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les 10 expos à voir en 2016 (et un bonus)

Que nous réserve l'art contemporain en France en 2016 ? 10 + 1 bonus pour ne rien rater des expos qu'il faudra avoir vues en 2017.

par Ingrid Luquet-Gad
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07 Janvier 2016, 4:20pm

"Cosa Mentale" au Centre Pompidou Metz


Susan Hiller, Homage to Marcel Duchamp: Aura (Blue Boy), 2011, © Adagp Paris 2015. Courtesy l'artiste et Lisson Gallery, Londres.

L'art est "cosa mentale", une chose de l'esprit. C'est Leonardo da Vinci qui le disait, mais après avoir vu l'exposition du même nom au Centre Pompidou, on précisera que l'art, s'il est chose de l'esprit, est aussi chose de l'esprit sous influence. Or si l'influence des psychotropes en art est un thème qui a déjà donné lieu à de nombreuses variations, celle de l'occulte ou du surnaturel constitue une piste de réflexion nettement plus novatrice. Voilà l'axe choisi par le commissaire d'expo Pascal Rousseau pour aborder la naissance de l'abstraction, et le fil conducteur d'une expo-fleuve qui explore l'influence de la communication non verbale, de la télépathie ou d'autres expériences paranormales sur les principaux courants artistiques du XXe siècle : l'abstraction donc, mais aussi le surréalisme ou encore l'art psychédéliques des années 70. Envoûtant.

Du 28 octobre au 28 mars au Centre Pompidou à Metz.

"Pixel Collage" de Thomas Hirschhorn à la galerie Chantal Crousel


Thomas Hirschhorn « Pixel-Collage » (2015) © Thomas Hirschhorn. Courtesy de l¹artiste et Galerie Chantal Crousel, Paris 

Impassible dans son costume Hugo Boss toujours impeccable, le suisse Thomas Hirschhorn installait en 2014 son joyeux bordel au Palais de Tokyo. Si l'expo "Flamme éternelle", ses barricades de pneus, sa flamme vive et son bar plus ou moins clandestin a certainement valu une bonne quantité de cauchemars aux agents de sécurité, elle ravissait le reste des visiteurs, qui découvraient là un espace de vie où s'exprimer librement - et retomber en enfance avec les blocs de polystyrène à sculpter. Sa nouvelle expo à la galerie Chantal Crousel prendra pour point de départ les images pixellisées d'internet pour faire un sort aux "sans visage" et à la perte d'identité, conséquence de la circulation débridée des images sur la toile.

Du 9 janvier au 26 février à la galerie Chantal Crousel à Paris.

Steve McQueen à la galerie Marian Goodman


Image extraite de Steve McQueen, Ashes, 2014-15. Courtesy de l'artiste et de Marian Goodman Gallery 

Il est l'incarnation du flirt torride entre art contemporain et 7e art. L'an passé, le long métrage "Twelve years a slave" du britannique Steve McQueen remportait l'Oscar du meilleur film, tandis que toute une jeune génération de réalisateurs issus des Beaux-Arts, les Virgil Vernier, Justine Triet ou encore Clément Cogitore, renouvelaient simultanément de leur côté les codes de l'image en mouvement. Dès janvier, le quarantenaire sera de retour entre les quatre murs du white cube. Et plus précisément à la galerie Marian Goodman, où il montrera une nouvelle installation vidéo tournée à la Super 8. Prenant la forme d'un diptyque, la mise en opposition brutale d'un portrait et d'un paysage funéraire nous rappellera que l'une des forces principales de l'art est de nous projeter dans des hétérotopies où cohabitent les lieux et les temporalités.

Du 9 janvier au 2 février à la galerie Marian Goodman à Paris.

"Brise fraîche au-dessus des montagnes" d'Arnaud Dezoteux à la galerie Edouard Manet


Arnaud Dezoteux, « Brise fraîche au-dessus des montagnes » (2015). Courtesy de l'artiste

On continue dans la tendance "fratrie d'artistes", sauf qu'ici, Arnaud Dezoteux, né en 1987, que l'on connaissait surtout pour les vidéo réalisées avec son frère Bertrand, exposera cette fois son travail personnel. Croisant animation 3D et blockbuster hollywoodien, son esthétique 2.0 friande du fond vert d'incrustation a largement dépassé le champ de l'art contemporain, puisqu'il a notamment réalisé des clips pour le groupe Cheveu ou encore pour Perez, dont le morceau Apocalypse est devenu prétexte à une vidéo délirante autour d'un pétage de plomb dans le monde grisouille de l'entreprise. À la galerie Edouard Manet à Gennevillers, on découvrira une palette plus vaste de ses vidéos, qui mêlent archétypes narratifs et langage visuel hypermoderne de type téléréalité.

