au japon, maria grazia chiuri réaffirme son rêve de féminité globale pour dior

A Tokyo, la directrice de la maison française présentait à l'occasion de l'ouverture de la nouvelle boutique de la maison à Ginza Six une collection capsule aussi universelle que spécifique. Une preuve de sa grande compréhension de son époque, et de...

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avr. 25 2017, 7:30am

Sur chaque pièce, le jeu est joué, l'exercice de style, maîtrisé. La capsule évoque sans s'encombrer et invoque à tout va : sakura, une estampe d'Hokusai au rez-de chaussée de la maison de Granville, une robe nommée « Jardin Japonais », dessinée en 1953 par Monsieur Dior, le kimono de la danseuse Margot Fonteyn et la robe de mariée de l'impératrice Michiko. Des noms accolés à des histoires comme des rêves jamais exaucés, toujours fantasmés. Maria Grazia Chiuri n'a pas peur des chimères. Au contraire. Les mythes, elle les affronte, les chérit, les exhibe et les dénude. Puis elle les donne en pâtée au réel. Celui de son milieu affamé, avide et implacable, ce grand rêveur qui boude quand on lui demande de considérer le marché, les gens, la foule, les consommateurs. Maria Grazia Chiuri ne craint pas plus les chimères que la réalité de son activité : commerciale, triviale, pratique.

Les chimères et le commerce, Maria Grazia les fait claquer comme deux grosses cymbales, le regard fier et le menton en l'air. Les contraires s'attirent et brillent plus fort ensemble. Comme les filles japonaises : « Les filles d'Harakaju, c'est comme au Royaume-Uni : d'un côté on a la reine et de l'autre les punks. Ici c'est la même chose : une forte tradition, mais une attitude très moderne. C'est ce que j'aime.» La mode s'achète et les mythes se rêvent. Beaucoup y voient un impondérable, une réalité inconciliable. Pas elle. Un jean taille basse, un perfecto floqué, un t-shirt à message viennent côtoyer les imprimés des cérisiers en fleurs de Monsieur Dior, tranquillement. Ce qui est à César est rendu, immédiatement, instinctivement. Et là, enfin, la magie opère.

Le mythe, si clairement carambolé dans le réel, peut se déployer. Il se fait global, généreux, volubile. Il s'impose frontalement sur nos silhouettes, celles du quotidien - au dos d'un Perfecto, sur une fille qui pourrait aussi bien venir de Tokyo que de Paris, de Milan ou de New-York. Cette capsule est à l'image du rêve de Maria Grazia : construire le vestiaire de la femme globale, celle de 2017 et d'après. Celle pour qui les hierarchies ne signifient plus grand chose, celle qui veut rêver sans fuir, celle qui fait partie du monde, de notre monde à toutes.

Toutes les pièces sont issues de la collection capsule Jardin Japonais réalisée à l'occasion de l'ouverture de la House of Dior à Ginza Six.

Credits


Photographie : Jun Yasui