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première : fulgeance - gitem

Le producteur de Caen, protégé de Busy P et Laurent Garnier, nous livre son nouveau clip signé Émile Sacré, en exclusivité. Un trip analogique et épileptique pour bien commencer le weekend.

par VICE Staff
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19 Février 2016, 5:35pm

Fulgeance, jeune producteur et co-fondateur du label Musique Large, est originaire de Caen et se place désormais sous le regard bienveillant de Busy P et Laurent Garnier. À travers ses nombreux alias, Fulgeance nage dans un univers électro des plus éclectiques, à l'image d'une génération qui refuse les cases et décloisonne les genres. Ici, il nous parle de son nouvel EP The Phoenix, signé sur Ed Banger qui sortira le 26 février. Entre références hip-hop, funk et disco, Fulgeance construit un univers sonore pluriel et hyper abouti. Il nous fait également le don de son tout dernier clip signé Émile Sacré - un trip analogique et épileptique irresistible. Rencontre avec deux esthètes.

Parle-nous de ton EP Phoenix, il a une patte très "française" avec des références funk et disco mais s'inspire d'autres territoires. Il est à l'image de tes amours musicaux ?
Fulgeance : Cet EP est pour moi une sorte de panel des différents sons que j'ai pu faire au cours de ces 10 dernières années, que ce soit sur mon label Musique Large ou sur les autres labels avec qui j'ai travaillé. Avec en plus des envies de travailler des morceaux plus oniriques où le "beat" n'est pas essentiel. Mais oui, on peut trouver du "low-club", du hip-hop électronique façon "Detroit" et du beat pur et dur, c'est exactement ce que je voulais. J'avais envie de profiter d'être chez Ed Banger pour justement bien affirmer ces styles qui sont les miens, et Pedro est venu me chercher pour cela, et il m'a laissé carte blanche.

Le teaser de ton EP s'achève sur la voix du chevalier Ikki. Tu as une passion pour la Sci-Fi ?
Fulgeance : Je suis un enfant de la science-fiction, complètement ! Mais le titre "The Phoenix" fait plutôt référence à un retour en force, un retour sur mes envies premières et mon projet le plus intime "Fulgeance", après m'être concentré sur mes autres alias Souleance et Claude. Mais oui le Sci-Fi, les mangas; le surnaturel et les super héros font partie de ma culture et me fascinent.

Émile, tu as réalisé le clip de GITEM. Comment s'est faite cette collaboration ?
Émile Sacré : J'ai commencé il y a quelques années à réaliser des clips pour le projet Souleance formé par le duo Soulist et Fulgeance. Il nous est également arrivé de jouer ensemble sur certaines dates. Nous avons de vrais goûts en commun et la collaboration visuelle ou musicale fonctionne à chaque fois. Fulgeance me laisse la plupart du temps carte blanche sur les projets qu'il m'amène, ça a été le cas il y a deux ans avec le clip de Laurent Garnier Revenge of the Lol cat.

Une sérigraphie tirée du clip accompagne 50 exemplaires de ton EP. C'est important pour vous que la musique repose sur des supports physiques ? De mêler les disciplines ?
Fulgeance : J'aime associer plusieurs objets à une sortie, car aujourd'hui la dématérialisation a du bon et du mauvais selon moi. Je ferai toujours du vinyle, et j'essaierai toujours de m'associer à des artistes qui s'engagent à apporter quelque chose d'intense à l'objet, que ce soit CD, vinyle, posters ou goodies. Chez Musique Large on parle plus de beaux objets que de simple pochettes "standards". Et avec Pedro chez Ed Banger on a tout de suite été d'accord: il a fait appel à Leslie David qui a fait un très beau travail sur l'artwork et la pochette magnifiquement vernie, et moi j'ai pensé à Emile Sacré pour le clip et les posters en sérigraphie. C'est important aujourd'hui de donner une valeur et un univers à une sortie, numériquement ou physiquement.

Émile : Proposer une série limitée de sérigraphies est selon moi une valeur ajoutée au disque et permet de créer une réelle cohérence entre digital et physique. Ces posters ont été créés à partir de la même matière visuelle que le clip : un ensemble d'images et de photographies issues d'une collection de quatre livres édités en 1968 sur le signe, le module, le rythme, ... L'effet produit est moins "psychédélique" et "optique" que la vidéo mais ce visuel est plus riche en termes de définition, la trame est physique et non pixellisée !

Tu viens d'une "famille-orchestre". Parle-nous de ton éducation musicale …
Fulgeance : Famille orchestre est un grand mot, mais oui ma mère m'a beaucoup donné par le piano, mon cousin par la basse. Mais mon amour pour la musique électronique s'est développé par le sublime MPC2000, et le djing bien sûr. Mon partenaire chez Musique Large, REKICK, m'a beaucoup appris sur la House, le Booty, la Miami Bass puis j'ai découvert WARP, Ninja Tune, Rephlex. Le fait aussi d'être autodidacte m'a ouvert plus de portes je pense que si j'avais eu une formation traditionnelle, même si aujourd'hui j'adorerais jouer du piano comme Glenn Gould, ou de la basse comme Jaco… Mais j'ai encore un peu de temps pour ça je crois.

