i-D vous présente les 10 finalistes photo du festival d'hyères

De Los Angeles à Haïti en passant par la Pologne, ils sont sélectionnés pour le prix photo de la 31ème édition du Festival de Mode et de Photographie d'Hyères.

par i-D Staff
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20 Avril 2016, 2:00pm

Émilie Regnier

Quelle était l'idée derrière le projet que tu présentes aujourd'hui à Hyères ?
Je l'ai commencé en 2014, alors que j'étais sélectionnée pour le Joop Swart Masterclass et je devais rendre un essai sur la photographie. Le thème était ''Irrésistible'. À l'époque, je vivais en Côte d'Ivoire et j'avais envie de parler de beauté, de sa représentation pour les femmes ivoiriennes. Pour ce projet, j'ai écumé les salons de coiffure jusqu'à ce que je tombe sur un magazine, dans un salon, qui présentait les clichés d'un photographe locale, Adama. Il se concentrait sur les différentes coupes et coiffures des femmes, sous des angles très novateurs. Je suis devenue son assistante et j'ai appris à bosser comme une photographe ivoirienne.

Quel est le message que tu comptes faire passer, à travers tes photos ?
Je souhaite montrer aux spectateurs ce que les femmes ivoiriennes considèrent comme beau. Ce que la beauté signifie pour elles. Mettre en valeur leurs gouts, leurs façon de se coiffer, inspirées parfois des stars afro-américaines comme Beyonce ou Rihanna.

Qu'est-ce que la photographie, pour toi ?
C'est un medium qui me permet de m'exprimer et de présenter ma vision du monde. La photographie crée un dialogue entre les cultures et les identités individuelles.

Et ta photographie, comment la définirais-tu ?
Je dirais que ma photographie tente de créer des ponts entre les différentes cultures du monde.

Qu'est-ce que ça fait, d'avoir été sélectionnée par William Klein ?
C'est un honneur, évidemment.

Qu'est-ce que tu penses de sa photographie ?
Elle a façonné une bonne partie de l'esthétique du 20ème siècle.

Le Festival de Hyères, qu'est-ce que ça représente pour toi ?
C'est une plateforme formidable pour mixer les influences, les cultures et les médiums. 

Sasha Kurmaz

Comment as-tu initié le projet que tu présente cette année à Hyères ?
Je vais présenter plusieurs projets différents au festival. Dans cette collection il y a plusieurs travaux qui se différencient, autant conceptuellement que formellement. Mais ils ont tous quelque chose en commun. Chacun de ces travaux présente une méthode spécifique ; une image photographique située dans un espace public.

Qu'est-ce qu'il représente ?
C'est, assez simplement, une documentation photo et vidéo de mes interventions publiques.

Qu'est-ce que la photographie représente pour toi ?
L'étude de l'influence de l'art sur le contexte social.

Si tu devais décrire ton travail en quelques mots…
Ma pratique de la photographie est impossible à décrire en seulement quelques mots. C'est quelque chose de nouveau, au croisement de la photo et de la performance artistique, de la photo et de la sculpture, de la photo et du graffiti.

Ça fait quoi d'être choisie par William Klein ?
Je ne pense pas que ce soit possible, sur la papier. William Klein est un photographe très traditionnel, selon moi. Il est aussi très vieux. Je ne pense pas que mon travail l'intéressera.

Que pensais-tu de son travail avant d'avoir été nommée pour le festival ?
Je n'en pensais rien.

Qu'est-ce que le Festival de Hyères signifie pour toi ?
Une belle aventure, et l'occasion de rencontrer de nouvelles personnes. 

Jason Larkin

Comment t'es venue l'idée de ce projet que tu présentes aujourd'hui à Hyères ?
En vivant à Johannesburg, je me suis tout de suite attaché à la réalité quotidienne des gens qui attendent. J'ai décidé de prendre mon appareil et de photographier ceux qui attendent au bord de la route, qui s'échappent de la frénésie de la ville un instant.

Quel est le message que tu comptes faire passer ?
C'est une métaphore visuelle pour exprimer le mépris dont sont vicitmes les sociétés sud-africaines, qui attendent et se tiennent dans l'ombre de la culture occidentale, depuis la fin de l'Apartheid.

Qu'est-ce que la photographie représente, pour toi ?
La photographie me permet de confronter, comprendre et immortaliser ce qui m'entoure.

Comment décrirais-tu ta photographie ?
Ça dépend du projet que j'ai en cours, mais de manière générale, j'essaie de mixer le processus documentaire social avec beaucoup de paysage.

