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mieux que le punk anglais, le punk japonais

À l'occasion de l'exposition Punk In Translation à Londres, les membres du label Blackmeans évoquent la scène punk japonaise, ses inspirations et ses codes. Rencontre.

par Steve Salter
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06 Janvier 2016, 3:40pm

Blackmeans est un label né de l'obsession japonaise. Depuis sa création en 2008, le collectif mêle ethos post-anarchiste et un style vestimentaire radical et made in Japan. Mais surtout, c'est une histoire de punk. Pour s'imprégner de l'univers du label, Harris Elliott a monté une exposition, Punk In Translation, qui retrace à travers les photographies de Yusuke Yamatani, Tatsuo Suzuki et Naoya Matsumoto, l'histoire et l'imaginaire du label. On y retrouve toute l'atmosphère rebelle et unique des environs de Tokyo.

Mick Jones des Clash a judicieusement fait remarquer que l'explosion du vrai punk n'a pas tenu plus de 100 jours. C'est peut-être vrai. Mais ses descendants continuent de remuer la musique et la société, loin de l'épicentre londonien des années 1970. On a discuté avec le trio derrière Blackmeans à l'occasion de leur exposition -rassurez-vous, le punk se porte et s'exporte très bien.

Quand a eu lieu le coup de foutre entre le punk et vous ?
Yujiro : j'ai maté un concert des Sex Pistols à la télé quand j'avais 12 ans. C'était en 1983.

Joe Ramone a dit un jour 'que le punk était la réponse à la revendication d'une identité propre à chacun. Et vous, c'est quoi votre définition du punk ?
Yujiro : C'est l'envie de construire un monde meilleur par la musique. Le punk, c'est une réaction à une crise sociale. C'est une attitude capable de rassembler la musique et la mode dans un même combat. Pour moi, le punk donne du courage et de l'espoir.

En quoi la scène punk japonaise diffère de la Londonienne ou de celle de New York ?
Yujiro : Le système de classes sociales n'est pas le même au Japon. La culture underground au Japon, née après 1945, a été très influencée par le monde extérieur, l'occident et sa culture. Mais de nombreuses contre-cultures au Japon, comme le punk par exemple, sont uniques en leur genre et très japonais.

Quels groupes représentent particulièrement bien la scène punk au Japon ?
Yujiro : Gauze, Lip, Cream, Death Side, Laughin Noze, Forward, Judgement, G.I.S.M et bien d'autres.

Pouvez-vous me parler du projet Blackmeans et des photos que vous exposez aujourd'hui ?
Yujiro : Ça fait un moment qu'on traîne dans le milieu punk japonais. Je travaillais avant chez Deadend, une boutique punk emblématique qui a joué un rôle crucial dans le développement de la scène locale et dans l'exportation des codes punk anglais. J'avais 16 ans. Malheureusement, le shop n'existe plus. J'y ai rencontré plein de gens incroyables et c'est une expérience qui m'a par la suite beaucoup aidé, notamment dans le lancement de ce projet.

Que pensez-vous de la sélection de photo exposée ? Y a-t-il une photo que vous préférez ? 
Ani : Pour être honnête, je trouve ça hyper difficile de sélectionner des images parmi l'ensemble d'une oeuvre. Je voulais que les gens puissent en voir le plus possible. Les photos qui sont exposées ne représentent qu'une bribe de la scène punk japonaise. Mais je pense qu'elles sont tout de même très représentatives. Il n'y en a pas une que j'aime plus que les autres… La sélection tout entière rassemble mes clichés favoris. 

Ces images figurent-elles sur vos moodboards ? Comment influencent-elles vos créations ?
Ani : Je pense qu'elles sont à la source de nos inspirations. Les concerts live, les groupes qu'on écoute et les gens qu'on rencontre donnent de la puissance à nos créations.

Qu'est ce que London Collections : Men apporte au projet Leather Japan ?
Ani : La mode repose toujours sur un mouvement culturel. La création de Blackmeans a largement été inspirée par le punk. À travers cette expo, nous aimerions que les gens perçoivent l'essence de notre univers et explorent les liens immuables qui existent entre mode et punk. 

Pour cette expo, vous avez travaillé avec Ken Tsuruta, "Mister London" pour les intimes. Vous vous connaissez depuis combien de temps ? Comment l'avez-vous rencontré ?
Ani : Ça fait 15 ans qu'on se connaît. Je l'ai rencontré lorsqu'on vendait des fringues customisées dans les rues d'Harajuku. Il voulait nous acheter quelques pièces pour sa boutique.

Ken, quelle relation entretient Tokyo avec la mode anglaise depuis le début de punk japonais ?
Ken : La culture punk a grandement influencé la mode - il ne faut pas sous-estimer son apport à la création. La mode tokyoïte s'est toujours inspirée de la mode anglaise et de sa scène punk aussi. 

Qu'est-ce qui différencie la mode londonienne de celle de Tokyo ?
Ken : Londres tout entier est un style à lui-même. Tokyo en est une interprétation. C'est comme ça que j'aime les définir et les différencier.

En regardant dans le passé, quel a été le moment le plus excitant ?
Ken : Et bien, je dirais que ça a été le moment où j'ai découvert le punk pour la première fois. Ça remonte à 1976.

Quel ton créateur londonien préféré ?
Ken : Hussein Chalayan. Je n'ai pas de designer préféré parmi ceux qui défilent à la LC:M mais je regarderai le programme de plus près pour voir ce que Londres a à offrir cette année.

L'exposition Punk In Translation ouvrira le 9 janvier au Horse Hospital à Londres. 

Credits


Texte : Steve Salter
Photographie : Yusuke Yamatani, Tatsuo Suzuki and Naoya Matsumoto