à paris, une nouvelle expo révèle les zones d'ombre d'internet

Au Centre culturel suisse à Paris, l’artiste française Lauren Huret présente les résultats de son expédition à Manille, la capitale mondiale de la censure sur les réseaux sociaux.

par Nikita Dmitriev
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04 Février 2019, 12:29pm

Internet n’est pas un « nuage » invisible et immatériel, mais un ensemble de câbles et serveurs, maintenus et contrôlés pas les humains. Voilà le point de départ de l’artiste Lauren Huret qui soulève la question de la censure digitale à l’heure de l’information de masse dans une nouvelle exposition au Centre culturel suisse à Paris, Praying for my haters. Nous avons tous tendance à croire que le contenu illicite présent sur internet est détecté à l’aide de logiciels automatisés mais en réalité, cette opération de « tri » s’effectue encore aujourd’hui en mode manuel. « Les intelligences artificielles ne sont pas encore assez intelligentes », constate l’artiste.

La plupart des entreprises, auxquelles Google, Instagram, Facebook et Twitter confient cette mission sélective, sont basées à Manille, la capitale des Philippines. Coincées dans les tours bétonnées du quartier d’affaires de la ville, des centaines de milliers de personnes, purgent jour et nuit les réseaux sociaux des images violentes et pornographiques qui s’y déversent, dans des conditions indignes. Selon les experts, sans l'intervention de ces censeurs 2.0, les réseaux sociaux deviendraient des poubelles digitales impraticables en moins de 24h

Les géants du numérique jouissent d’une aura ultra-libérale et séculière, pour autant, les contenus qui meublent le web sont chaque jour passés au crible par une population philippine conservatrice et religieuse qui perçoit la censure sur internet comme une mission universelle : celle de protéger les utilisateurs du péché en écrémant un imaginaire connecté violent et hyper-sexualisé. Pour illustrer ce paradoxe, Lauren Huret a placé des statuettes de la Vierge Marie aux quatre coins de la salle principale d’exposition, aux pieds desquelles on peut voir de petites offrandes votives en forme d’ordinateurs.

Dans l'exposition de Lauren Huret, tout est évoqué. Les gratte-ciels abritant les « fabriques de filtrage » et leur personnel ne sont montrés que de manière indirecte : par une maquette, une vidéo des rues adjacentes aux bureaux de censure ou l’enregistrement sonore d'une conversation avec un spécialiste en cyber-sécurité. Car au fond, c'est l'écran de fumée derrière lequel s'abrite notre monde virtuel dont il est question.

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L’exposition «Praying for my haters» de Lauren Huret est visible au Centre culturel suisse ( 32-38 rue des Francs-Bourgeois, 75003 Paris ) jusqu’au 28 avril.