Photographie Camille Vivier. 

les femmes de léa peckre sont toutes des sorcières

ParMarion Raynaud LacroixetAntoine Mbemba

12 mois, 12 silhouettes, 12 femmes : depuis le mois de janvier, Léa Peckre a lancé sur Instagram « Toutes les femmes sont des sorcières », nouvelle collection 2018 à la temporalité déconstruite, disponible en vente directe dès aujourd'hui.

Photographie Camille Vivier. 

À l’heure où la mode se questionne sur son propre calendrier, son rythme effréné et les conséquences de la « fast-fashion », il est bon de relever les initiatives qui s’en détachent, à la fois sur la forme et le fond. Avec son projet « Toutes les femmes sont des sorcières », la créatrice Léa Peckre déconstruit l’idée même de collection, la temporalité du vêtement et les profils de celles qui le portent. Affranchie des défilés et des saisons de la mode, Léa Peckre dévoile depuis janvier sur Instagram de nouvelles pièces pour en arriver en décembre à une collection 2018 : 12 mois, 12 épisodes, 12 femmes. Toutes des sorcières.

Léa Peckre propose une approche différente du casting et de la création, plus personnelle et authentique. « Ce rythme me permet enfin de prendre du temps pour m’exprimer, de consacrer du temps à ces femmes, explique Léa. J’ai toujours la comparaison avec le défilé, par lequel je suis passée : un passage de 40 mannequins que je vois très rapidement en casting et qui se retrouvent à jouer les portemanteaux. Je n’aime pas avoir ce rapport-là avec les filles, la moitié d’entre elles ne porteraient pas les pièces dans la vraie vie, il y avait quelque chose qui sonnait faux. »

Photographie Hugo Comte.

Au format mensuel, Léa Peckre est libre, indépendante. Elle se permet d’intégrer à ses collaborations des surprises, des synergies de l’instant T et de choisir avec une attention qui nécessite du temps ses femmes – ses sorcières – qui incarnent ses pièces. « Je me suis toujours entourée de femmes qui ont les mêmes sensibilités que moi, qui comprennent où je veux en venir, qui ont envie d'en parler à leur façon, qui m'inspirent pour dessiner, pour créer. Des clientes de la marque, des amies proches, des filles que je suis. » Une vision de la femme, qui écoute son corps, consciente de son environnement, qui avance avec une sensibilité très personnelle. Un casting sur mesure où l’on retrouve notamment Jess Maybury, Maia Hawad, Fay, Alexia Cayre, Aomi Muyock ou Kim Peers.

Sur cette dernière, Léa Peckre raconte : « Je voulais absolument qu'il y ait une mannequin. On l'a toujours vue sur du papier glacé. Mais elle fait partie de celles qui parviennent à laisser transparaître leur personne malgré le déguisement. Je savais qu'elle avait une personnalité en adéquation avec ma vision de la femme. J'avais envie de l'entendre parler de ce sujet-là, mais de l'entendre aussi parler tout court. Elle a compris le projet en deux secondes. »

Photographie Hugo Comte.

Le sujet en question, comme vous l'avez compris, ce sont donc les sorcières, devenues des figures d’émancipation féminine aussi dérangeantes que fascinantes et résumées en tout ce qu’elles ont de moderne et de libérateur par Léa : « Les sorcières ressentent les choses à leur façon et l’assument sans diktat imposé par la société. Toutes les femmes sont des sorcières, qu’elles le reconnaissent ou pas, qu’elles le comprennent ou non. » Le vestiaire de la femme sorcière de la créatrice, qui « aime la discrétion, les choses fortes qui n’en font pas des caisses », ce sont des classiques de la lingerie détournés, des jeux de transparence, des pièces aux proportions revisitées, parfois dégenrées. Un ensemble qui va à l’essentiel et une offre ajustée pour que chacune puisse faire ses choix, aidée par ce calendrier mensuel pour trouver la pièce qu’il faut au gré de tenues calées sur l’horoscope.

« Toutes les femmes sont des sorcières », c’est aussi une évolution importante pour le label de Léa, créé en 2012. « Je reste une marque de niche, je le sais et je l'assume, mais j'ai commencé à me sentir frustrée de ne croiser personne qui porte mes vêtements. Le sentiment le plus agréable quand on est designer, c'est de voir ses vêtements portés. On veut changer la manière de consommer la mode, avec un e-shop en vente directe, avec un vestiaire raisonnable et surtout réaliste sur l’année – je n’achète pas 5 manteaux différents par hiver ! »

Les premières silhouettes sont mises en vente aujourd'hui sur l’e-shop de la marque. Alors, si vous avez toujours rêvé d’être une sorcière mais que vous n'avez jamais su comment vous y prendre, Léa Peckre vous donne le début du mode d’emploi.

Photographie Camille Vivier.