Du 14 janvier au 13 mars à l'Ecole municipale des Beaux-Arts/galerie Edouard Manet à Gennevilliers.

"XYZ. Robert Mapplethorpe curated by Peter Marino" à la galerie Thaddaeus Ropac


Robert Mapplethorpe, Jason, 1983 50.8 x 40.6 cm (20 x 16 in), Silver gelatin print MAP 1300. Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, Paris / Salzburg © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission. 

Robert Mapplethorpe en trois mots ? Les nus virils, l'imagerie SM et les compositions florales millimétrées. Toutes les obsessions du sulfureux photographe américain, on a l'impression de déjà les connaître. Pour tenter de sortir des sentiers battus, Isabelle Hupert s'était improvisée curatrice l'an passé, présentant sur le stand de la galerie Thaddaeus Ropac à la FIAC une expo qui explorait les facettes plus inattendues (plus soft, donc) - dont on sortait avec un sentiment d'incomplétude. Puisqu'il semble donc impossible de se lasser des thèmes récurrents mais toujours aussi puissants de celui qui fut un temps l'amant de Patti Smith, ce seront justement les plus emblématiques qui se verront mis à l'honneur via la direction (d'une main gantée de cuir) de l'architecte Peter Marino, ancien compagnon de virées nocturne de Mapplethorpe. À la galerie Thaddaeus Ropac, le premier sera ainsi commissaire de l'expo du second. "XYZ", c'est son titre, explorera donc les trois facettes mentionnées en ouverture. L'occasion de réviser ses classiques.

Du 26 janvier au 5 mars à la galerie Thaddaeus Ropac à Paris.

"Nil Yalter, un art sous influence ethnographique" au FRAC Lorraine


Nil Yalter « Topak EV » (1973). Courtesy santralistanbul Collection et Nil Yalter 

Née en 1938 au Caire de parents turcs, Nil Yalter s'installe en France dès le milieu des années 1960. Si son art restera profondément marqué du contexte d'alors, celui des luttes sociales et identitaires, c'est avant tout en tant que figure de proue du mouvement féministe qu'elle se distinguera, tout en y mêlant des considérations anthropologiques et ethnographiques sur l'exil et le nomadisme. Dès les années 1970, elle est l'une des premières artistes à utiliser la vidéo, qu'elle associera à des photos, textes et dessins. Exposée au Centre Pompidou à Paris ou au MoMA à New York, Nil Yalter reste pourtant relativement peu connue en France. Ainsi l'expo au 49 Nord 6 Est est-elle la première rétrospective dans l'Hexagone d'une artiste pionnière dont le combat reste plus que jamais d'actualité.

Du 5 février au 5 juin au FRAC Lorraine à Metz.

Florian et Michaël Quistrebert au Palais de Tokyo


Florian & Michael Quistrebert, Overlight S2E6, 2015, peinture de carrosserie, modeling paste sur toile de jute marouflée sur bois, LED, piles, 140 x 100 cm. (C) Aurélien Mole. Courtesy Galerie Crèvecoeur 

Faisons les présentations. Ils sont deux, ils sont frères, ils peignent, et un livre récent sur leur pratique portait le titre opportun de Brothers of the shadow. Il s'agit des frères Quistrebert, qui puisent leurs motifs aussi bien dans l'histoire de l'art abstrait que dans la symbolique occulte, et construisent leurs oeuvres sur des jeux d'ombre et de lumière, de lignes et de trames géométriques, qu'il nimbent d'une noirceur baroque et hallucinée. En gros, c'est un peu comme si Sol LeWitt, le maître du minimalisme US, avait un peu trop traîné dans la scène gothique. Figures majeures de la scène artistique depuis une bonne dizaine d'années, certains commençaient à dire l'invitation du Palais de Tokyo commençait à se faire attendre - c'est maintenant chose faite, et on a hâte.

