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troye sivan, l'icône que la jeunesse queer attendait

Il a 20 ans, s'est fait connaître sur YouTube et en a profité pour faire son coming-out en ligne. Depuis, sa vidéo a été visionnée 7 millions de fois. Rencontre avec Troye Sivan, l'ultime symbole d'une jeunesse décloisonnée, fière et solidaire.

par Matthew Whitehouse
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19 Juillet 2016, 7:35am

Troye wears Coat Ports 1961. Coat (worn underneath) Dries Van Noten. Waistcoat (worn underneath) Wrangler from Breuer Dawson Archive. Jeans Evisu. Badges stylist's own. 

Depuis la maison de ses parents dans l'ouest australien, et à seulement 20 ans, Troye Sivan - Youtubeur devenu chouchou de la pop - gratifie internet de ses vidéos depuis près d'une décennie. Si longtemps qu'on pourrait craindre qu'il n'ait plus rien à partager. Heureusement, dans le genre histoire formidable de pop star, celle de Troye tient la barre haute. Né à Johannesburg et élevé à Perth, il a 12 ans quand il prend conscience du potentiel de starification d'Internet, lorsque son cousin lui envoie le lien d'un site, YouTube. Motivé par l'envie de chanter devant plus de personnes que ne lui autorise son marché commercial local, le pré-ado obsédé par Michael Jackson décide d'y poster une reprise. Suivront de nombreuses heures de vlogging, de challenges en tout genre, de rainbow cake ratés et de reprises de One Direction - et la suite est celle plutôt classique d'un jeune homme télégénique qui se mêle à l'histoire et la gloire d'Internet. Jusqu'au 7 août 2013, où Sivan poste une vidéo titrée « Coming Out ». Alors âgé de 18 ans, il révèle à ses 500 000 abonnés YouTube ce qu'il avait révélé à ses parents 3 ans plus tôt. Et, 7 millions de vues plus tard, ça lui a fait un bien fou.

« J'étais ouvertement gay dans la vie, mais je n'avais jamais fait de coming out public » explique Troye aujourd'hui, alors qu'il est à Londres dans le cadre d'une tournée de concerts en Europe. « J'ouvrais mon appli Twitter et je m'apprêtais à tweeter sur Zach Efron, puis je me ravisais. Je me disais 'Pourquoi je fais ça ? Pourquoi ça m'importe autant ? Je pense que mon public s'en fout aussi… » Bien sûr les raisons des hésitations de Troye vont au-delà de ce que son public pouvait s'imaginer. Au même titre que sa sexualité, il a aussi caché la nouvelle selon laquelle, seulement deux mois plus tôt, il a signé un contrat de rêve avec EMI Australie. Le label a été impressionné par une chanson qu'il a écrite, inspiré par le roman de John Green, The Fault in Our Stars. Troye était bien conscient du climat hétéronormé qui dominait le paysage traditionnel de la pop. Mais il était aussi bien conscient qu'Internet n'avait rien à voir avec celui. « À l'époque où je me cherchais encore, je me suis tourné à 100% vers Internet. J'avais des comptes anonymes sur chaque forum ado gay. Je regardais toutes les vidéos de coming out sur Youtube donc je me devais de remercier internet - d'y raconter mon histoire. »

Haut Raf Simons. Chemise (portée en dessous) Lanvin. Veste (portée en dessous) No. 21. Pantalon Paul & Joe. Accessoire MCM. 

