pamela anderson : "la france ne m'a jamais prise au sérieux"

En 2016, si vous portez encore de la fourrure et si vous mangez de la viande, c'est que vous n'êtes plus dans le game. C'est Pamela qui l'a dit. Nous avons rencontré l'éternel objet de fantasme à l'occasion de la présentation de sa collection de...

|
03 juin 2016, 8:54am

Qui est Pamela Anderson ? Un maillot de bain rouge ? Une couverture Playboy ? Une affiche de la PETA ? À propos de Greta Garbo, Roland Barthes analysait dans son livre culte Mythologies que la coqueluche du grand écran du début du siècle dernier illustrait le début de la fétichisation d'un visage au cinéma, transformé en un « admirable visage-objet », inaltérable parce que totalement déréalisé. Pamela Anderson est le totem des années 1990, décennie du basculement décisif dans la civilisation de l'image. Comme Garbo, le visage de Pamela ne peut pas vieillir, puisqu'il semble ne pas vraiment exister. Mais Pamela Anderson n'est pas une star de cinéma. Ni même du petit écran. Combien de nous ont vraiment regardé « Alerte à Malibu » ? Ce qu'on en retient, ce sont surtout des arrêts sur image, des boucles vidéo bloquées en mode « replay » dans l'imaginaire collectif : Pamela Anderson est un visage-objet en format .gif. Premier gif : elle court sur la plage. Deuxième : elle nous adresse un clin d'oeil charbonneux. Troisième : sa silhouette pixelisée se trémousse dans une sex-tape pré-Youporn.

Les gifs ne vieillissent jamais. Certes. Mais en général, on s'en lasse. Format adapté à la consommation ultra-rapide, on y jette un oeil puis on passe au suivant. Sauf peut-être dans le cas de Pamela.gif. Si, au cours des années 2000, on l'avait quelque peu laissée à ses errances, paumée entre un remake du film « Scooby-Doo » et une participation éclair à la version américaine de « Danse avec les stars », les dernières années l'ont vue amorcer un retour en grâce plutôt inattendu. En guise de signe avant-coureur, il y a eu son apparition dans la campagne printemps/été 2010 de Vivienne Westwood par Juergen Teller, totalement décalée, pleine d'humour, shootée dans un terrain-vague de Miami entre une caravane et une laverie automatique. Plus récemment, en septembre dernier, c'était entre les pages du magazine «Out of Order » qu'elle apparaissait,, méconnaissable de sobriété minimaliste, habillée par la toute jeune marque Y/PROJECT. Et puis, dernier épisode : sa collaboration avec la créatrice française Amélie Pichard sur une ligne de chaussures vegan. Retour en vogue des nineties de manière générale, ou véritable changement d'image de la part de la plus éminente représentante des usages et mésusages du crayon à lèvres brun ?

À l'occasion du lancement en grande pompe le 21 janvier, l'ancienne naïade d' « Alerte à Malibu » était à Paris. Pourtant, c'est d'abord en se pointant à l'Assemblée Nationale pour appuyer le projet de loi contre le gavage des oies et des canards qu'elle a fait les gros titres de la presse - mention spéciale au titre de l'Obs, « Un journaliste tape ses confrères pour voir Pamela Anderson ». On l'a rencontrée pour parler médias, réinvention de soi et sexisme made in France.

Vous êtes très douée pour vous réinventer et utiliser l'image de bimbo que les médias renvoient de vous au profit des causes que vous soutenez. Je pense notamment aux campagnes PETA pour lesquelles vous avez posée nue pour inciter les gens à ne pas porter de fourrure...
Merci pour le compliment, mais je ne dirais pas que je me suis réinventée ! En fait, les gens me connaissent mal. Ils savent que j'ai fait « Alerte à Malibu », ils ont lu tous les pseudo-scandales salaces déballés par les tabloïds, et ils ont suivi mes aventures avec différentes rockstars. Alors que je suis juste une fille normale qui a grandi dans une petite ville américaine et qui s'est toujours intéressée aux animaux. Oui, je me suis laissée happer par la machine infernale d'Hollywood pendant pas mal de temps. Mais maintenant, j'ai 48 ans. Avec le temps, j'ai appris de nouvelles choses, fait de nouvelles expériences. Ce sont les gens autour de moi qui se mettent à renvoyer une autre image de moi parce qu'ils se rendent peu à peu compte qu'ils me connaissaient mal, ou seulement par certains aspects. Moi, j'ai juste évolué avec l'âge comme tout le monde.

