la fête de père en fille depuis 1975

La jeune photographe Wanda Martin a rassemblé ses clichés des clubs du East-London actuel et ceux de son père, qui a passé sa jeunesse derrière le Rideau de Fer, en Hongrie socialiste.

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juin 2 2016, 10:15am

Wanda Martin et son père Gábor Martin ont passé leurs 20 ans à des milliers de kilomètres et avec 40 ans d'écart - Gábor derrière le rideau de fer dans la Hongrie communiste et sa fille Wanda dans le Londres d'aujourd'hui. Mais leurs deux séries photos, sur la nuit et la jeunesse de deux époques, montrent que la fête est le concept le plus universel et éternel qui soit. 

"J'ai beaucoup trainé dans les clubs de l'Est londonien, où les contre-cultures continuent de s'établir la nuit," confie Wanda à i-D."Ces gens et ces soirées sont un écho à l'atmosphère dans laquelle baignait nos parents avant nous, celle de la rébellion contre le système politique en place. La voix de la jeunesse a toujours été la même, le message aussi : s'échapper du réel - du travail, du quotidien - et danser, oublier, boire, tomber amoureux, sans que rien ne leur en empêche."

"Ceux d'entre nous qui ont vécu leur adolescence derrière le Rideau de Fer savent à quel point il était difficile de se procurer les objets si désirables de l'autre monde ; les jeans, les vinyles, la mode, tout nous faisait rêver sans qu'on ait le droit d'y toucher, explique Gábor Martin. On était tous fous du jean, mais dans notre école en Hongrie, dans les années 1970, seulement deux ou trois lycéens avaient leur paire de Levis. Le régime politique avait une aversion pour tout ce qui venait de l'Ouest, le continent qui allait 'pervertir la jeunesse'."

"La beat music était une expérience extatique pour nous, on avait tout juste le droit d'imaginer ce qu'était l'Ouest, Gábor continue. On avait juste la chance de pouvoir écouter quelques sons, une fois par semaine le samedi après-midi sur Radio Free Europe/Radio Liberty, enregistrée à Munich, mais la chaîne était censurée donc on entendait des fragments distordus. Et on récupérait des titres de beat music de Yougoslavie. Vous imaginez à quel point la musique occidentale était désirable. On en rêvait secrètement." 

Pour décrire la nature profonde de cette rébellion de la jeunesse en Hongrie, Gábor emploie ces mots "c'était le parfait contre-exemple des contre-cultures occidentales des pays capitalistes. Par exemple, les hippies aux États-Unis se rebellaient eux aussi contre le conformisme des mœurs et de la société. Sous notre régime, la rébellion s'élevait contre l'oppression, le manque de liberté et l'austérité."

Gábor Martin and Wanda Martin

Credits


Texte : Charlotte Gush
Photographie : Gábor Martin et Wanda Martin