Quel effet ça te fait, d'avoir été sélectionné par William Klein ?
C'est plutôt cool.

Que pensais-tu de sa photographie, avant d'être sélectionné ?
Il déploie une très belle énergie à travers ses images. Et c'est un photographe qui a toujours su rester intègre, ce que je respecte par dessus tout.

Et le Festival de Hyères, qu'est-ce que tu en penses ?
C'est une opportunité géniale de présenter son travail, dans un endroit magnifique, à un nouveau public. Et puis on rencontre de vieux copains, on s'en fait de nouveaux. C'est chouette. 

Louise Desnos

Comment as-tu initié le projet que tu présentes cette année à Hyères ?
C'est parti d'une démarche instinctive. Je photographiais en me mettant dans une humeur "acédiaque", dans un état d'esprit assez flottant, en interrompant des moments du quotidien, en vagabondant sans but. Ensuite ce sont des lectures qui m'ont guidée. D'abord Oblomov, d'Ivan Gontcharov puis divers livres sur la paresse. J'ai alors entrepris une recherche plus précise de signes et de motifs liées à la paresse et à l'acédie.

Qu'est qu'il représente ?
Il représente mon interprétation de l'acédie. Acedia est un mot latin qui se rattache à la paresse. A l'origine, c'est un vice dans la religion catholique, différencié de la paresse et lié à la mélancolie. C'est une lassitude du cœur, un abattement qui plonge celui qui en est atteint dans la torpeur mais aussi dans une errance intérieure de pensées sombres et confuses. Ce sont donc des images assez sombres qui tentent de retranscrire l'humeur de l'acedie,.

Qu'est-ce que c'est, la photographie, pour toi ?
C'est mon langage, mon medium. Je crois que j'exprime beaucoup de choses par la photo que j'ai du mal à formuler autrement.

Si tu devais décrire ton travail en quelques mots…
Pour cette série, je dirais : instinctif, sensible, sombre, cynique, intime, "acédiaque" et lié à des romans. A l'inverse, mon travail vidéo est beaucoup plus pensé en amont.

Ça fait quoi d'avoir été choisie par William Klein ?
William Klein étant un photographe incontournable, il fait parti des premiers photographes dont j'ai découvert le travail, donc c'est très flatteur, ça me fait super plaisir !

Que pensais-tu de son travail avant d'avoir été nommée pour le festival ?
Je ressens son travail comme assez instinctif, c'est donc une démarche dans laquelle je me reconnais. Il a un sens fou de la composition. J'ai été super marquée par certaines de ses photographies, comme celle de deux garçons, dont l'un avec un pistolet à la main, pointant vers l'objectif avec un regard dingue. Elle m'a fasciné, c'est le genre d'image qui reste gravée dans ta mémoire.

Qu'est ce que le festival de Hyères signifie pour toi ?
J'ai travaillé deux ans dans un laboratoire photo, et j'étudiais en même temps à la fac. C'est par des clients qui avaient été lauréats que j'ai découvert le festival. J'aimais beaucoup le choix des lauréats chaque année et je voyais ça comme quelque chose de génial mais inatteignable aussi. J'ai arrêté le labo et la fac pour étudier aux arts décoratifs, en me disant qu'il fallait que je me laisse une chance de développer mes projets personnels. Maintenant, ça signifie de superbes rencontres en perspective et une opportunité géniale pour montrer mon travail.

Fleur Van Dodewarrd

Comment t'es venue l'idée de ce projet que tu présentes à Hyères, aujourd'hui ?
Mon projet BISCUITS a été réalisé au Japon dans le cadre d'une résidence d'artistes. Arita est un petit village du sud où la porcelaine traditionnelle est faite. Cette année, le Japon et les Pays-Bas célèbrent les 400 ans d'existence de cette porcelaine. Avec un jeune créateur japonais que j'ai rencontré en 2014 à Tokyo, c'est là qu'est née l'idée du projet. Je m'intéresse beaucoup à la culture traditionnelle japonaise et je considère les objets en porcelaine comme des symboles de la richesse de cette culture. La manière dont ils sont faits, leur précision, leur délicatesse me touchent. Leur fonction dans la réalité quotidienne m'intéresse aussi. C'est une manière de les appréhender à travers un prisme plus occidental.

Quel message veux-tu faire passer ?
On peut le voir sous plein d'angles différents. Donc je préfère laisser libre court à l'imagination des spectateurs. Je pense qu'on peut appréhender ma photographie de plein de façons : ils représentent des idées plus que des choses matérielles. Ce sont des sculptures photographiées. Des natures mortes. Je me suis inspirée des natures mortes hollandaises du 17ème siècle, à l'opposé de la culture japonaise traditionnelle. Elles questionnent le rôle de la photographie et de la sculpture, des différentes cultures du monde.

