trouble andrew repeint le gucci d'alessandro michele

Alessandro Michele et l'artiste Trouble Andrew à l'origine de Gucci Ghost signent une collaboration et désacralisent le culte de l'image.

par Tess Lochanski
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26 Février 2016, 3:40pm

photographie : courtesy of Ronan Gallagher

Alessandro Michele n'a peur de rien. Depuis son arrivée à la tête de la maison italienne, le directeur de création ne cesse de réinventer les codes du luxe. Les grandes maisons, frileuses de voir leur logo et leur image finir entre les mains de n'importe qui, rejettent toute idée d'appropriation - mais pas Gucci, qui marche dans son temps et embrasse sa nouvelle génération. En novembre, déjà, Michele invitait 20 artistes du monde à réinterpréter Gucci sur Instagram, grâce au hashtag #Guccigram. Aujourd'hui, il accorde sa confiance à Trouble Andrew, artiste plasticien et musicien canadien, qui s'est épris tout jeune du double G - jusqu'à l'obsession. Ensemble, ils signent une collection qui célèbre l'amour inévitable qui lie l'art à la mode. 

D'où venez-vous et qu'est-ce que vous faites, exactement ?
Je suis né à Nova Scotia, au Canada et je vis à Brooklyn depuis 15 ans maintenant. Mon travail s'est toujours imprégné de la culture street. J'ai toujours beaucoup skaté, depuis mes 7 ans et grâce à ça, je me suis ouvert à beaucoup de domaines artistiques. Ce que j'aime dans le skate, c'est son esprit libre, son indépendance. Comme le skate, mon art ne suit jamais une seule et même direction. Je crée comme je vis.

Vous aviez pris l'habitude d'utiliser le double G dans votre travail, pourquoi ?
Gucci, pour moi, c'est avant tout un langage. Sublime, en langage soutenu, cool en courant. Pour moi, c'est un système de valeurs. La première chose que je me suis acheté de ma vie, c'était une montre Gucci. Plus que son prix en soi, cet objet représentait tout pour moi : un accomplissement, une esthétique, une vision. J'ai voulu que tout, dans ma vie, détaché de cette notion de beau, soit Gucci. J'imagine que les gens ont compris que je voulais transmettre ce message.

Courtesy of Ronan Gallagher

Comment s'est faite la rencontre avec Alessandro Michele ?
J'ai rencontré Alessandro par un ami commun, Ari Marcopoulos, qui travaillait avec lui. Comme c'est un vieil ami, il savait que j'avais fait ce truc de Gucci Ghost, et que j'imprimais ce logo sur tout. Il savait que je serais honoré de travailler avec Gucci. Un jour, il m'a envoyé un message, me disant que je devais lui envoyer quelques images, vidéos que j'avais faites pour qu'il les présente à Gucci. L'équipe a trouvé le concept cool, et moi j'étais aux anges. Et très fier que mon travail ait plu à Alessandro. Un mois plus tard, Gucci me demandait de partir à Rome pour une collaboration, j'en avais le souffle coupé !

Vous aviez connaissance de son travail à lui ? Qu'en pensiez-vous alors ?
Tout à fait, ma femme avait acheté quelques pièces de ses collections et m'avait dit ''Tu vas adorer ce nouveau directeur de création à Gucci, il est incroyable, sa vision est singulière, hyper dans son temps !'' De son côté, elle savait ce que j'avais fait, que j'admirais Gucci par dessus-tout. Tout a fait sens quand Alessandro m'a demandé de le rejoindre. J'ai eu toute la liberté que je voulais, personne ne m'a muselé à Gucci. Alessandro est un homme incroyable, très bienveillant, il voulait juste me voir créer, faire ce que je fais, sans règles, sans barrières, sans limites. Ensemble, nous avons discuté, dialogué, écouter de la musique, trainé… C'est sa facilité d'approche qui m'a beaucoup ému.

Courtesy of Kevin Tachman

En quoi vos univers se rejoignent ?
Je pense que c'est dans leur ouverture. Nous sommes tous les deux ouverts sur le monde, sans clivage ni jugement. Je peux m'entendre avec n'importe qui, du moment que la personne en face est positive. Avec Alessandro, j'ai eu l'impression de le connaître déjà. Je ne me suis jamais senti de trop, jamais en dehors. Alessandro a juste apporté un regard différent sur mon propre travail, il m'a permis d'aller encore plus loin, de dépasser certaines choses. Son point de vue m'a beaucoup apporté, de manière artistique. Et puis ses références ont donné à mon travail une autre dimension, elles l'ont nourri. C'était un challenge, mais surtout un dialogue.

Comment se dépasser, d'un point de vue purement technique ?
Je peints, je dessine, je fais des films, je suis toujours à la recherche d'une nouvelle technique, d'une autre approche. Dans un sens, mon style est impatient : je ne sais pas attendre. C'est pour cette raison que je n'utilise jamais d'huile pour peindre, car j'ai horreur d'attendre que la peinture sèche. Je veux toujours continuer, je veux voir les choses tout de suite, sans recul. Et je pense que mon travail reflète particulièrement cette impatience. Parfois, cette tendance me rend un peu agressif. Mais je veux que mon art soit vrai, sans fausse pensée, sans grand discours. Pour être honnête, je ne suis pas un grand perfectionniste. J'aime les imperfections, elles donnent du relief au travail. C'est ce qui rend les choses belles.

Courtesy of Kevin Tachman

Quels liens entretiens-tu avec la mode, en tant qu'artiste et graffeur ?
Je ne me considère pas comme un graffeur. Je fais des choses qui mélangent et compilent les références de différents domaines. La rue m'a toujours inspiré, mais mes influences changent. En ce moment, j'aime ramener des choses de la rue chez moi pour les peindre. Je ne m'approprie pas trop les murs de la ville, en général. J'ai toujours aimé les jolies choses, je tiens ça de ma mère, qui adorait fouiller dans les friperies. C'est grâce à elle que j'ai eu tous ces vêtements, elle avait un vrai ?"il pour la sape et on passait notre temps à chercher dans les piles de fringues la pièce qui allait faire toute la différence.

Vous pensez que le luxe et le streetwear sont toujours deux univers opposés ?
Ils ne s'opposent pas, ils s'inspirent et se nourrissent l'un l'autre. Le streetwear emprunte au luxe, le luxe au streetwear. C'est l'essence même de l'art, de la mode. L'art est cyclique, il recycle ses idées. Il faut seulement savoir comment les recycler, pourquoi. C'est ce qui importe. On s'emprunte tous mutuellement, on s'imprègne de milliers d'univers, c'est cette imbrication dans tous les domaines qui m'émeut. La mode m'émeut. Gucci m'émeut. 

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Texte : Tess Lochanski
Photographie : courtesy of Ronan Gallagher and Kevin Tachman

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