stéphane ashpool bientôt maire de pigalle?

Entrevue avec le lauréat de l'ANDAM qui nous livre en exclusivité une vidéo sur ses kids en compétition de basket aux Philippines.

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oct. 21 2015, 5:00pm

Stéphane Ashpool a toujours su que ses rêves d'enfance finiraient par se réaliser. Depuis sept ans déjà, le créateur de Pigalle mise sur l'énergie des rues de son quartier pour alimenter une scène culturelle dédiée au sport, à la musique et à la mode - et il n'est pas sur le point de s'arrêter, tout au contraire. Ashpool a même mis la barre très haut, peu après l'ouverture de sa 3ème boutique à Tokyo, en se mettant au défi d'ouvrir une nouvelle école dans son quartier et de poser sa candidature pour devenir maire. Rencontre.

Tu as récemment gagné l'ANDAM après 7 ans de création à la tête de Pigalle...

Sept ans, ça passe vite. On a démarré avec notre petite boutique rue Henry Monnier, à Pigalle. On se concentrait sur nos t-shirts et nos chapeaux. Puis, ont a produit les premiers défilés dans le quartier, et depuis on a enchainé...le deuxième...le troisième. Chaque fois j'utilisais une autre matière : du coton, puis du coton et de la laine, puis du coton, de la laine et de la soie, et ainsi de suite. J'ai appris à non seulement manier les matières, mais à définir un style. Je voulais un mélange de sport - j'étais entraîneur de basketball à la base - et de Parisian chic. Et puis, il fallait également trouver les bons artisans. On produit 70% des collections Pigalle en France, mais on travaille également avec des artisans en Italie, au Portugal et ailleurs, j'ai donc beaucoup voyagé ces dernières années pour mettre tout cela en place. Cela m'a permis de constituer une bonne équipe et de comprendre les étapes de fabrication d'une collection.

Tu es autodidacte, sans expérience préalable dans la mode. Est-ce que ça a été un défi d'imposer ta vision des choses et surtout de la matérialiser ?

Au début, j'essayais d'expliquer mes idées et de les formaliser sur papier. Puis, avec le temps, j'ai commencé à dessiner. Mais la grande partie de mon travail s'exprimait à travers le dialogue. Avec mon équipe, on parlait constamment d'intentions, de bases. Je leur montrais des images et puis on les déformait, on les concrétisait. Ça s'est passé de cette manière là jusqu'à la dernière collection (ndlr: collection homme printemps-été 2016), où j'ai commencé à travailler d'une manière plus structurée, avec un studio qui s'occupe du modélisme, des dessins techniques et des tableaux d'inspirations - une vraie équipe avec un chef d'atelier. En ce qui concerne l'évolution de Pigalle, le nouveau côté unisexe de mes pièces est une réelle revendication - je souhaite progresser et exploiter mes idées au maximum et j'ai enfin les outils et les ressources pour réaliser tout cela.

Les présentations et défilés Pigalle ont toujours été un 'match à domicile' - hormis la présentation à l'Opéra - qu'est-ce qui te fascine dans ce quartier ?

Je suis juste un gars qui adore son quartier. Je suis né à Pigalle, j'habite là-bas et j'ai plein de gens autour de moi qui ressentent la même chose, comme ma crew et mes amis de Pain O Chokolat. Ensemble, on a développé une énergie liée à ce quartier. Cette énergie s'est transformée en boutique, puis en marque. Pigalle pour moi, c'est un village créatif et vachement divers. D'ailleurs, on voit bien l'élan et le renouveau qu'il y a eu à Pigalle ces cinq dernières années. Inconsciemment, j'ai été le leader de ce renouveau. Ce renouveau était nécessaire, car le quartier était devenu un peu sordide. Maintenant, quand je passe d'une rue à l'autre, je suis ravi! Il y plein de gens d'origines diverses avec des styles complètements différents. Viens traîner avec nous rue Duperré, et tu verras. Cette diversité me représente bien et elle représente bien Pigalle.

Pigalle n'attire pas que les fans du quartier, mais les marques également. Parle nous de ta collaboration avec Nike.

Tout a commencé en 2007 avec une opportunité unique. La Mairie de Paris voulait construire un parking sur un espace libre, rue Duperré, et ensemble avec le quartier, on s'est battu pour que cela devienne un terrain de basket - ça a fini par se faire, et Nike nous a permis de développer le projet au fur et à mesure. Et nous voilà avec le terrain de basket urbain le plus sophistiqué au monde élaboré en collaboration avec Ill Studio! On a un sol qui ne fait de bruit, qui ne fait pas mal, un panier dernier cri en aluminium, du Plexiglas, etc. Même les joueurs de la NBA hallucinent totale quand ils viennent faire un match chez nous. J'espère qu'on va non seulement pouvoir faire ça ailleurs, mais que cela va nous aider à gagner les JO de 2024.

