« it's called ffasiwn » : quand les kids de la campagne galloise s'emparent de la mode

Alors qu'une exposition révèle leur travail à la Fondation Martin Parr, Charlotte James et Clémentine Schneidermann ont raconté à i-D l’histoire de leur série photo entre les vallées galloises.

par Ryan White
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27 Mars 2019, 10:49am

L’exposition de Charlotte James et Clémentine Schneidermann tire son nom d’une rencontre tout à fait fortuite entre deux groupes d’enfants. Dans les vallées galloises, un après-midi, Charlotte déguise des filles du coin en tenues d’Halloween. Toutes de noir vêtues, elles sont vite repérées par un groupe de garçons quittant un centre aéré des alentours, qui leur crient : « Qu’est-ce que vous portez ? On dirait que vous allez à un enterrement ! », se souvient Charlotte, quelques jours avant le vernissage de l’exposition. Une fille, que l’on m’a présentée comme étant « Sassy Keely », leur rétorque en criant « Ça s’appelle la mode… renseigne-toi ! »

Les deux jeunes femmes, qui se rencontrent en 2015 via une connaissance en commun, travaillent alors sur des projets portant sur des communautés du sud du Pays de Galles. Charlotte est directrice artistique, vient de Merthyr Tydfil et divise son temps entre sa ville d’origine et Londres. En travaillant avec beaucoup de marques différentes, elle comble le fossé séparant Londres du Pays de Galles, où l’industrie de la mode se trouve centralisée. Elle assure notamment le stylisme de la collection « The Women of Wales » d'Helmut Lang, aux côtés de la photographe Alexandra Leese. Quant à Clémentine Schneidermann, elle est photographe, vient de Paris et emménage au Pays de Galles pour y faire un master. Son ouvrage I Called Her Lisa Marie compile des photographies de fans d’Elvis réunis lors du plus grand festival consacré à la star, se déroulant tous les ans à la station balnéaire de Porthcawl. En 2015, lorsqu’elles se rencontrent pour la première fois, Clémentine habite une résidence d'artistes dans la petite ville d’Abertillery.

it's called ffasiwn

Leur collaboration commence à travers un shoot, mais devient très vite une série d’ateliers pour les enfants du coin. « Le premier shoot était censé être très mode, je suis donc arrivée avec des robes élégantes et des collections de jeunes diplômés, explique Charlotte. Il y avait environ 18 enfants, et pour eux, c’était une toute nouvelle expérience. Je les ai laissés fouiller et choisir les vêtements qu'ils voulaient porter. Après avoir vu la façon dont les enfants réagissaient face aux costumes, je me suis dit qu’il fallait en faire une expérience collaborative et créer des ateliers pour qu'ils puissent prendre part au stylisme et à la création de costumes. »

La toile de fond – des villages littoraux, des pubs où se réunissent les ouvriers, des centres communautaires, des paysages industriels et des maisons en crépi du sud du Pays de Galles - dépeint une histoire délaissée par l’imaginaire de la mode. Il faut dire qu'historiquement, l’industrie s’est davantage focalisée sur l’Ecosse (pensez aux tartans de Junya Watanabe, Alexander McQueen et Vivienne Westwood) ou sur le nord de l’Angleterre (comme nous l’a montré le livre Ultimate Clothing Company, d’Alasdair McLellan). « Nous avons tourné dans les cités, là où vivent les jeunes gens, mais aussi dans des lieux qui me rendent nostalgiques de ma jeunesse – et qui, je l’espère, provoquent le même sentiment chez des gens ayant grandi dans des endroits similaires », dit Charlotte. « Bien qu’on ne puisse pas faire plus éloigné de là où j’ai grandi que le Pays de Galles, c’est devenu ma maison d’adoption », ajoute Clémentine.

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La série photo résultant de cette collaboration se situe à la croisée des chemins entre le documentaire et la photographie de mode, et célèbre les charmes du Pays de Galles ; les tons délicats et les doux gris de la campagne galloise se juxtaposent aux couleurs vives des tenues assorties. « Pour en faire un processus collaboratif avec les jeunes qui assistent aux ateliers, nous avons décidé de choisir la couleur en fonction de la saison. Rouge pour la Saint-Valentin, jaune pour l’été, etc. Je suis arrivée avec mon point de vue de styliste, j’ai donc dû changer d’état d’esprit et ouvrir totalement mon esprit, explique Charlotte. Il n’y a pas de look définitif, la seule consigne fixe, c'est la palette de couleur et le thème. Dans les ateliers, on peut faire des frous-frous, peindre sur les vêtements, customiser, choisir ce qu’on veut porter, ou travailler sur le design du set. Pour l’école d’été, nous avons également confié aux jeunes un budget, et ils ont ont aussi fait appel à des vêtements de boutiques solidaires. »

À travers cette démarche, il s'agit aussi de changer la façon dont sont habituellement dépeintes les petites villes et les communautés dans la photographie. « Je voulais questionner le misérabilisme permanent qui touche la représentation des communautés défavorisées, en incorporant des éléments qui remettraient en question mon propre point de vue sur ces endroits, explique Clémentine. En regardant la photographie documentaire contemporaine, j’ai parfois l’impression qu’il y a un réel manque d’optimisme, tout semble très sérieux et très formel. C’est probablement la raison pour laquelle notre travail expérimente de diverses façons, avec un humour toujours jovial. Les habitants des Vallées ont été magnifiquement photographiés à l’époque minière. Malgré les apparences, ces petites villes n’ont pas tant changé que ça. J'ai envie de m’éloigner de ces photos emblématiques du Pays de Galles industriel et de représenter les Vallées contemporaines avec une nouvelle originalité. »

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‘It’s Called Ffasiwn’ se tient du 27 Mars au 25 Mai 2019 à la Fondation Martin Parr à Bristol.

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