Dior fall/winter 17. Photography Mitchell Sams.

le béret, le must-have d'une époque pourrie ?

Marronnier français, figure de l'artiste engagé, symbole révolutionnaire : le béret a eu plusieurs vies. Mais il est aujourd’hui, en 2017, l’icône d’une révolution.

par Alice Newell-Hanson
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04 Avril 2017, 8:15am

Dior fall/winter 17. Photography Mitchell Sams.

En mars 2013, Jack Nicholson était pris en photo dans les rues de Paris avec un béret bleu sur lequel était brodé le logo des Yankees de New-York. La boutique officielle de la MLB (Major League Baseball) ne vendant pas de bérets Yankees, celui-ci a été créé ou commandé par Nicholson lui-même, sans doute en prévision de son voyage en France (sur le sol américain, il préfère la traditionnelle casquette des Yankees). L'acteur est aussi fan des Yankees que du béret. En 1975, il portait un béret noir aux Oscars. Il y était nommé dans la catégorie du meilleur acteur pour son rôle dans Chinatown et était venu avec son amante de l'époque, Anjelica Huston. Cette cérémonie avait par ailleurs eu lieu 22 jours avant la fin de la guerre du Vietnam, durant laquelle le béret était porté par les troupes américaines, plus connues sous leur surnom de « bérets verts ».

Le béret représente donc un ensemble de contradictions. Il peut autant symboliser la simplicité à la française, que la complexité d'un auteur, l'autorité militaire ou encore une idéologie révolutionnaire. Le béret est aujourd'hui tellement populaire qu'il en est devenu incontournable. En janvier, Katy Perry portait un luxueux béret Moschino jaune avec un smiley lorsqu'elle a enlacé Gloria Steinem à l'occasion de la Women's March à Washington. Deux jours plus tard, le rappeur coréen G-Dragon se présentait au défilé haute couture de Chanel avec un béret pailleté Karl Lagerfeld qui rappelait le béret rouge de Bianca Jagger à l'époque du Studio 54. Bien qu'il soit probablement le chapeau le plus simple qui existe - sans bords et traditionnellement fait main avec de la laine - le béret possède étrangement des connotations diverses.

Les premiers bérets connus ont été portés par les Grecs anciens sur l'île de Crête environ 1500 ans avant Jésus Christ, il est depuis resté un élément de base des garde-robes d'une partie de l'Europe, particulièrement dans les Pyrénées, où les bergers portent le béret basque depuis des siècles. Le lien entre le béret et le monde militaire remonte lui aux Chasseurs Alpins, qui l'ont utilisé à partir de 1889. Depuis, différents groupes militaires l'ont adopté partout dans le monde, généralement dans des codes couleurs particulier. L'absence de bords, qui permet aux soldats d'avoir une vue dégagée, a fait du béret le chapeau préféré des militaires du monde entier.

Cependant, il est intéressant d'observer que la plupart des personnalités qui ont porté le béret était des révolutionnaires. En 1960, le photographe Alberto Korda immortalisait Che Guevara en Guerrillero Heroico, son portrait le plus emblématique, sur lequel il porte un béret noir brodé d'une étoile de commandant. La photo, qui continue d'orner les sacs à dos, les murs et les portes des chambres d'adolescents aujourd'hui, a consolidé la réputation du béret en tant que symbole de résistance. Les Black Panthers ont eux aussi exploité le pouvoir du béret dans les années 1960, il faisait en effet partie de leur fameux uniforme : béret noir, pantalon noir, veste en cuir noire. Les Young Lords (groupe nationaliste portoricain) de New-York portaient, eux, un béret violet. Enfin, les Chicano Brown Berets (groupe de défense des droits des Mexicains-Américains) avaient choisi ce nom parce qu'ils portaient des bérets marrons - logique.

Lorsque Beyoncé chantait pendant la mi-temps du Super Bowl 2016, ses danseurs portaient des bérets noirs et tendaient leurs poings au ciel en hommage aux Black Panthers. Bien que Rudy Giuliani ait qualifié lors d'une apparition sur FOX News cette prestation « d'attaque envers la police » et qu'elle a créé un gros débat, le reste des téléspectateurs a apprécié la solidarité de la star envers le mouvement Black Lives Matter. Avec un tel historique, le retour au premier plan du béret n'est pas illogique - que ce soit sur les podiums (il suffit de voir les récents défilés Gucci), dans les rues ou sur Instagram. Forcé de faire face à l'augmentation des violences policières et à l'avènement d'une nouvelle droite, nous développons une nouvelle esthétique pour une nouvelle révolution, en assemblant des références de notre passé. 

Credits


Texte : Alice Newell-Hanson
Photo : Mitchell Sams

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