rassurez-vous, piu piu veille comme personne sur la jeunesse et la techno française

La Dj (et chouchou d'i-D) sort une nouvelle compilation avec Rinse France – une cène électronique 100% française.

par VICE Staff
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17 Février 2016, 11:55am

Piu Piu a l'enthousiasme d'un enfant, le minois d'un oiseau et la bienveillance naturelle d'une grande soeur. Quand elle évoque la scène techno française, cette jeune Dj bouillonne et s'embarque dans un éloge sans fin. Loin d'être passéiste ou nostalgique, elle observe les nouvelles générations prendre la relève avec toute la douceur du monde et se délecte de voir la techno française regarder droit devant. Ce mois-ci, elle sort une compil, Local Time, avec la bande infernale de Rinse France et rassemble les petits et les grands noms de l'électronique français. Un projet qui lui tenait à coeur depuis longtemps et s'inscrit dans un désir d'union - de communion même. En exclusivité, elle nous offre un track signé Shlømo. 5 minutes d'errance electronica, aussi cinématographique que thérapeutique.

Comment t'es venue l'idée de cette compilation ?
En fait c'était il y a un an, pile poil. Je bougeais pas mal à l'époque, j'allais souvent voir mes potes en soirée. Je me suis dit, c'est fou, tout le monde est dans des scènes séparées, très distinctes, chacun de son côté. J'avais envie de voir tout le monde ensemble, tous les gens dont j'aime la musique. J'ai commencé à réfléchir à la manière de le faire. L'idée de compil est venue comme ça et vu que je ne suis pas dans un label, j'ai cette chance d'être plutôt libre. En vrai Rinse, c'est ma famille et ils ont ce rôle de promouvoir les talents français émergents et de les rassembler. Je suis allée les voir, ils ont aimé l'idée, et voilà. Ça a pris du temps mais quand on a fini par écouter tous les morceaux on était à la radio tous ensemble et on s'est dit qu'il y avait une vraie vibe, une vraie continuité. On ne voulait pas créer une uniformité, chacun étant différent. Ce que je ressens, c'est qu'on a tous une pierre à ajouter à l'édifice et chaque personnalité joue un rôle.

Tu dirais que cette compilation représente la scène française dans son ensemble ?
De mon point de vue personnel, oui ! On n'est pas les seuls à faire des trucs cool, évidemment mais je pense que c'est ce qui me plait dans la scène française en ce moment. Je voulais vraiment rassembler des gens de différents horizons, de mixer les gars de Concrete, de Low Jack, Antinote… C'était mon ambition première, trouver un équilibre entre différents mouvements.

La scène électro française vit un second souffle. L'héritage de la French Touch se dissipe au profit d'une nouvelle ère. Tu en penses quoi ?
Je suis trop d'accord ! Quand j'allais à l'étranger, en Angleterre et que je parlais musique avec eux ils me demandaient tous : "But what's happening in France ?!" Eux aussi, sentaient que la French Touch disparaissait un peu. Ils attendaient qu'on leur dise précisément : voilà, là il se passe ça. Sauf que c'est impossible parce qu'à Paris, justement, il se passe des tonnes de trucs et les scènes sont très divergentes. Il y a des trucs dark, du cloud et chaque niche fonctionne, a son propre public. On ne peut pas répondre de manière évidente. Mais aujourd'hui, la techno revit à Paris.

C'est vrai, ces dernières années, Londres et Berlin étaient les lieux-dits de la techno. La France rayonne à son tour, comment tu l'expliques ?
Pour moi, il ne faut pas oublier le poids de la French Touch chez les jeunes. D'abord, ça marchait très bien commercialement parlant. Pendant longtemps, on a eu l'impression qu'il fallait à tout prix faire "un truc qui marche". De l'autre côté, le son en lui-même était très implanté sur le territoire, on a eu du mal à s'en défaire. On a eu le drum and bass, le tropical… tous ces trucs des années 2000 sont venus de l'extérieur. Mais rien n'était tout à fait français. Et puis il ne faut pas oublier l'impact des clubs à Paris : dans les années 2000, on ne nous parlait que du Baron. Mais la musique était complètement secondaire, là-bas ! On allait écouter Gainsbourg en boîte. Tu dis ça aujourd'hui à un gamin de 18 ans il te regarde en criant : "mais ça va pas ou quoi ?!" La France a dû faire des enfants pour se sortir de là. Les jeunes, aujourd'hui, transportent avec eux une idéologie nouvelle de la nuit, de la fête. J'ai vu défiler plusieurs générations de clubbers partir en teuf et aujourd'hui, il y a une vraie beauté dans la naïveté des jeunes générations. Elles sont pleines d'espoir, c'est génial ! C'est le plus beau sentiment de la vie ! C'est la découverte. Les gens qui commencent à sortir aujourd'hui à Paris ont trop de chance, parce qu'ils sont libres.

