Blouson en suède, Loewe. Body en maille et cachemire, Courrèges.

le futur du cinéma français commence avec diane rouxel

Nommée aux Césars du meilleur espoir féminin pour La Tête haute, la skateuse géniale de The Smell of Us assure la relève du cinéma français. Une très belle relève. Rencontre.

par Violaine Schütz
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15 Février 2016, 9:20am

Blouson en suède, Loewe. Body en maille et cachemire, Courrèges.

Dans la mythologie romaine, Diane est la déesse de la chasse. On la croise souvent aux abords des forêts, des clairières et des sources en train de traquer l'animal. Dans tous les lieux de marge entre la sauvagerie et la civilisation, c'est elle qui s'occupe du passage d'un monde à l'autre. Un prénom à la hauteur de l'un des plus beaux nouveaux visages - à la fois pur, brut et sauvage - du cinéma français. Devant son thé chaud, elle ressemble au premier abord à une étudiante germanopratine sage et mélancolique avec ses grands yeux clairs - un vrai regard de cinéma - et ses cheveux doux. Mais de près, c'est une créature ambiguë entre le petit garçon téméraire, une Kate Moss jeune et une amazone punk qui n'a peur de rien, qui se dessine. D'ailleurs, les détails ne trompent pas. L'aventurière parisienne qui court les castings en ce moment ne porte pas de petite robe lors de notre rencontre mais, en fille de son temps, elle arbore un grand pull, un manteau gris oversized et des Timberland noires de guerrière urbaine. Le prénom de Diane vient aussi d'un mot latin traduisible par « la Divine », ou « l'incarnation féminine de la lumière du jour ». Un vrai prénom de cinéma.

Tu choisis souvent des rôles assez risqués, empreints d'érotisme, de sordide, de sang ou encore de religieux. Une skateuse désinhibée dans le Smell Of Us de Larry Clark, une beatboxeuse improvisant en anglais dans le mumblecore new-yorkais « The Mouth » tourné en 10 jours de Thomas Aufort, une jeune aveugle qui apparaît nue à l'écran dans Fou d'amour de Philippe Ramos avec Melvil Poupaud ou encore une punkette violentée dans La tête haute d'Emanuelle Bercot... Tu aimes le scandale et la controverse ?
J'aime surtout jouer différents types de rôles, notamment très éloignés de moi. J'aime m'abandonner complémentent à un personnage, essayer des choses nouvelles, et surtout m'amuser. Quand j'ai joué dans le Larry Clark, je n'avais jamais fait de films avant, ni pris de cours de théâtre. J'étais étudiante en arts plastiques, passionnée de photo, de peinture et de design. Je voulais créer des objets, des lampes par exemple, faire quelque chose avec mes mains. Je jouais aussi un peu de guitare. Depuis, chaque expérience filmique représente un challenge inattendu.

Tu n'as donc jamais rêvé d'être actrice ?
J'ai grandi en Haute-Savoie avec des parents architectes qui m'amenaient à des expos et m'ont sensibilisé au Bauhaus, à Kandinsky, Miro. Le cinéma me semblait très loin de mon quotidien. Même si petite, on s'amusait à faire des sketchs avec mes frères. Il n'y avait pas vraiment de salles de cinéma dans mon coin. À 17 ans, on a déménagé à Paris où j'ai effectué mon année de terminale et ma mère est devenue professeur des écoles. Rien à voir avec le grand écran !

Quels sont, alors, tes premiers souvenirs de cinéma ?
Les films avec Belmondo regardés avec mon père à la télévision. Je me cachais et me taisais sur le canapé pour qu'il oublie ma présence parce que je n'avais pas le droit de veiller pour regarder la télé. Je trouvais ça horrible de devoir partir en plein milieu, souvent au moment de la pub - pile quand on sentait qu'il allait se passer quelque chose de fatidique. Plus tard, j'ai été fascinée par la force d'Uma Thurman dans Kill Bill. Mes frères adoraient ce film, et je rêvais d'être comme elle. Une femme forte, une combattante. Je suis assez fan de cinéma américain, de Quentin Tarantino, Wes Anderson et plus proche de nous, de Xavier Dolan. Abdellatif Kechiche aussi, pour ses prises de risque.

T-shirt à manches longues et capuche en coton, Vetements.