Qu'est-ce ça représente, la photographie pour toi ?
Je dirais que c'est un art, avant tout. En tout cas, du point de vue de ma pratique. Je travaille sur la sculpture, la peinture et la photographie. Je les mêle. Pour moi, la création me permet de me connecter pleinement aux gens autour de moi, de regarder et d'essayer de comprendre les choses qui m'attirent intensément, jouer avec et de créer une nouvelle vision de cet environnement. Je pense que l'élément photographique apporte aussi dans une sorte de réflexion sur la sculpture qu'elle met en lumière. Il y a la sculpture et l'idée de la sculpture.

Si tu devais décrire ta photographie en quelques mots…
Natures mortes conceptuelles.

Qu'est-ce que ça te fait d'être sélectionnée par William Klein et quel est ta relation à sa photographie ?
Je suis très honorée d'avoir été sélectionnée. William Klein est un maitre de la photographie du 20ème siècle, ses clichés font partie de notre mémoire collective et sont devenues de vraies références visuelles. Mais je ne me sers jamais de son travail dans ma photo. Je m'inspire plus de la peinture, de la sculpture et de l'art conceptuel. J'espère pouvoir le rencontrer là-bas !

Et le Festival de Hyères ?
C'est la première fois que j'y vais ! je suis hyper excitée de voir la Villa Noailles. C'est un des plus prestigieux festivals de la jeune création. Je suis très touchée d'en faire partie cette année. 

Vendula Knopova

Peux-tu présenter ton projet en quelques mots ?
Pour chaque nouvelle exposition, je viens avec une nouvelle installation. Pour Hyères, j'ai recréé un genre de magasin de souvenirs, où on peut s'acheter des cartes de visite musicales ou des casquettes ainsi que des brochures de mon travail commercial et personnel. J'adore jouer à la marchande.

Quel est le message que tu veux faire passer, avec ce projet ?
C'est une publicité subliminale "au travail commercial" que j'essaie de mettre en place. Ça s'appelle Hand in the pocket. Dans mon travail commercial, j'essaie de trouver quelque chose de personnel à insuffler. J'apprends beaucoup avec. C'est pour ça que ça m'est égal de photographier de la haute joaillerie ou des chaussettes, je m'éclate dans tous les cas.

Qu'est-ce que la photographie représente pour toi ?
J'aurais adoré être chanteuse mais c'est devenu un métier très dangereux, bien trop exposé. J'aime bien me cacher derrière quelque chose. Ce quelque chose, c'est la photographie en quelques sortes. C'est par ce medium que je parviens à faire valoir mon sens de l'humour en quelques secondes seulement. Quand j'en aurais marre de la photo, j'aiderais les enfants ou les chiens démunis.

Comment décrirais-tu ta photographie ?
Schizophrène, instinctive et un peu cracra parfois. Le plus important dans mon processus photographique, c'est le développement. J'aime les projets qui durent et s'étalent dans le temps. Aujourd'hui, mon travail se concentre sur ma famille.

Qu'est-ce que ça fait, d'être sélectionnée par William Klein ?
Bah je suis encore en train d'y réfléchir parce qu'au départ, je n'y croyais pas. Parce que jusuq'à ce jour, William Klein avait toujours été associé à une question finale d'un examen sur l'histoire de la photographie. Leçon 17. J'avais séché.

Qu'est-ce que son travail représentait, pour toi, avant qu'il ne te sélectionne ?
Ma photographie préférée, c'est celle d'une femme dans les bains. J'adorerais devenir une pionnière d'un mouvement photographique, comme il l'a été dans les années 1960. Je lui envie son sens de l'humour et sa vitalité. Klein, c'est un peu le Michael Jackson de la photographie.

C'est quoi pour toi, le Festival de Hyères ?
C'est une certaine forme de prestige. Ce que je redoute en même temps parce que je suis une meuf de la campagne. Je serai ravie d'y arriver en vie parce qu'autant vous dire que ma voiture m'a lâché il y a pas longtemps donc c'est plus qu'incertain. Et je suis un peu triste car j'ai pas eu le temps de me teindre les cheveux. Voilà. 

