le guide i-D des filles dans les films

Des princesses Disney aux pimbêches populaires dans Lolita malgré moi, i-D rend hommage aux icônes qui ont bouleversé nos années lycée – pour le meilleur et pour le pire.

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05 octobre 2016, 10:10am

Je n'ai jamais eu la chance de tomber amoureuse d'une fille dans la vraie vie. En revanche, il m'est arrivé un bon nombre de fois d'être séduite par les personnages qu'elles interprètent à l'écran. J'aime observer les femmes dans les films. Je ne m'en lasse pas et je ne suis pas la seule - qui n'a pas cédé à la tentation d'Orange Is The New Black ? Plus les femmes occupent le petit ou le grand écran, plus nous réalisons à quel point elles ont manqué dans l'histoire du cinéma. Je ne dis pas que les acteurs n'attisent pas ma curiosité. Seulement que l'idée de voir de plus en plus de personnages féminins forts, émancipés, fiers et assumés m'excite particulièrement. Aujourd'hui, j'ai choisi de partager ce plaisir avec vous en écrivant un petit guide personnel et très subjectif, des femmes dans le cinéma. Vous y trouverez une bonne dose de nostalgie, de références à l'âge d'or hollywoodien, son conformisme et son élégance glacée - quand les femmes jouaient des « types » et pas des personnes, en somme. Mais voilà, j'ai grandi avec ces icones d'un autre temps. Des icones qui, malgré l'époque conformiste dans laquelle elles se sont un jour inscrites, parviennent à toucher, émouvoir, émerveiller la femme que je suis devenue.

Les filles qu'on rêve de devenir
Les princesses Disney ont émerveillé notre enfance. Elles sentent les cookies, leurs cheveux sont de soie et elles ne font jamais caca. Créée dans des laboratoires ultra-perfectionnés, chacune de leur inspiration procure au monde la joie, le bonheur et tous les sentiments les plus beaux jamais pensés. Leur chevelure soyeuse touche le sol et s'agite au gré du vent. Au cinéma, un personnage en est l'ultime incarnation. Elle s'appelle Lux Lisbon, est interprétée par Kirsten Dunst et sublime chaque séquence de Virgin Suicides. Elle est mystérieuse, tragiquement belle et impénétrable. Adolescentes, nous aurions voulu protéger sa fratrie ou, au moins, faire partie du gang des filles Lisbon, dont le moindre mouvement s'accorde avec la symphonie énigmatique du magique Air. Dans Garden State, le personnage que joue Nathalie Portman, Sam, est celle qui sauve Zach Braff de tous ses problèmes, à l'image de la bonne fée de Peau d'âne. Elisha Cuthbert, réincarnée en Danielle, la plus célèbre Girl Next Door, a tous les attributs de la Lolita. En pire, car elle est aussi star du porno. Loin d'être diabolique, elle se transforme en princesse quand Matthew lui pose un ultimatum : ta carrière ou moi ? Elle mettra fin à sa carrière pour qu'ils restent ensemble et fait tout pour devenir la petite copine américaine parfaite avant de le remercier gentiment. Les filles qu'on rêverait d'être ne sont pas toutes mièvres ou candides, évidemment. Elles mordent aussi, à l'instar de Penny Lane dans Presque Célèbre, interprétée par Kate Hudson, est une muse, une groupie qui finira par suivre ses rêves à elle plutôt que l'homme après qui elle court. C'est ça, la vraie win. Mais la plus géniale des dream girls reste Sarah Jessica Parker - SanDeE* dans L.A. Story. Du genre à se jeter corps et âme dans les bras de l'homme qui l'utilise comme appât pour récupérer son ex. Le pire, c'est qu'elle finit par obtenir gain de cause. Le pouvoir du cinéma.