Tu as aussi une double casquette : tu produis de la musique et tu es à la tête du label Musique Large. Tu aimes jongler entre ces deux fonctions ?
Fulgeance : Je vous avoue que ce n'est pas simple … mais j'adore ça au final, je dois être un peu "maso". Mais j'adore accompagner des projets, faire profiter de mon réseau à des artistes que j'aime. Et on essaie aussi de faire les choses avec originalité. À la naissance du label, personne ne produisait ce genre de son en France, alors que l'Europe de l'Est, les USA, la Grande Bretagne étaient à fond. Alors on s'est lancés, sans non plus reproduire, mais on adorait ça. Et encore une fois le vinyle était une passion, l'art au sens "Large" nous donnait envie de présenter un artwork qui change sans être trop "avant-garde". On est plutôt satisfait du résultat aujourd'hui quand on voit ces sorties : Débruit, Baron Rétif & Concepcion Perez, Charles Trees, Ben Butler, et plus récemment Garnier (grosse fierté vous imaginez !). On a réussi à atteindre un but qu'on n'espérait même pas !

Tu as aussi mille alias. Schizophrénie ou hyperactivité ?
Fulgeance : Je crois être "schizophrène". Mais surtout ces différents alias me permettent d'assouvir mes goûts variés. Je ne pourrais pas faire de la House avec Fulgeance, alors je le fais avec Claude, et je ne pourrais pas faire du funk alors je le fais avec mon pote Soulist dans Souleance. En fait ça me permet de canaliser mes envies. C'est assez compliqué à gérer, surtout quand tu peux parler de toi avec plusieurs noms dans une interview, mais c'est aussi une force de diffusion, même si je ne fais pas cela dans ce but. D'ailleurs, je me suis remixé pour la première fois sur cet EP : Pedro a réussi à me lancer dans un remix de Fulgeance par Claude. C'est assez prétentieux, mais si vous nous connaissiez, vous sauriez que tout cela est très second degré !

Tu viens de Caen. Comment se porte l'électro là-bas ?
Fulgeance : L'électronique a eu une très belle période à Caen on va dire. C'est une ville qui regorge de bons musiciens, mais je pense que comme partout, la musique électronique rentre dans un cycle qu'il est dur à renouveler. Bien sûr les frangins Superpoze & Fakear cartonnent en ce moment, et ils ont savouré comme moi une belle poussée "électro" dans cette ville, entre les concerts de Peter Digital Orchestra, Connecticut (deux autres moi…désolé…) Lilea Narrative, Gablé au son indie-folk "unique"… Et j'en oublie sûrement, mais aussi les bars et le festival Nordik Impakt a fait du bien à cette scène. Mais comme pour tout, cela s'épuise, et c'est normal. Par contre des groupes comme Gomina, Grand Parc dans un autre style sont là et font leur parcours tranquillement, sans stress, et ils ont leur propre son; c'est en partie grâce à cette niche caennaise, loin de la hype des grandes villes.

Comment s'est faite ta rencontre avec Ed Banger ?
Fulgeance : Pedro Winter suivait pas mal ce que je faisais et cela aussi grâce à mon cher ami et manager de l'ombre, Darius Broobceker. Ça a commencé avec Myspace où Pedro suivait mon projet Peter Digital Orchestra. Et depuis je pense qu'il a suivi mon label, mes productions - il en a joué sur le Mouv' - et on a aussi échangé sur nos idées en tant que Label Manager. Le remix pour Mr Flash a aussi fait bouger les choses. Un jour il m'a dit qu'il adorait le fait qu'on puisse "faire ce que l'on veut" avec Musique Large et je pense qu'aujourd'hui "Busy P" a envie de se faire plaisir aussi avec des sorties plus surprenantes. Et c'est ce que j'ai adoré chez lui en plus de son énergie, sa fougue "jeune dans la tête" et professionnelle dans l'âme ! Jouer avec lui au XOYO avec Basement Jaxx fut l'un de mes plus beaux souvenirs de ces 3 dernières années ! Simplement magique.

Tes projets à venir ?
Fulgeance : On sort le premier LP de Baron Rétif & Concepcion Perez sur Musique Large, puis un nouvel EP de Claude (mon projet House), puis le premier EP de Onelight, dj et partenaire du label. Ensuite je ne lâche pas l'affaire avec Fulgeance donc une "tape" de 32 morceaux sortira sur Cascades Records, puis une collaboration avec Emile Sacré sous son pseudo "VECT" verra le jour sur Nowadays, puis des edits disco avec Dj Scientist sur First Word Records, une "French Cassette" avec Souleance à base de samples français et je m'arrête là car ça devient un peu long…