possible. La vie est belle, d’une certaine manière. Mais ce sont les emmerdes qui la rendent belle. Ces moments où tu échoues et tu en tires les leçons. La référence à « ugly », c’est en rapport à ça, au fait que j’embrasse cette démarche et que je m’amuse avec.

Ta musique explore différents styles de manière très naturelle. J’ai lu quelque part que tu voulais « casser les genres en mille morceaux ». Tu essayes de manière très consciente de créer quelque chose de nouveau ?
Je ne suis pas un grand fan des catégories musicales. Je comprends bien sûr pourquoi elles existent et elles sont pratique quand j’ai envie d’écouter du jazz ou autre, mais le problème c’est qu’elles peuvent trop limiter les choses. Prends des musiciens comme Childish Gambino ou N.E.R.D. On peut les étiqueter « hip-hop », mais leur musique va bien au-delà de ça. On passe à côté de beaucoup de choses en cantonnant les artistes à tel ou tel genre, ça ne me plaît pas trop.

Désolé de parler d’un style précis de musique, alors, mais je sais que tua s grandi en écoutant du punk. Et on ressent cet esprit punk dans ce que tu fais, ce que tu portes.
Oh, carrément. Je suis avec toi à 2000% là-dessus ! Je n’ai jamais pu devenir le chanteur d’un groupe de punk, mais je pense que cette énergie se retrouve dans tout ce que je fais. Je me retrouve totalement dans cet esprit de rébellion envers certains systèmes.

Tu utilises ta musique pour faire passer un message ?
Je le faisais avant, oui. J’étais à fond dans la contestation. Plus vraiment aujourd’hui. Maintenant, je sors tout ce que j’ai dans ma tête, dans mon cœur. Je ne le fais pas dans le but de faire du bruit, de créer un tollé, même si c’est dur d’y résister vu le climat politique actuel.

Tu as des concerts de prévus pour plus tard ?
Oui, il se trouve que je suis sur le point de faire un concert sur une énorme scène circulaire, où la foule s’étale tout autour. Ça ne se fait pas souvent parce que c’est compliqué à mettre en place en termes de logistique. Il faut s’assurer que le son est bon, et que tout le monde entende aussi bien tout autour de la scène. Mais c’est un beau challenge.

Tu aimes t’aventurer dans des territoires inexplorés ?
J’aime bien jeter un œil, oui, voir comment ça se passe, voir si c’est possible. Je sais qu’il y aura des erreurs, que tout ne sera pas parfait, mais c’est ce qui me fait vibrer en ce moment. Tu ne sauras jamais si c’est possible tant que tu n’essayes pas. Si je suis trop à l’aise, trop facile, ça m’embête. J’ai besoin de mettre la tête dans les problèmes, de voir ce qui marche, ce qui ne marche pas. Et même si je me foire, au moins ça montre que j’ai essayé de faire quelque chose d’original.

C’est peut-être aussi dans ces moments-là que la magie opère.
Ouais, c’est ça ou je pars en impro.

Tu es aussi un très bon skateur. Tu as déjà pensé à pousser un peu plus loin ?
Oui, j’y ai pensé quand j’étais plus jeune, mais je n’apprenais pas assez vite.

Donc tu n’en fais plus que pour le plaisir.
Pour le plaisir et pour ma santé. J’aime aller très vite.

Tu danses aussi très bien. Dans le clip de « Michuul », tu sembles aller puiser chez Michael Jackson avec ces pas de danse. Tu t’es entraîné ?
Pas vraiment, je fais ça au feeling, je comprends le rythme. Je ne voulais pas l’imiter mais je voulais juste aller puiser dans sa vibe.

Tu travailles sur quoi d’autre d’excitant en ce moment ?
Je suis en train de composer un morceau pour une bande-son de film. C’est super, j’adore parce que tu peux être aussi créatif que tu le souhaites. J’en suis encore au stade d’essai mais c’est déjà très fun.

Pour finir, tu as un super style. Tu es un féru de shopping ? Ou les designers font la queue pour t’habiller ?
Je ne sors jamais spécialement pour faire du shopping, mais si je passe devant une boutique et que je vois quelque chose de vraiment cool, qui sort du lot, qui est une pièce essentielle ou dont je sais qu’elle durera longtemps, je l’achète. Je cherche toujours des fringues de performance. J’ai déjà beaucoup de vêtements, je n’ai pas besoin d’en avoir plus. Mais j’ai besoin de plus de tenues de scène. Donc si je tombe sur un pantalon à paillettes ou ce genre de truc, cool et brillant, je me jette dessus.

@duckwrth

Cet article a été initialement publié sur i-D Australie.