comment survivre à cannes (en 10 points)

Scandales, huées, Starbucks, yachts et politique - voici le guide ultime pour rester digne sur la croisette.

par Colin Crummy
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13 Mai 2016, 8:00am

Pedro Almodóvar's Julieta

Rien n'y fait. Malgré la concurrence de plus en plus ardue des festivals de cinéma partout dans le monde, Cannes reste le top prestige incarné malgré ses 69 ans un peu fripés. Et les prévisions de pluies torrentielles ou d'orages apocalyptiques ne risquent pas de refroidir la Croisette. Pour cause, on vous a fait un résumé de ce à quoi il faudra s'attendre : les sorties de salles des mécontents en pleine projection, les scandales sur tapis rouge, et le court-métrage de Chloe Sevigny - ça parle d'une jeune fille qui se transforme en chaton.

Brûle, Babylone…
Si vous cherchez du trash, de l'explicite, de la moquerie à l'égard des handicapés ou de la mutilation génitale à coups de ciseaux, le festival de Cannes est un choix sûr. Et encore, on vient juste d'évoquer la seule oeuvre de Lars Von Trier. A côté de ça, de nombreux réalisateurs ont fait la Une pour leur scènes de violence hyper crues (Gaspard Noé, bonjour), leurs scènes trash pour le moins graphiques (bisou Scorsese pour Taxi Driver) ou tout simplement leur qualité douteuse (The Brown Bunny de Vincent Gallo, probablement le film le plus descendu par la critique de l'histoire du cinéma).

Un public tatillon.
Le public cannois s'en fout grandeur que vous soyez David Lynch, Terence Malick ou Ang Lee. S'il n'aime pas Twin Peaks, The Tree of Life ou Hôtel Woodstock, il le fait savoir et bruyamment. Cela dit, les huées ne doivent pas être considérées comme une donne absolue préjugeant de la qualité d'un film ou de sa capacité à remporter des prix. Beaucoup de films horriblement reçus lors de leur projection ont fini par remporter la Palme d'Or. C'était le cas de Pulp Fiction, hué (une deuxième fois) lors de la remise des prix en 1994. 

Viens chérie, on s'en va !
Si les spectateurs détestent, mais vraiment détestent ce qui leur est présenté, ils ne font pas cas de quitter la salle rouges de nerf.  Le festival de Cannes est connu pour une partie de son public qui adore se lever avant la fin en guise de contestation. On n'a pas fait vérifier tout ça à coup d'huissier, mais il semblerait que la règle empirique soit la suivante : si le film est hué, on peut être sûr qu'il y aura des sorties de salle. Ou, comme l'exprimait efficacement le critique Roger Elbert à propos du Brown Bunny de Gallo : des centaines de personnes sont sorties de la salle et le reste y est resté pour huer le film. Perdant-perdant. 

Stéphanie Di Giusto's The Dancer

Des montagnes de café.
Si votre journée de projections presse ne fait qu'empirer, de minute en seconde, vous pourrez cette année vous refaire un coeur battant à coup de Venti Frappuccino à emporter. Eh oui, Starbucks est arrivé à Cannes. Un revers douloureux pour les Europhiles planqués dans le sud, mais une victoire sans conteste pour la profession, qui prend son café (très) large à emporter pour se rappeler qu'on est là pour bosser, pas pour s'extasier sur les tenues du tapis rouge entre deux films.

La ramasse, la vraie. 
La fête cannoise commence en ville, puis s'étend aux alentours de la ville à mesure que la lumière tombe. Vous avez des bars branchés sur le bord de plage pour commencer, puis des bonnes teufs en ville pour le début de soirée. Mais la vraie magie nocturne opère sur les yachts privés et dans les villas des hauteurs, comme l'after-party Gatsby le Magnifique du beau Leo en 2013. Vous pouvez vous saper comme jamais, faire semblant de vous promener dans le coin et tenter d'y accéder. Mais en vrai vous n'avez aucune chance. #sorry. 

Où sont les femmes...?
Le débat politique s'est toujours immiscé à Cannes et ce depuis les plus jeunes années du festival. En 1939, la première édition du festival de Cannes est annulée tandis que la Seconde Guerre Mondiale se prépare dans toute l'Europe. En 1968, le jury l'annule pour soutenir les contestations qui émaillent la France. Depuis quelques temps, le festival se retrouve sous le feu des projecteurs pour son manque de parité. En 1993 seulement, Jane Campione devient la première femme à remporter la Palme d'Or pour La Leçon de Piano. Elle reste la seule femme à avoir reçu une Palme d'Or à ce jour. La même année, plusieurs femmes se voyaient refuser l'accès au tapis rouge si elles avaient eu le malheur de ne pas porter de talons. Cette année, le festival sera encore cette année sur le grill : seulement trois réalisatrices sont en lice.

Mille heures d'essayages cumulées.
Il n'a peut-être pas le succès des Oscars ou le niveau de pêche aux clics d'un gala du Met, mais le festival de Cannes reste tout de même l'épicentre du chic et de la mode. Tout le monde tente sa meilleure imitation vestimentaire du typique "doyen(ne) du cinéma européen". À part les hommes, qui se contentent de smokings. 

Delphine Coulin + Muriel Coulin's The Stopover

Cache ce sein, euh... ce paquet.
Tous les hommes, sauf un. Pour la promotion de Borat, Sacha Baron Cohen avait gratifié les plages cannoises de son désormais culte "mankini" vert fluo. Un maillot venu de l'espace que l'on retrouve désormais dans les enterrements de vie de garçon. Enfin, si ça arrive, changez de potes. Vite.  

Marion, Kristen et les autres.
Cannes s'est lancé de la meilleure manière cette année, avec le nouveau Woody Allen, Café Society, une comédie située dans les années 1930 avec Kristen Stewart et Jesse Eisenberg, unanimement et tranquillement appréciées par la critique. Si sa deuxième projection, Personal Shopper, se passe aussi bien, Kristen Stewart pourrait bien devenir la favorite de la quinzaine pour le prix de la meilleure actrice. Côté français, la coqueluche du festival Marion Cotillard est également présente sur deux films, Juste la fin du monde de Xavier Dolan et Mal de pierres, de Nicole Garcia.

Ah, il y a des films aussi.
Le potentiel "grands films" est assez haut cette année, de Dolan aux chouchous du festival comme les frères Dardenne et Almodóvar. La réalisatrice de Fish Tank, Andrea Arnold, est de retour avec son premier film américain, American Honey ; les sœurs Delphine et Muriel Coulin co-réalisent Voir du pays, suivant deux femmes soldats à Chypre ; et Stéphanie Di Giusto présente La Danseuse, avec Lily Rose Depp à l'affiche. De son côté, Chloe Sevigny fait ses premiers pas de réalisatrices avec Kitty, un court-métrage de 15 minutes racontant la transformation d'une jeune femme en chaton. Voilà. Vous pouvez lire sur i-D notre sélection des films et des actrices à surveiller cette année à Cannes.

Le festival se termine le 22 mai. 

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Texte Colin Crummy

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