La collaboration avec Amélie Pichard et l'engouement qu'elle rencontre avant même son lancement montre un retour de hype plutôt inhabituel, dans une industrie de la mode connue pour consommer et consumer la jeunesse à tour de bras. A votre avis, pourquoi ?
Parce que je suis sincère et que j'ai accepté de vieillir. Je n'ai jamais cherché à courir après la jeunesse comme le fait Hollywood. Je suis sortie de ce système-là à cause de cette impasse : nous allons tous vieillir, autant l'accepter. Je le vis très bien, et je pense aussi que nous sommes entrés dans une nouvelle époque très positive, puisqu'on se rend enfin compte que ce qui importe, c'est de sauver la planète. Peu importe l'âge, chacun doit y mettre du sien. La mode peut être l'une des manière d'y contribuer.

Ce n'est que récemment que votre engagement écologique, que ce soit pour PETA, Greenpeace ou dans le cadre de votre propre fondation créée en 2014, a commencé à vraiment attirer l'attention des médias...
Ce travail, ça fait 20 ans que je le mène. Lorsque j'ai eu mon rôle dans « Alerte à Malibu », je voulais profiter de toute cette attention médiatique pour attirer l'attention sur une cause qui me tenait à coeur. Alors je me suis renseignée sur les problèmes écologiques propres à chaque pays : la déforestation, la pollution des océans, l'élevage en batterie... La série était diffusée dans plus de 150 pays à travers le monde, donc je voyageais énormément pour participer à des événements de promotion. Dans chaque pays, je suis rentrée en contact avec les branches locales de la PETA, l'association de défense des animaux. Parler devant l'Assemblée Nationale française ce mardi [le 19 janvier] pour soutenir la proposition de loi contre le gavage des oies et des canards, c'est quelque chose que j'ai fait dans beaucoup d'autres pays. J'écris des lettres aux gouvernements ou je me rends sur place. C'est devenu une seconde nature pour moi. Faire une collection de chaussures vegan est tout aussi important : il faut offrir des alternatives aux gens pour qu'ils puissent porter des habits fabriqués sans que des animaux aient dû souffrir. La mode vegan, ça n'est pas cheap. Ça peut être très luxueux. Notre collection est entièrement produite en France, et c'est bien connu, tout ce qui est Français est synonyme de luxe.

Lorsque vous vous êtes exprimée ce mardi à l'Assemblée, composée en grande majorité d'hommes, les réactions sexistes ne se sont pas faites attendre. Avez-vous l'impression qu'il est difficile pour vous d'être prise au sérieux lorsque vous venez parler de protection des animaux et d'écologie ?
Je suis dans l'activisme depuis très longtemps, et j'ai parlé à plusieurs gouvernements qui m'ont tous pris très au sérieux. Sauf peut-être en France ! La France a toujours eu cette attitude effrontée avec moi. Déjà au moment d' « Alerte à Malibu », les français aimaient bien se moquer gentiment de moi. Ça ne va certainement pas m'arrêter de défendre les causes auxquelles je crois. Et puis c'est aussi Brigitte Bardot, que j'admire énormément, qui m'a invitée à venir en France plusieurs fois, et qui m'a demandé d'aller parler à l'Assemblée. Je l'ai aussi fait pour elle.

Avez-vous un message à faire passer aux jeunes qui ont 16 ans en 2016 ?
Faites vos choix en vous laissant guider par la compassion. Il y a tellement d'options aujourd'hui qu'il est presque toujours possible de faire des choix respectueux de l'environnement. La compassion, c'est sexy, c'est à la mode ! En 2016, si vous portez encore de la fourrure et si vous mangez de la viande, c'est que vous n'êtes plus dans le game.

Credits


Texte : Ingrid Luquet-Gad
Photographie : Campagne Amélie Pichard x Pamela Anderson par David La Chapelle