Photographie Pani Paul

j'ai photographié l'adolescence dans un village australien

La série photo « Brunswick Heads » suit un groupe de jeunes hommes naviguant les remous de l'adolescence et de la masculinité dans les eaux de Byron Bay.

|
août 9 2018, 8:46am

Photographie Pani Paul

Après avoir vécu des années à Londres, le photographe australien Pani Paul est allé revisiter sa ville natale de Byron Bay, patelin touristique et tropical qui accueille chaque année des visiteurs du monde entier. C’est au cours de ce retour au bercail qu’il a découvert un nouveau visage, une nouvelle perspective du paysage qu’il avait pourtant intimement connu. C’est avec ce regard renouvelé qu’il a créé sa dernière série, Brunswick Heads, qui suit un groupe d’adolescents vivant dans une petite ville proche de Byron.

Bouclée en simplement 45 minutes, la série de Pani capture ces garçons de manière simple stylisée et authentique. Et si à première vue ces jeunes pouvaient paraître provocateurs ou agités, Pani parvient à créer un climat de douceur et force le spectateur à questionner les perceptions sociales de la masculinité.

Récemment, l’une des photos de la série, initialement publiée par Palm Studios,a remporté le prix du jury du concours de Bloom Publishing, OPEN. Nous avons discuté avec Pani de sa fascination pour l’adolescence.

De quoi parle ta série « Brunswick Heads » ?
Pour moi cette série c’est de la nostalgie à l’état pur. Je voulais que les images soient intemporelles, indéchiffrables. Je voulais que l’on puisse penser qu’elles aient été prises il y a 30 ans.

Tu as passé beaucoup de temps à Brunswick Heads ?
J’ai grandi dans la même région, nagé dans la même rivière. Ces gosses me rappellent beaucoup ce que je faisais avec mes potes à leur âge. Ce projet me tient particulièrement à cœur parce que depuis que j’ai déménagé je n’ai jamais trouvé l’envie de photographier l’endroit où j’ai grandi. J’y étais trop familier. J’ai le sentiment que je suis enfin parti assez longtemps pour le regarder avec un œil nouveau. Maintenant c’est l’une de mes plus riches sources d’inspiration.

Qui sont les garçons que l’on voit sur les photos ?
Je ne les connaissais pas quand je les ai approchés. Je les ai juste vus sauter dans l’eau depuis un pont, leur groupe de potes avait l’air très cool alors je leur ai demandé si je pouvais les prendre en photo. Ils ont dit oui tout de suite. Ah, et j’adorais aussi leurs coupes de cheveux.

Est-ce que l’intention de la série était d’explorer l’adolescence masculine ?
Je n’ai pas l’intention de faire le portrait de la masculinité avec ce projet, mais ces connotations sont inévitables lorsque l’on photographie un groupe de jeunes mecs. C’était une rencontre très rapide, nous n’avons passé qu’environ 45 minutes ensemble. Je voulais capturer ce moment précis et être en mesure de leur donner des photos qu’ils pourront regarder dans 10 ans. Qu’ils soient contents en se disant que quelqu’un a pris le temps de documenter cet instant.

En grandissant, tu as toi-même ressenti une injonction à être ouvertement masculin ?
Pas particulièrement, non. J’ai eu une enfance très ouverte, mes parents étaient très alternatifs. Mais j’imagine que tous les jeunes garçons ressentent d’une manière ou d’une autre une certaine pression à se conformer aux standards sociétaux de la masculinité.

Tu photographie souvent l’adolescence - est-ce que c’est une période de la vie qui te fascine ?
Je trouve l’adolescence très intéressante oui. Je pense que c’est la période la plus authentique à photographier. Trouver le moment avant qu’ils deviennent trop conscients d’eux-mêmes. Avec toutes les nouvelles pressions des réseaux sociaux, je trouve que les jeunes commencent à prendre en compte leur image beaucoup plus tôt qu’avant.

Tu es la moitié d’un duo, Lola & Pani. Quel et le meilleur (et le pire) aspect dans le fait de travailler avec sa partenaire ?
C’est super de travailler ensemble. Particulièrement quand on travaille pour un client et que nous pouvons avoir un dialogue très ouvert, s’échanger des idées très facilement. Je ne vois vraiment pas de désavantage.

Argentique ou numérique ?
Les deux ont leur utilité et leur fonction, mais je préfère l’argentique.

Quel conseil donnerais-tu à un jeune photographe en début de carrière ?
Essaye de trouver ce qui est important pour toi, ce qui te tient à cœur, et intègre-le à ton travail. N’essaye de faire plaisir à personne en anticipant ce qu’une personne, un client ou un magazine veut. Ça va dénaturer ton propos.

Cet article a été initialement publié dans i-D AU.