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des hommes tout nus ont joué au football au palais de tokyo...

L'artiste londonien Eddie Peake a réalisé une performance mettant à l'honneur le football naturiste : il nous explique pourquoi.

par Stuart Brumfitt
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30 Novembre 2015, 2:55pm

Vendredi à Paris, l'artiste Eddie Peake a réinterprété l'une de ses anciennes performances, Touch, où 5 handballers jouaient à la balle pratiquement nus - ils portaient quand même chaussettes et chaussures aux pieds. Duro, sa nouvelle performance, a élu domicile au Palais de Tokyo le 27 novembre. Nous avons rencontré Eddie afin de comprendre et d'analyser le thème de la nudité dans son art.

"C'est une des ficelles de mon travail que je ne comptais pas réitérer après Touch (qui, d'ailleurs, n'est pas ma première performance footballistique, la première que j'ai conçue date de 2005, lorsque j'étais encore étudiant). Bien que j'adore travailler sur le thème de la nudité, j'ai été attristé de voir la manière dont s'en sont emparés les médias, comme ils ont réussi à en faire quelque chose de voyeuriste ou de déplacé. Mais Paris, pour moi, c'était un contexte différent et j'aime l'idée de m'introduire dans une ville avec un travail qui établit des ponts avec mes oeuvres passées. Si Duro est une nouvelle performance elle se fait néanmoins l'écho de Touch, devenu presque iconique.

C'était aussi le moyen de tenir tête à l'esthétique assumée et chaotique du Palais de Tokyo, où les spectateurs déambulent sans itinéraire préétablit et ne se concentrent pas nécessairement sur une oeuvre en particulier. Le fait que les hommes soient nus frappe évidemment au premier regard, mais ce qui est saisissant c'est surtout de voir à quel point on l'oublie vite. Dans Touch, la performance de 2012, les spectateurs se laissaient emportés par le jeu et oubliaient carrément la nudité des joueurs. 

Tous les joueurs portent chaussettes et chaussures pour différencier les deux équipes. Si j'ai souvent évité les costumes ou vêtements dans mes autres performances, c'est parce que la manière de s'habiller répond à un langage très particulier et je voulais absolument détacher le corps de toute empreinte culturelle ou temporelle. Ma chorégraphie s'inspire de l'histoire de l'art et renoue avec les postures des statues à l'ère classique : cette connexion se fait plus aisément par la nudité.

Dans Duro, la nudité débridée devient banale; ce qu'elle n'est évidemment pas dans notre société. C'est ce qui me fascine, que je questionne et que j'invite à questionner dans mon oeuvre. J'aime l'idée que les gens viennent voir mon exposition ou mes performances et qu'ils prennent part à l'expérience en tant que spectateurs actifs. Se confronter à la nudité suscite et engendre les réactions les plus divergentes - certains sont gênés, embarrassés, étonnés, chamboulés, d'autres se sentent voyeuristes. Mais tous sont conscients de leur présence physique et de leur engagement vis-à-vis de l'?"uvre. Le but n'est pas de choquer, de provoquer ni de titiller gratuitement.  

Le corps humain - dans toute sa diversité - est beau. Il est un instrument artistique excessivement puissant."

Credits


Photographie DURO, 2015, Palais de Tokyo © Eddie Peake © White Cube (Ben Westoby)

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