Donc Pigalle, c'est plus qu'un t-shirt sympa avec un bel imprimé. Tu souhaites développer un état d'esprit au-delà de la marque de vêtements...

Oui. Pigalle m'a permis de réaliser tous mes rêves de gosse. J'ai toujours voulu mélanger les différentes énergies et travailler avec mes amis, mes voisins et mon entourage autour du sport, de la musique et de la mode - et du social, par la force des choses. C'est un luxe d'avoir eu l'opportunité de réaliser tout cela. C'est une expérience extrêmement gratifiante, qui me motive encore plus chaque jour, et qui définit ce que je souhaite faire plus tard dans la vie.

Pigalle - ENSEMBLE - Movie from PIGALLE PARIS on Vimeo.

Et tu travailles donc sur plus de projets qui vont dans cette direction?

En février dernier, ensemble avec mon ami et coach de basketball Paul Hamy, j'ai emmené tous les jeunes du quartier aux Philippines (ndlr: ceux auxquels Stéphane donne des cours de basketball), où nous avons mis en place un réel échange sportif et culturel avec Titan Basketball, pour finalement rénover un terrain de basket. Je savais depuis un moment que je voulais faire un voyage avec les enfants du quartier, mais je ne savais pas où aller...l'idée d'aller dans une métropole 'classique' à la New York me semblait ennuyeux...je voulais leur offrir quelque chose de nouveau, une réelle expérience de vie.

Tu comptes renouveler ce genre d'expérience au nom de Pigalle?

Je n'ai pas prévu de voyage pour le moment, mais ce n'était certainement pas un one-shot - ce genre d'expérience me tient à coeur. J'ai arrêté toute la distribution de Pigalle pour préserver ma marque, mais surtout pour ne pas devoir me soumettre aux conditions du wholesale, et donc pouvoir continuer à produire un vêtement de qualité à un prix juste. D'ailleurs, je n'ai que 3 boutiques: deux boutiques en nom propre à Paris et une à Tokyo, et je souhaite que ça reste ainsi pour le moment. Restreindre la distribution me permet également de me consacrer à d'autres projets, comme ceux liés au social et à la jeunesse. Je veux passer du temps avec les jeunes et améliorer ce qu'on peut améliorer dans leurs vies. Mon rêve c'est de créer une école - une école de sport, une école de mode, mais surtout une école de vie, qui, dans un premier temps, proposera des activités sociales et créatives en dehors des cours. Mais je souhaite qu'elle devienne une vraie école à long terme, avec une pédagogie proche de l'école Steiner - une école qui développe les sens des enfants et qui les pousse à faire ce qu'ils ont réellement envie de faire au fond d'eux-mêmes, à réaliser leurs rêves intérieurs.

Retour sur les bancs d'école, c'est plutôt inattendu!

Ma vraie vocation n'est pas d'être un styliste, ça m'est égal ! Je pense que c'est important de faire du bien autour de soi. L'amour que je reçois de mon quartier et des gens autour de moi, c'est ça qui m'a toujours permis d'avancer. C'est ce qui me donne envie d'aller plus loin. Être ensemble avec les gens que j'aime et qui m'inspire.

''Ensemble'', c'est aussi le nom de ta collection Printemps-Été 2016...

La collection est dédiée à notre expérience vécue aux Philippines. On a filmé les matchs de basket des gamins sur place...au fil du temps, les images devenaient de plus en plus intéressantes, ont a donc décidé de filmer sur toute l'année, à Paris également. Mon inspiration c'est la jeunesse. J'ai donc décidé de faire une collection qui s'appelle "Ensemble", sur les jeunes et pour les jeunes - une collection qui célèbre la jeunesse.

Tous tes rêves de gosses se sont réalisés alors?

Oui, une grande partie s'est réalisée, mais je souhaite aller jusqu'au bout et ouvrir un atelier de production sur Paris, grâce au soutient de l'ANDAM. Et puis j'ai encore d'autres rêves à réaliser...il y a encore l'école que je souhaite fonder, celle dont je t'ai parlé avant, et j'aimerais également devenir maire un jour...et qui sait, pourquoi pas travailler pour une maison de mode. Mais bon, créer une école, travailler pour une autre marque ou bien me diriger vers la mairie de mon arrondissement...ces trois options me rendront tout aussi heureux. C'est la vie qui en décidera. 

Credits


Texte Elisabeta Tudor 
Photographie Maxime Ballestros
Réalisateur Ange Raynaud
Co-réalisateur et éditeur Quentin Labail
Cameraman James Carter