Du 19 février au 16 mai 2016 au Palais de Tokyo à Paris.

"Work / Travail / Arbeid" d'Anne Teresa de Keersmaker au Centre Pompidou

Peut-on être adulée à la fois par une icône de la pop et courtisée par une grande institution muséale ? Dans le cas d'Anne Teresa de Keersmaker, chorégraphe symbole du renouveau de la danse contemporaine, la réponse est oui. En 2011, Beyonce reprenait l'une de ses chorégraphies dans son clip « Countdown ». Un geste d'hommage plus ou moins volontaire qui n'avait pas manqué de soulever quelques accusations de plagiat, mais qui démontrait aussi à quel point son ?"uvre fait à présent partie de l'imaginaire collectif. C'est au tour du Centre Pompidou de mettre la chorégraphe belge à l'honneur, durant une expo de 9 jours qui réimagine à l'échelle de l'espace muséal l'une de ses pièces, « Vortex Temporum ».

Du 26 février au 6 mars au Centre Pompidou à Paris.

« Becoming Soil » d'Ugo Rondinone au Carré d'Art


Ugo Rondinone, « fünfundzwanzigsterjunizweitausendundfünfzehn » (2015). © Ugo Rondinone

Depuis ses premières oeuvres dans les années 1990, Ugo Rondinone s'est imposé comme l'une des figures majeures de la scène contemporaine. Mêlant fiction et réalité, procédant par séries, son travail explore la mise en récit du réel, à travers la réactivation de tonalités mythiques ou magiques. Au Carré d'Art à Nîmes, il transformera le centre d'art en vaste paysage habité d'âmes spectrales : des petits bronzes fondus d'animaux primitifs, des peintures étoilées, ou encore de grands panoramas à l'encre de chine palpitants de vie contenue. En attendant, les parisiens peuvent d'ores et déjà se faire une idée de sa maîtrise de la scénographie en se rendant (avant sa fermeture le 10 janvier) à son expo au Palais de Tokyo, « Ugo Rondinone : I <3 John Giorno », la mise en espace haute en couleurs de son histoire d'amour au long cours avec l'artiste et poète John Giorno.

Du 15 avril au 18 septembre au Carré d'Art à Nîmes.

"Michel Houellebecq" au Palais de Tokyo 


Capture d'écran de "L'enlèvement de Michel Houellebecq" réalisé par Guillaume Nicloux.

Baptisée "Rester vivant", du titre de l'un des premiers essais de Michel Houellebecq publié en 1991, le cycle des expos d'été du Palais de Tokyo à Paris mettra l'écrivain à l'honneur en lui confiant un espace de quelques 1500m2. Ce ne sera pas, nous promet-on, une expo sur, autour ou à propos de l'enfant terrible de la littérature française, mais bel et bien l'occasion de nouer connaissance avec un versant méconnu de son oeuvre : ses photographies. Adoré ou honni, Michel H. n'en reste pas moins l'une des voix les plus singulières de son époque - et ce, même lorsqu'il n'écrit pas.

Du 23 juin au 12 septembre au Palais de Tokyo à Paris.

Bonus : une rave bouddhiste

C'est comme pour le tour de France : le panorama des expos 2016 ne serait pas complet sans une étape chez nos voisins frontaliers. À Gand en Belgique, le S.M.A.K. a judicieusement choisi d'inviter Korakrit Arunanondchai, 29 ans, le fantasque artiste thaïlandais basé à New York que l'on découvrait au Palais de Tokyo l'été dernier. Entre rave New Age et spiritualité bouddhiste, celui qui a commencé en organisant des fêtes dans des entrepôts avec ses comparses étudiants en art s'est peu à peu imposé comme l'un des artistes les plus prometteurs de sa génération. L'installation à Gand fait partie d'un cycle d'expos, conçu en collaboration avec le chanteur et performeur Boychild.

« Don Korakrit Arunanondchai. Letters to Chantri #1. The Lady at the Door / The Gift that keepts on giving (feat. Boychild), du 28 février au 8 mai au S.M.A.K. À Gand en Belgique.

Credits


Texte : Ingrid Luquet Gad