Maja Daniels

Comment as-tu initié le projet que tu présente cette année au festival ?
J'ai commencé à bosser sur River Valley Vernacular (le projet est toujours en cours) en 2012. C'était une approche assez personnelle. J'essayais de rapprocher mon travail de chez moi. Je suis allée à Älvdlalen, en Suède - d'où viennent mes grands-parents, et où je passé une bonne partie de mon enfance - pour capturer ce que faisait la communauté pour préserver un héritage culturel unique. On décrit souvent Älvdlalen comme un endroit mystique, à cause du langage particulier qui y est parlé, l'Elfdalian - un dialecte ancien lié au Vieux Nord, parlé par les Vikings à une époque.

Que représente-t-il ?
J'ai pris comme point de départ la langue en voie de disparition parlée par la communauté. J'ai été inspirée par ce qu'Älvdalen dégage de merveilleux et de mystère (la Grande chasse aux sorcières a aussi commencé ici, au 15ème siècle). Dans cet imaginaire et cette histoire, j'ai taillé un récit agrémenté de mes propres fantasmes. J'ai choisi une esthétique privilégiant des éléments tels que la fumée ou des lumières assez rudes pour souligner ce fil rouge mystique. Mais, comme mon but n'est pas de romancer mais de créer une histoire contemporaine, certains éléments drôles et étranges forment le cœur de la série.

Qu'est-ce que la photographie représente pour toi ?
Je pense que la photographie est un outil indispensable pour mieux comprendre et commenter la société dans laquelle je vis, en inventant des histoires. J'aime que ces histoires se rapportent à de vrais événements et des vrais gens, mais je ne veux pas parler pour les autres. Mon travail est toujours très personnel, basé sur les relations durables qui déterminent ma compréhension du monde.

Si tu devais décrire ton travail en quelques mots…
Un récit personnel inspiré des réalités socio-politiques.

Ça fait quoi d'être choisie par William Klein ?
C'est super, bien sûr !

Que pensais-tu de son travail avant d'être nommée pour le festival ?
C'est un artiste très inspirant. Il est tellement versatile et non-conformiste dans sa manière de mélanger les supports médias et les genres. Récemment, j'ai regardé les documentaires de Klein, sur Mohammed Ali et Little Richard (parmi d'autres) et ça m'a vraiment touché. Ses films sont plein d'humour, de provocation, de satire et de vie.

Qu'est-ce que le Festival de Hyères signifie pour toi ?
Le festival a une super réputation et un super jury avec qui les artistes sélectionnés peuvent passer du temps. Ça me semble très important. 

Cortis Sonderegger

Comment as-tu initié le projet que tu présentes cette année à Hyères ?
Quand tu fais des missions photo, c'est généralement très calme pendant les vacances d'été. C'était le cas à l'été 2012. Alors on a mis nos idées en commun et le concept nous est venu, de recréer les photos les plus chères dans notre studio. L'idée, c'était de reproduire ces images en modèles réduits, et de les prendre en photo. On a commencé le projet avec « Rhein II » d'Andreas Gursky.

Qu'est-ce qu'il représente ?
Ce que l'on montre, c'est des photos emblématiques recréées dans notre studio, avec du scotch, du fil de pêche, du plastique, etc. En révélant nos astuces visuelles et nos miniatures, on montre aux spectateurs que ce qu'ils pensent être la réalité d'une photo est faux. Ce sont plus que des simples maquettes d'images emblématiques.

Qu'est-ce que la photographie représente pour toi ?
C'est une des plus belles choses jamais inventées !

Si tu devais décrire ton travail en quelques mots…
On adore les astuces visuelles. Nos photos se trouvent entre fiction et réalité. Nous les pensons comme des satires ingénieusement mises en scène et pleinement métaphoriques.

Ça fait quoi d'être choisi par William Klein ?
On ne savait même pas qu'il faisait partie du jury. Super !

Que pensais-tu de son travail avant d'avoir été nommé pour le Festival ?
C'est le maître de la photo de rue. Il n'est pas exclu que l'on recréé l'une de ses photos un jour. Le garçon avec un flingue (Gun 1, New York 1995).

Qu'est-ce que le Festival de Hyères signifie pour toi ?
Une réputation de taille. Même en Suisse. Beaucoup de nos amis y sont allés et ont adoré.

Anaïs Boileau

Comment as-tu initié le projet que tu présentes cette année à Hyères ?
L'idée du projet est née doucement. J'avais réalisé un projet un peu similaire auparavant, les prémisses de celui que je présente ici. Nous étions en période de diplôme à l'ECAL, et nous avions un semestre pour réaliser un projet. Je crois que je n'ai pas cherché très longtemps, j'aimais la liberté et l'indépendance que l'on détenait tout d'un coup, la possibilité de faire ce que nous voulions. J'avais envie de parler de mon sud, de ce que je connaissais et de mes origines d'une certaine manière. Je pense que c'est quelque chose qui s'est fait naturellement et le projet a été très clair dans ma tête dès le début.

