Still from "Fetish"

selena gomez ranime l'authenticité de la pop

Comment l'enfant Disney devenue la personne la plus suivie d'Instagram a gagné sa liberté de création là où de nombreux enfants stars ont échoué.

par Alice Newell-Hanson
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04 Août 2017, 10:05am

Still from "Fetish"

L'an dernier, après trois mois de cure pour soigner sa dépression dans le Tennessee, Selena Gomez sort un premier morceau qui commence par la ligne de basse de Psycho Killer des Talking Heads. Ça sent le second degré, c'est assez drôle et franchement cool.

Bad Liar c'était la preuve que Selena Gomez ne se défilerait pas devant ses problèmes. La jeune chanteuse poussait l'aveu jusqu'à arborer dans le clip un bracelet d'hôpital sur lequel était inscrit « Fall Risk ». Et c'est à Jesse Peretz, le producteur de Girls, que revient la réalisation de cette vidéo aux influences très seventies. La photographe Petra Collins a quant à elle capturé le visage trempé de larmes de la jeune dans une lumière rosée. Une esthétique subtilement sexy et non filtrée (marquant une rupture avec des productions stylisées comme Come & Get it) encore à l'honneur dans son nouveau clip réalisé par la même Petra Collins, Fetish.

Selena Gomez est chanteuse professionnelle depuis l'âge de sept ans. Après un parcours classique de petite texane, elle obtient un rôle dans Barney & Friends et se retrouve vite absorbée par la machine Disney, vedette de films pour enfants et de trois albums pop. Pourtant, malgré ses débuts compliqués, l'ex-girlfriend d'un des musiciens les plus adulés sur Terre (Justin Bieber pour ne pas le citer), à la tête d'un compte Instagram regroupant près de 123,2 millions de followers, semble faite pour l'adjectif « authentique ».

Depuis son adolescence et la fin du show Disney Wizards of Wavely Palace, Selena Gomez s'est publiquement battue pour son indépendance. Au lieu de se lancer directement dans une carrière solo comme l'avait fait son aînée Britney Spears, elle a mis la musique entre parenthèses pendant un an pour se lancer là où personne ne l'attendait : dans un film d'Harmony Korine sur un gang d'ados en bikini sévissant dans une station balnéaire de Floride. En 2013, elle expliquait à i-D : « La raison pour laquelle j'ai voulu participer à Spring Breakers, c'est qu'il m'a semblé qu'artistiquement, ce serait une façon d'exister sous un jour complètement différent. »

Et on dirait que le personnage qu'elle incarne dans Spring Breakers lui ressemble. C'était « ce qu'il fallait jouer, l'accord parfait entre un rôle et une actrice. J'aime profondément Faith et je m'identifie facilement à elle » confiait elle lors d'une interview à The Guardian. Il faut dire que c'est un rôle qui suscite aisément l'identification. La scène où Faith monte dans un bus pour abandonner la plage à la recherche d'un lieu sûr est sans doute l'un des plus puissants moments d'accomplissement vus au cinéma ces dernières années. Un instant où Faith se rend compte qu'être la complice en bikini d'un puissant dealer de drogue ne lui ressemble vraiment pas.


À l'instar du tournant observé par le personnage de Faith, la carrière adulte de Selena Gomez a été marquée par sa volonté de préserver sa santé et sa vie privée. En août 2013, après qu'on lui ait diagnostiqué un lupus, elle met un terme à la tournée de son premier album, Stars Dance, pour faire de son traitement une priorité. Et en août 2016, lancée dans un combat contre l'anxiété et la dépression (deux effets secondaires du lupus), elle décide d'annuler à nouveau des concerts afin de prendre sa santé en main. Cette fois, elle arrête de poster quoi que ce soit sur les réseaux sociaux.