Le tournage de The Smell Of Us de Larry Clark, ton premier film, semble avoir été moins éprouvant pour toi que pour les autres acteurs. Comment l'expliques-tu ?
J'étais amie avec le scénariste de The Smell of Us, Mathieu Scribe, rencontré dans une soirée. Ça m'a peut-être protégé. Après j'étais moins proche de Larry que les autres. On s'entendait bien mais il existait une distance entre nous. C'est ce qui m'a sauvé. Mon environnement familial stable aussi a joué et mon agent, géniale, qui prenait sans cesse de mes nouvelles ainsi que mes copines, très présentes. J'étais très entourée, avec de bonnes accroches. C'est ce qui m'a également empêché de devenir une délinquante. Après il y a eu beaucoup d'improvisations, comme une scène de sexe non écrite dans le scénario dès mon premier jour de tournage. Il écrivait quasiment au jour le jour le film et je ne savais pas ce que j'allais tourner le lendemain. Ça ne m'a pas vraiment plu. Quand je devais tourner nue, je n'osais pas toujours dire à Larry ce que j'en pensais, la communication n'était pas facile. Quand on débute, on n'ose pas s'imposer face à quelqu'un comme lui. Mais cette expérience m'a blindée direct et endurcie, surtout quand il s'est mis à virer tout le monde, et que je me suis retrouvée quasi seule avec lui les dernières semaines de tournage. Je lui en voulais d'avoir licencié mes potes. Depuis, je n'ai presque plus peur de rien, j'ai l'impression que je peux tout faire et dire. Après, je me suis tellement bien entendue avec Ramos et Bercot, et on avait si longtemps discuté que je me sentais en confiance. Ça ne m'a alors pas posé problème de tourner à poil. J'aurais même pu faire plus encore. Par contre je n'aurais jamais de vrai rapport sexuel dans un film, façon Lars Von Trier. Larry nous le proposait tout le temps et j'ai toujours dit non.

Est-ce que tu as déjà reçu des propositions perverses venant du milieu du cinéma ?
C'est la même chose en entreprise. Il y a toujours des gens pas clair. Il faut savoir dire stop. Le meilleur conseil qu'on m'ait jamais donné ? Me faire confiance. Suivre mon instinct. Et j'ai des principes assez féministes.

Veste en cuir, top en cuir et soie brodés, pantalon en crête de soie imprimé, Louis Vuitton.

Dans tous tes films, tu joues les amoureuses. Dans la vie, comment ça se passe, ta génération étant marquée par une certaine « tinderisation » et l'omniprésence des réseaux sociaux ?
On entend souvent que c'est dur, c'est vrai. Encore plus pour une actrice ou un acteur, toujours soumis aux tentations. Mais pour l'instant je suis avec mon copain depuis trois ans (un ami tatoueur de son copain acteur, notre petit protégé Lukas Ionesco, ndr). Je ne pense pas au fait que notre génération soit désenchantée, aux désillusions qu'elle est censée se coltiner. Les histoires d'amour n'ont jamais été simples, même avant le web, j'imagine. Après c'est nous qui décidons comment nous voulons voir les choses. Je suis une grande romantique personnellement, alors j'ai envie d'y croire.

Quel est ton rapport à la mode ?
Je commence un peu à aller aux défilés. Et j'aime beaucoup Agnès B, car elle parrainne beaucoup d'artistes. J'apprécie aussi le travail de J.W. Anderson, pour lequel j'avais fait un shooting et qui m'avait donné de belles pièces. Pour ma première montée des marches, à Cannes, en 2015, pour le Bercot, je portais une robe Valentino.

Tu travailles sur quoi en ce moment ?
Je suis actuellement en tournage pour Moka de Frédéric Mermoud (Complices, Les Revenants), et je fais beaucoup d'aller-retours entre Paris et la Province. Il s'agit d'un drame-thriller dans lequel une femme recherche les conducteurs de la voiture qui ont écrasé son fils avant de prendre la fuite. Emmanuelle Devos est dedans et Nathalie Baye joue ma maman. J'étais très impressionnée par elle, mais elle s'est révélée très marrante au final. C'est comme lorsque j'ai rencontré Catherine Deneuve sur le tournage de la Tête Haute. Belle de Jour demeure reste l'un de mes films préférés. Le revoir m'a vraiment confirmé que je voulais être actrice, en fait. Le premier jour où je l'ai vu, j'étais tétanisée par son charisme. Je suis restée assise à côté d'elle pendant longtemps, sans oser lui adresser la parole, ayant peur de dire des conneries. En fait, j'ai découvert plus tard qu'elle était pas du tout froide, mais très accessible et infiniment drôle : elle s'y connaît vraiment en blagues.

Quels sont tes projets ?
J'ai un projet encore secret avec Scribe, le scénariste de The Smell Of Us. Sinon je vais jouer le rôle d'un garçon dans le film Les garçons sauvages, le premier long de Bertrand Mandico, que je pars tourner à la Réunion. Nous sommes cinq filles qui incarneront toutes des garçons ; C'est bien mieux qu'interpréter les « ados chieuses ». J'ai travaillé sur la manière de me tenir, mais ce n'était pas trop difficile, car j'ai vraiment un côté « petit mec ». Ma période garçon manqué a duré très longtemps...Peut-être encore aujourd'hui. Au collège, je portais des baggys et des Buffalo. Jamais de robes. J'ai aussi eu le crâne rasé et pris des cours de boxe pour La Tête Haute. Et je fais toujours du skate, dès que je peux. Comme dans le film de Larry...

Chemise en crêpe de chine imprimée, Gucci. Jeans en denim, Courrèges.

Credits


Texte : Violaine Schütz
Photographie : Alice Rosati
Stylisme : Simon Pylyser