Qu'est qu'il représente ?
Mon projet Plein Soleil représente une communauté de femmes qui prennent le soleil. Elles s'exposent sous un soleil omniprésent dans différentes villes balnéaires du sud de la France ou d'Espagne. C'est une ode à ce culte du soleil, du farniente, à un sud générique et idyllique. Ces femmes se confondent dans le décor, dans ces architectures, et elles deviennent elles même des monuments. Je me suis inspirée de cette tranche de la population en vacances ou à la retraite qui migre vers le sud pour profiter du soleil et d'un endroit où la vie est plaisante. J'ai donc photographié les femmes de mon entourage, ma mère, ses copines, les grands-mères de mes amis. Des femmes qui m'ont laissé m'introduire dans leurs rituels.

Qu'est ce que la photographie représente pour toi ?
Très simplement un moyen d'expression. Une manière singulière d'exposer ma vision des choses et mon point de vue. J'aime le cadre que m'impose une image. L'aspect statique de la photographie et en même temps la dynamique qu'il peut y avoir dans une seule image. La photographie laisse beaucoup de place à l'imagination. Je travaille souvent en série, et l'idée même de penser les images comme une suite, de créer une narration dans l'association d'une image avec une autre est très intéressante.

Si tu devais décrire ton travail en quelques mots...
Je crois que de manière instinctive je travaille beaucoup sur ce que je connais, sur les cultures et les traditions de ma région. Le sud est une constante source d'inspiration dans mes projets, la lumière du soleil est aussi très récurrente dans mon travail.

Ça fait quoi d'avoir été choisie par William Klein ?
C'est très gratifiant, et en même temps je crois que je ne me rends pas trop compte. William Klein fait partie de ces personnes, artistes, dont on a toujours entendu parler, ses photographies sont des références et chacun d'entre nous, même les plus novices en terme de photographie connaissent ses images. J'ai hâte de rencontrer ce grand monsieur et c'est super excitant de savoir que je vais bénéficier d'un moment privilégié avec lui pour parler de mes projets.

Que pensais-tu de son travail avant d'avoir été nommée pour le festival ?
C'est un photographe emblématique, une référence du portrait! J'aime beaucoup ses photographies de New York, je trouve qu'il y a une dynamique dingue dans ses images, un rapport social et une proximité avec les personnes qu'il photographie très contemporaine. Une certaine violence aussi dans les cadrages qui contribuent nettement à cet élan de vie présent dans chacune de ses images.

Qu'est-ce que le festival de Hyères signifie pour toi ?
Une possibilité de rencontrer des gens incroyables du monde de la photographie, de la mode et de l'art et d'avoir un regard extérieur sur mon travail. Sinon ces dernières années ça a été pour moi le rendez-vous avec les copains de l'Ecal, une occasion de venir profiter du soleil et de voir des expositions étonnantes, de superbes défilés, de dormir dans un bungalow au bord de la mer; c'est un autre monde Hyères pendant le festival.

Ilona Szwarc

Comment t'es venue l'idée de ce projet, que tu présentes aujourd'hui à Hyères ?
"I am a woman and I cast no shadow" est une des parties du triptyque "I am a woman and I feast on memory" qui fait suite à "I am a woman and I play the horror of my flesh". Dans cette série de portraits, je fais intervenir une actrice, que j'ai casté et qui représente mon double. Le projet est né de mon intérêt grandissant pour la typologie. J'avais déjà amorcé cette idée dans deux de mes anciens projets, "American Girls" et "Rodeo Girls" qui se focalisaient sur des groupes de filles aux Etats-Unis. J'étais une simple observatrice à l'époque et j'avais envie d'inverser les rôles, en m'identifiant cette fois-ci aux femmes que je photographie. C'est ce qui m'a conduit à organiser des castings pour trouver une femme qui me ressemble. L'idée m'est venue de manipuler mon image à travers ce qui s'apparente à un tuto de maquillage qu'on trouve sur la toile et dans lequel j'essaie de me mettre en scène. J'avais aussi en tête l'idée que le portrait et l'autoportrait se rejoignent dans une seule et même image.

Quel est le message que tu comptes faire passer à travers tes photographies ?
Ce projet tente de disséquer le processus du devenir femme : de quelle manière un individu parvient à s'émanciper de la société, en se découvrant lui-même/ changements imperceptibles aux yeux des autres mais qui bouleversent notre rapport aux autres, irrémédiablement, lorsqu'on grandit et qu'on s'affirme en tant qu'individu. 

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