Faire le choix du secret ne relève pas de l'évidence lorsqu'on s'avère être la personne la plus suivie sur Instagram. C'est d'ailleurs la transparence de la jeune star vis à vis de son intimité qui a séduit une armée de Selenators, s'identifiant massivement à elle tout en posant les limites de la notion même d'authenticité. Eteindre son téléphone pendant ses 90 jours de thérapie de groupe a sans doute été la décision la plus honnête que Selena Gomez pouvait prendre. « Vous n'imaginez pas à quel point c'était fort de se retrouver avec seulement six autres filles, qui se foutaient complètement de savoir qui j'étais, qui se battaient pour leurs vies. C'est l'une des choses les plus difficiles que j'ai jamais faites, mais c'est sans doute la meilleure, » affirmait-elle à Vogue. Son choix de collaboration avec Petra Collins lui correspond parfaitement : une approche faite de larmes et d'imperfections comme antidote au monde stylisé d'Instagram.

« Les gens voulaient à tout prix que je sois authentique, et lorsque c'est finalement arrivé, il y a eu un comme un énorme soulagement » expliquait-elle en avril à Vogue dont elle faisait la couverture. En décembre 2016, lors de sa première apparition publique après sa deuxième hospitalisation, elle choisit les AMA Awards pour prononcer un discours devenu viral à propos de la nécessité d'évoquer ses combats personnels. « Je me suis montrée très vulnérable vis-à-vis de mes fans et je dis parfois des choses que je devrais garder pour moi. Mais j'ai besoin d'être honnête avec eux. Parce que j'ai l'impression que c'est la raison pour laquelle j'en suis là aujourd'hui. » La réalisatrice Donna Gigliotti a travaillé avec Selena Gomez et confirme à Vogue ce qui la rend si appréciée : ses fans l'aiment « parce qu'elle est particulièrement généreuse et authentique. »

Mais dans la pop music, l'authenticité est autant une question de ressenti que de stratégie. Des artistes comme Katy Perry, Lady Gaga ou Miley Cyrus ont donc récemment tenté de désacraliser leurs personas publiques afin de donner à voir une part plus intime d'elles-mêmes. Cette démarche est néanmoins brouillée par des études marketing affirmant que la génération des millenials est une proie toute trouvée en ce qui concerne l'authenticité : plus on lui en donne, plus elle en redemande. Ce qui revient à faire de ce mot un fourre-tout destiné à créer du buzz plutôt qu'à servir une démarche de vérité.

Mais Selena Gomez est une millenial. Elle connaît les risques du marketing téléphoné, le too much du ventilateur dans les cheveux et le danger de l'autotune. Elle confiait récemment à un journaliste : « Quand on a 15, 16 ,17 ans on se laisse facilement influencer par des adultes qui nous disent 'C'est ce que les gens ont envie d'entendre. Fais cette chanson. Travaille avec ce producteur.' Plus on grandit, plus on a tendance à dire 'Non, en fait ça ne m'inspire pas. Ce n'est pas moi. J'ai l'impression de me mentir à moi-même. Je n'en ai pas envie de faire ça.' »

« Quand j'étais dans mon petit tutu sur scène, ce n'était pas mensonger parce que ça me correspondait réellement. Aujourd'hui je vois beaucoup de gens de mon âge traverser les mêmes choses que moi et je comprends ce qu'ils ressentent. Ce serait mentir que de dire 'La vie est géniale, c'est super !' C'est compliqué d'avoir 20 ans. On évolue tellement. »

En ce qui la concerne, Selena Gomez est aujourd'hui cheffe d'entreprise, productrice exécutive et artiste en charge de sa propre image. « Lorsque je suis sortie de la facilité, je me suis retrouvée très frustrée sur le plan créatif parce que j'ignorais ce vers quoi je voulais aller, déclarait-elle récemment. Je me suis sentie très glamourisée ces derniers temps. Et je crois qu'en ouvrant ce nouveau chapitre musical, je voulais dévoiler une facette un peu plus brute. »

Que ça vous plaise ou non, c'est, comme elle le chante sur Fetish « à prendre ou à laisser ».

Credits


Texte Alice Newell-Hanson

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