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elles ont choisi de faire de la batterie dans une industrie misogyne

Et Mindy Abovitz a créé un magazine pour défendre les femmes batteuses.

i-D Staff

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Mindy Abovitz est à l'initiative de Tom Tom, un magazine trimestriel pour et sur les femmes batteuses né en 2009. Elle apprend à de jeunes filles en école de musique à jouer de la batterie, un enseignement qui lui tient particulièrement à coeur : ''Je suis passionnée par l'apprentissage de la musique. Voir quelqu'un s'assoir derrière l'instrument et jouer pour la première fois a quelque chose de magique. Après quelques années, c'est une autre personne, complètement différente qui joue. En jouant, tu te crées une vraie indépendance. Tu es derrière les autres membres du groupe mais tu es celle qui les supporte. En studio, la batterie est la première à battre la mesure et à donner le rythme. C'est intense et merveilleux. Jouer de la batterie t'apprend à devenir forte.''

Tom Tom

donne la voix à l'adolescence et célèbre l'esprit de communauté entre les batteuses et musiciennes. ''En 2009, j'ai essayé de comprendre pourquoi les femmes dans la musique, étaient traitées de la même façon que quand j'avais 14 ans et que j'écoutais Bikini Kill'' explique Mindy. Je veux faire bouger les choses et l'industrie. '' Mindy souhaite que les femmes batteuses soient plus et mieux représentées et surtout qu'elles aient la même visibilité que les hommes dans la même catégorie.

Abovitz décrit le fait de jouer de la batterie comme ''un désir intime et un besoin viscéral.'' Originaire de Gainesville en Floride, elle a passé son adolescence à apprendre la batterie, seule, chez ses copains. Sa meilleure amie lui offre une batterie pour ses 21 ans et une autre, batteuse dans un groupe de punk Against Me !, lui a servi de mentor. Mindy a attendu longtemps - trop longtemps, insiste-t-elle, pour se considérer comme une batteuse, une vraie. Aujourd'hui, elle veut encourager les femmes à se révéler et s'imposer dans le milieu de la musique.

Mindy fait tourner son magazine grâce à une équipe de sept personnes, notamment la designeuse Marisa Kurk et quelques geeks volontaires et bénévoles qui soutiennent son projet. Tom Tom est aujourd'hui bien plus que le simple magazine ''niche'' qu'il était il y a sept ans. Si sa vision est éminemment féministe, le magazine se double d'un versant sociopolitique très engagé. ''Je veux représenter les femmes de toutes les origines et de tout âge, de tout bord'' assure-t-elle. ''Les filles et femmes qui s'apprêtent à jouer ont besoin qu'on les respecte. J'espère que mon magazine le montre.''

''Ce que je sais, c 'est que l'industrie de la musique porte un intérêt croissant aux batteuses. Et je veux qu'elle sache qu'on existe et que nous sommes là pour ces femmes. Je crois que le féminisme a beaucoup à amener à l'industrie. Aujourd'hui je m'intéresse au sort des batteuses, demain je ferai la même chose pour la basse, la guitare et tout. Les femmes et les filles doivent être plus représentées - nous ne somme spas moins douées, donc il n'y a aucune raison à nous mettre dans un coin.''

Dans le dernier numéro de Tom Tom sur le thème du "Temps", on trouve tout pour que les batteuses restent dans le tempo de cette industrie. La plupart des articles s'attèlent à des sujets on ne peut plus obscures et/ou féministes. Tant et si bien que l'on comprend vite qu'aucun magazine musical généraliste ne ferait le poids - d'une interview de la MC New-yorkaise Miss Eaves ou du joueur indien de Pakhawaj, Chitrangana Agle Reshwal.Il y a aussi un essai à la première personne sur l'art de la pratique par Keelo McCarthy, une batteuse qui a vraiment commencé à jouer à 39 ans. Dans les précédents numéros, comme dans le "Rebel Issue", on trouve notamment un reportage sur une des membres de la communauté de Son Jarocho, dévouée aussi bien à la musique qu'à l'action militante mais aussi un article signé Chloe Saavedra, la batteuse de Chaos Chaos pour lequel elle a recueilli toute sortes d'anecdotes sur la difficulté des joueuses à s'accommoder de leurs soutien-gorges.

L'aura du magazine, sa vision ainsi que sa visibilité s'étendent grâce à l'engagement inconditionnel d'Abovitz et son enthousiasme à organiser des événements en tout genre allant de performances à des conférences universitaires en passant par des présentations presse à des mini-festivals. Pour son prochain numéro, le magazine Tom Tom posera ses valises au Brooklyn Museum lors d'une carte blanche nommée 'the Oral History of the Female Drummer'. Un groupe de batteuses prendront leurs quartiers dans les différentes galeries du musée et échangeront leurs beats en duel une beatboxeuse.