Les rebelles et les nerds
Les dream girls sont problématiques : on a toutes rêvé d'en être une mais leur perfection ne laissait aucune place à la réalisation concrète de ce même rêve. Les rebelles et les nerds, en revanche, ont toujours eu chez moi un pouvoir d'attraction hors-norme. Elles étaient sexy, inspirantes, énigmatiques mais bien réelles. Ces filles en avaient dans le ventre - elles se fichaient de ce que les autres pensaient d'elles. Enfin non, elles s'en souciaient mais prônaient haut et fort leur différence. Leur rébellion, quoiqu'attrayante, était forcément un peu limitée - la différence au lycée, entre une pompom girl et une nerd se réduit souvent à une affaire de style vestimentaire ou musical - mais quand même. Elles brillaient par leur anti-conformisme. La preuve la plus éloquente réside dans le personnage de Julia Styles dite Kat, dans 10 bonnes raisons de te larguer. Son personnage incarne à merveille la rébellion adolescente. Du genre irascible et insupportable. Bon, évidemment elle est toujours un peu taclée à la fin du film mais elle a réussi à rester comme elle est tout en étant aimée et acceptée. Quant à l'actrice Natasha Lyonne, elle a passé le plus clair de ses belles années à courir les rôles de nerds dans les inénarrables American Pie et Slums Of Beverly Hills. Dans But I'm A Cheerleader, elle joue une lesbienne lycéenne qui, malgré sa grande popularité, est envoyée dans un camp de conversion sexuelle par ses parents. Le film est en lui-même un misfit au sein de l'industrie de films pop et teen américains. Mais évidemment, au même titre que les dream girls, les rebelles sont contraintes de changer leur fusil d'épaule pour se fondre dans le moule de la société. Cependant, quelques personnages dérogent à la règle et refusent catégoriquement de changer pour les autres. C'est clairement le cas de Drew Barrymore dans Fleur de Poison. Une fille un peu dingue qui sème la zizanie dans la maison de sa meilleure amie. Ou de Nancy dans Dangereuse Alliance, une étudiante éprise d'ésotérisme, véritable gourou d'une secte de filles qui se prennent pour des sorcières - comme la plupart d'entre nous adolescentes. Ces filles ne renoncent à rien. Et c'est pour cette raison qu'on les admire.

Les idoles
Les idoles sont sans doute les personnages les plus nuancés dans la grande hétérogénéité du cinéma hollywoodien. Ce sont ces jeunes femmes qui s'apprêtent à grandir pendant 90 minutes sous nos yeux et dont les rêves ne sont que rarement atteints. Cher Horowitz dans Clueless a tout pour plaire - on aimerait toutes être sa meilleure amie. On l'admire pour sa popularité avant de s'apercevoir qu'elle est rongée par le doute, l'angoisse et la dépression - comme nous toutes en fait. Audrey Hepburn, la princesse de Vacances romaines, en est l'incarnation. On la croit candide, elle devient forte et maligne comme un singe. Pareil pour Veronica Sawyer dans Heathers au même titre que Cady Heron dans Lolita Malgré Moi: son innocence corrompue, son égocentrisme se laisse entrevoir. Elle devient particulièrement insupportable mais en tire les leçons et fait même son mea culpa à la fin du film. Bref, ces films tissent à travers leurs personnages féminins principaux, des intrigues de roman d'apprentissage. Elles bataillent, évoluent et s'émancipent sous nos yeux. L'idole teen classique reste Sandy, de Grease. Au fur et à mesure que l'intrigue se déroule, sa sexualité se dévoile,s es doutes disparaissent et soudain, une femme puissante, sûre d'elle et affirmée apparaît à l'écran. Elle affronte sa peur et obtient ce qu'elle attendait depuis le début, Danny.

Les méchantes
Qu'il est séduisant d'être celle que tout le monde déteste (et donc admire un peu au fond). Quand je parle des méchantes, je ne parle pas des méchantes filles tristes à l'instar de Dawn Wiener dans Welcome To The Dollhouse, je parle des filles qu'on adore détester pour leur côté « mean ». Dans Sexe Intentions par exemple, Sarah Michelle Gellar qui joue Kathryn, une étudiante catholique à la langue bien pendue, se soucie assez peu de blesser les gens qui l'entourent et préfère de loin se prélasser dans sa king-size chambre. C'est un plaisir presque inavouable de la voir agir aussi mal avec tout le monde et semer le chaos partout où elle se trouve. Regina George (qui d'autre) et Heather Chandler font également partie de ces personnages sans pitié, prêts à tout pour obtenir ce qu'ils veulent, d'un simple revers de la main (parfaitement manucurée). Mention spéciale à Rose McGowan dans Jawbreaker, qui joue avec brio une détestable pimbêche lycéenne qui bâillonne ses ennemies. En fait, l'ultime but de la « mean girl » est d'accéder au trône de la cour du lycée, donc à la couronne du bal de fin d'année. C'est un peu l'histoire d'Election, Tracy Flick, interprétée par Reese Witherspoon, parvient à être élue déléguée de classe. Rien ne change et elle est toujours aussi pimbêche. Pire, son nouveau statut la rend manipulatrice comme jamais.

J'ai adoré détester ces filles. Avec du recul et en me replongeant dans ces films phares de mon adolescence, j'ai eu l'impression de replonger dans mes souvenirs, mes amours déçus, la cour de récré. J'espère que les nouvelles générations auront elles aussi des Sam Bakers, des Heather Sawyers et des Penny Lanes dans lesquelles s'incarner - c'est tellement important d'en avoir. Ce sont les grandes sœurs qu'on aurait aimé avoir. Celles qui vous susurrent au bord du lit, alors que la lumière est éteinte : « Psst, les parents dorment, on peut y aller ».

Credits


Texte Elizabeth Sankey 
Capture du film Heathers