the endless summer est le seul film que vous devez absolument voir sur le surf

La version restaurée du film culte des années 1960 réalisé par Bruce Brown fait son apparition sur les écrans français. L'occasion d'oublier que l'été n'a jamais vraiment commencé.

|
août 11 2016, 10:40am

Si vous avez vous aussi passé le mois d'aout à Paris, vous savez désormais que le soleil et l'été ne viendront pas à vous. En fait, vous les trouverez dans une salle de cinéma. Parce que l'unique documentaire de surf qui vaut le coup, j'ai nommé The Endless Summer, réalisé par Bruce Brown en 1963 re-débarque en salles, partout en France, dans sa version restaurée. Et croyez-nous, c'est une très bonne nouvelle.

L'été sans fin a débuté en 1963, sur la côte ouest américaine. Cette année-là, Martin Luther King prononçait le discours le plus puissant de sa carrière d'activiste et tandis qu'une certaine jeunesse noire réclamait ses droits les plus élémentaires dans une Amérique ségrégationniste, une autre jeunesse, blanche et plus privilégiée, rêvait d'ailleurs. L'Amérique tout entière baignait dans une drôle d'atmosphère à l'aube de la guerre du Vietnam, juste avant que Kennedy rende l'âme sur petit écran et au moment où les violences policières à l'égard des Afro-Américains ne cessaient de sévir. Avant de trouver refuge dans la vague beatnik, les kids soufflaient leur insouciance dans l'eau, comme s'ils pressentaient le danger que transportait le mot 'demain'. Le surf, sur fond des Beach Boys, se rangeait à la marge, près des contre-cultures et offrait à la jeunesse un plan d'évasion. Il devenait tout doucement un culte, une croyance, insoumise donc difficilement capturable et rarement documentée. Bruce Brown l'avait pressenti. Il lui fallait archiver les prémices du surf, sa nature fédératrice, son universalité aussi et le gout inné de ses adeptes pour les voyages.

Armé de sa caméra et accompagné de deux jeunes dévots de la planche (Robert August et Myke Hynson), le documentariste s'en est allé, loin de sa Californie natale, sillonner les côtes africaines, du Sénégal au Ghana et de l'Afrique du Sud à l'Australie, en passant par Hawaii et la Nouvelle Zélande, à la recherche de l'été perdu. Sur un monde projeté en pastel (qu'il est bon de (re)voir un tel grain sur grand écran !) Bruce pose une voix off tranquille, espiègle et pédagogue - anachronique mais délicieuse - pour commenter les prouesses techniques de ses compagnons de voyage et le monde qu'ils découvrent. Au-delà du simple film de surf, The Endless Summer prend des airs de documentaire ethnologique et transporte avec lui l'émoi de la découverte - si propre à l'évolution du genre dans les années 1960. On y (re)découvre aussi les relents néocoloniaux d'un monde occidental qui ne comprend pas encore "l'autre". Mais qui tente - le surf en est la preuve.

On ne peut qu'admirer l'ingénuité et la sincérité des commentaires de Bruce et la candeur de l'esprit surf qu'il documente. Son film nous propulse dans une époque où le surf était encore "vierge" de toute estampe, avant qu'il devienne l'apanage des marques aux doux noms de Roxy et Quicksilver. Il montre aussi que malgré tout, le surf glisse de génération en génération et conserve un état d'esprit intact : celui de la liberté, de l'échange et de l'indocilité.

The Endless Summer sort dans les salles le mercredi 11 aout. 

Credits


Texte : Malou Briand-Rautenberg et Micha Barban-Dangerfield