Et puis ils sont moins nostalgiques. Pendant longtemps, la scène électro française s'est tournée vers le passé.
Carrément. Au début de la Concrete, quand c'est né, le rôle du physio était hyper important. Aujourd'hui, c'est plus le cas du tout ! Les gens ne se ressemblent pas. Après chaque club garde son identité mais ils sont plus ouverts, moins confinés à une certaine élite. C'est devenu ringard d'être sélectif sur le physique ou le style des gens. On avait toujours peur de ne pas rentrer en boîte, d'avoir la haine d'être dehors. J'ai l'impression que ça change et il y a un vrai phénomène de masse. Les festivals comme le Weather, We Love Green, brassent des gens de tous les horizons : c'est hyper cool et nouveau! On était dans un système de niche, aujourd'hui c'est plus démocratique, plus solidaire. Par rapport à la musique, à l'humanité, c'est super.

C'était important pour toi de réunir des talents uniquement français ?
Ouais. Vraiment. Même si on parle pas mal d'une "scène française", on la divise souvent. Cette compilation, c'est comme une capture d'écran de ce qui m'importe en ce moment.

Tu es un peu la nouvelle maman de la techno française en fait.
Aaaaaaah ! Peut-être. J'ai beaucoup de bienveillance pour tous ces mecs. J'ai ce côté un peu maternel, le désir de vouloir rassembler les gens, de les unifier. La notion d'être ensemble est peut-être féminine, mais bon, elle me plait.

Si tu devais choisir entre un de tes enfants ( bon, ok c'est pas cool mais…) tu choisirais qui ?
C'est si compliqué ! Mais je peux t'en donner quelques-uns. J'aime beaucoup le morceau de François X et Bambounou. J'avais très envie de les entendre ensemble. J'adore François X, c'est un Dj incroyable. Si cette année, il fallait absolument voir quelqu'un en Dj set, c'est lui. Il vient de sortir un morceau avec Antigone, sur Demented. Et le track avec Bambi est trop cool. Après, Low Jack est très différent des autres morceaux, très lent. C'est comme un film, une musique cinématographique. Je peux en choisir un dernier ? Mon frère et Coni. C'est la famille, c'était important pour moi de le faire participer au projet.

Vous avez prévu de sillonner la France avec cette compil ?
On a fait Toulouse, Lyon, c'était vraiment dingue come ambiance. La veille de la sortie de la compil, on sera au Gibus. Il y aura des artistes de la compil, ça va être vraiment cool : donc venez le 25 février ! Ensuite on ira sûrement à Bordeaux, à Rennes. On veut vraiment aller dans plein de villes. On parle toujours de Paris mais la plupart des artistes viennent de partout en France. C'est français avant d'être parisien. Et sinon, on fait une semaine de Take Over sur Rins. J'invite trois gars chaque soir et on va discuter ensemble, partager ses coups de coeur et tout.

Et dans les jeunes talents présents sur la compil, qui tu nous conseillerais ?
O. Xander, qui vient de Toulouse. Après Nathan Melja, qui a sorti son troisième EP en deux ans ! Il a joué à Peacock ce week-end. Simo Cell aussi, qui fait partie de ceux qui annoncent la relève de la techno. Il a sorti une série d'EP cette année vraiment cool. François X, c'est un peu le papa de la compil. Il a son label et tout. De l'autre côté, il y a des jeunes, tout nouveaux.

Retrouvez Piu Piu sur Rinse France pour un take over Local Time du 22 au 26 février de 18h à 20h. Elle sera en compagnie de Shlømo le mercredi 24.

Credits


Photographie : Xenia Settel

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