Tapez « coming out » sur Youtube aujourd'hui, et vous tomberez sur des milliers de vidéos similaires. C'est un genre en soi, ces déclarations filmées soi-même, appliqué par beaucoup, des Youtubeurs Connor Franta (10,6 millions de vues) et Ingrid Nilsen (14,7 millions de vues) au plongeur olympique Tom Daley (11,8 millions de vues). Le vlogging a toujours été une part importante de la culture LGBT - ce format de blog vidéo permet aux personnes concernées de conserver le contrôle de leurs déclarations, et dans ce cas de leur coming out. Et puis c'est diablement efficace. « J'ai fait d'une pierre, un million de coups ! » Non seulement la vidéo a reçu des réponses très positives (« une irrésistible vague de soutien et d'amour, rien n'a changé »), mais elle a aussi balayé le mythe marketing selon lequel un chanteur ouvertement homosexuel est obligatoirement amené à perdre son public d'adolescentes (qui ne seraient donc qu'un ensemble d'hormones suppliantes). Cela va sans dire, les concerts de Troye ont leur lot de cris enflammés… « Honnêtement, je ne comprends toujours pas pourquoi ces filles viennent à mes concerts et s'y comportent comme ça, » explique-t-il, modestement. « J'ai l'impression que c'est plus de l'amitié qu'autre chose. Je pense qu'avec un mec comme Justin Bieber, il y a une dimension sexuelle. Moi j'ai l'impression qu'elles veulent juste m'envelopper dans une couverture et me ramener à la maison. »

C'est peut-être un peu ça, mais la vraie raison reste que sa musique est bonne. Très bonne. Bien mieux que ce que l'on pourrait attendre d'un enfant-acteur (en 2009, Troye apparaissait dans X-Men Origins : Wolverine) devenu star du net, puis devenu artiste pop. « Quand j'ai été signé à EMI j'étais moi aussi très sceptique, » admet Troye. « Je me demandais pourquoi ce label me signait, ce qu'il attendait de moi - s'il allait tenter de me transformer. Je suis très chanceux, ce n'était rien de tout ça. » L'album qui en est sorti l'an dernier, l'unanimement acclamé Blue Neighbourhood, est un véritable triomphe pop. Et, les réflexions de Troye sur l'identité (il passe une partie de ses concerts à discuter de son coming out) lui a permit d'atteindre un public jeune et ouvert à travers le monde. C'est sans compter l'approbation de Taylor Swift, qui déclarait trouver sa musique « géniale et sauvage » et une place dans les classement Times des jeunes les plus influents du monde, aux côtés notamment de la jeune pakistanaise et Prix Nobel Malala Yousafzai. « Quand je suis sur scène et que je regarde la foule, je vois des gosses intelligents, je vois des jeunes bien habillés, je vois des gens un peu plus âgés, et c'est super. Je vois beaucoup de gays. Je vois des gens heureux et excités - c'est vraiment inspirant. »

Haut Haal. Jean Evisu. Badge stylist's own. 

Alors comment ont réagi les autres artistes à cette ascension fulgurante ? « J'imagine que c'est juste un parcours différent, et peut-être que certaines personnes ne l'approuvent pas. Je n'ai pas eu à chanter dans des bars ou à envoyer ma démo à plein de labels différents. Mais en même temps, j'ai passé beaucoup, beaucoup de temps à faire mes vidéos, les monter, les éditer et à tenter de construire une communauté en ligne. Ce qui va finir par se passer, dans le futur, c'est que de plus en plus de monde va venir d'Internet. Et très vite, on ne distinguera même plus ce qui en viennent et ceux qui n'en viennent pas. » Attention, Troye n'est pas près d'oublier Internet - ses racines. « Ça a clairement été un élément primordial dans tout ça. Pas seulement en terme de carrière, mais aussi personnellement. Cette plateforme et son public ont grandi avec moi. Bien sûr, les choses ont un peu changé pour moi, mais pourquoi devrais-je oublier tout ça ? » 

Credits


Texte Matthew Whitehouse
Photographie Leon Mark
Stylisme Tara St Hill
Coiffure Naoki Komiya, Julian Watson Agency avec du Kiehl's depuis 1851
Maquillage James O'Riley, Premier Hair and Make-up avec du Tom Ford
Assistance photographie Henry Hewitt
Assistance stylisme Rebecca Davis, Carmen Hudgens.