24 heures avec marlon magnée

i-D et Ma Terrazza ont rencontré Marlon Magnée, le chanteur de La Femme, autour d’un aperitivo à Paris.

par i-D Staff
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05 Septembre 2016, 8:55am

"Countdown to sundown*" est une initiative d'i-D et Ma Terrazza autour de l'aperitivo à travers le monde, mettant à l'honneur ses adeptes les plus créatifs. Aujourd'hui, le chanteur du groupe La Femme , Marlon Magnée, nous rencontre à Paris le temps d'un aperitivo. En partenariat avec Ma Terrazza.

Qu'est-ce que tu ressens à l'idée de jouer avec La Femme lors du festival Ma Terrazza qui vient ? Est-ce que tu as déjà croisé les artistes qui sont à l'affiche comme Breakbot ?
Oui je suis super motivé ! Le programme est génial. On a déjà fait deux ou trois festivals avec Breakbot et ça a toujours été marrant. C'est aussi la première fois qu'on va jouer sur un bateau!

Le titre "Sphinx", tiré de votre nouvel album "Mystère" est accompagné d'un clip dément. Est-ce que vous réalisez toujours vos vidéos ? C'est quoi le processus créatif derrière ?
Merci. On écrit la musique nous-mêmes. Généralement, Sacha (le guitariste) et moi, on réalise aussi les clips mais pour celui-là, il était trop occupé en studio. Du coup, j'ai collaboré avec Aymeric Bergada du Cadet (directeur artistique et ami, c'est lui le cerveau derrière les costumes du groupe). On a eu une idée un peu folle. Comme il travaille beaucoup pour le théâtre, le résultat donne quelque chose de grandiloquent, voire d'un peu scandaleux et ce n'est pas pour me déplaire. Quand on fait une chanson, un concert ou une vidéo, on cherche surtout à transporter le spectateur ailleurs, dans un endroit un peu fantasmé ou rêvé. C'est pour ça qu'on essaie d'inclure de la magie dans ce qu'on fait.

Votre son est difficile à décrire - j'ai lu le terme "psyché", mais c'est aussi clairement influencé par l'électro et le krautrock - comment décrirais-tu ce son et vos influences ?
Je pense qu'il faut attendre un peu avant de répondre honnêtement à cette question. Peut-être que dans 10 ans, on pourra dire simplement ; "Oh, bin La Femme, c'était ça", parce que les genres émergent avec le temps. Notre musique est un mélange de rock des années 1960, de disco et d'electronica - on est vraiment très influencé par la musique électronique des années 1970 et 1980. On n'a pas vraiment de style pré-établi. Il peut y avoir une chanson qui va sonner très "années 1960" alors que la suivante sera plus "années 1980". Malgré toutes ces variations, on aime croire que notre son est reconnaissable entre mille. Côté artistes, j'ouvrirais avec Serge Gainsbourg puis The Velvet Underground et Kraftwerk. J'adore les chansons que Serge a enregistrées pour Martini en 1970 pour des publicités - c'est bizarre et cool à la fois. Dans une des chansons, Les Petits Lolos de Lola, il parle de manger un "gâteau" et ça se termine : "Mais avant ça, je bois un Martini, cela va de soi."

Est-ce que tu te vois comme appartenant à la scène musicale française du moment ou plutôt dans une sorte de phénomène plus global ? Il y a une vague de groupes psyché à l'international comme Tame Impala, est-ce que tu t'en sens proche ?
On est vraiment content parce qu'on est un des rares groupes français qui fait une tournée internationale. D'une certaine manière, on se sent comme des ambassadeurs de la musique française. Quand on va en Asie ou en Amérique, on est assez fier d'être Français et de montrer au monde qu'il y a encore de la bonne musique qui sort du pays. Il y a pas mal de groupes qui ont un son assez proche du notre avec des claviers et des synthés mais en 2010, quand on a commencé, on n'était pas nombreux et encore moins à chanter en français.

Comment tu te sens à Paris ?
J'ai grandi à Biarritz, une petite ville dans le sud de la France avec une culture de la plage, donc c'était blindé l'été et vide l'hiver. J'ai déménagé à Paris quand j'avais 15 ans. Je crois que c'est une bonne chose d'atterrir dans une grande ville quand tu es jeune. Tu rencontres plein de gens, tu t'ouvres à de nouvelles choses, tu te mets à penser autrement et tu t'exprimes totalement. En plus, tu fais des fêtes d'enfer ! À Biarritz, quand j'étais habillé de manière un peu trop excentrique, les gens me traitaient de "tapette" ou de "hippie". À Paris, ça passait. Les gens peuvent s'habiller comme ils veulent. Tu peux être toi-même dans la rue, c'est juste cool. Quoi que tu portes. Il y a plein de nouvelles soirées "underground" à Paris, dans des usines, des entrepôts, des sous-sols, un peu comme à Berlin. J'ai un peu l'impression que la capitale est en train de revenir à la vie.

C'est quoi pour toi la nuit idéale ?
Généralement, elle commence avec l'apéro. J'adore l'apéro. C'est super français. Moi et mes amis dans un lieu "chill", une terrasse ou un parc si le temps le permet. Et après on voit ce qui se passe. Je crois que si tu commences à faire un programme de ta nuit, ça va pas le faire. Alors que si tu laisses un peu de place à la spontanéité, ça va être énorme !

Comment décrirais-tu ton propre style ?
Quand j'étais petit, je m'intéressais déjà à la mode et à la musique. À 13 ans, j'étais à fond dans le punk et je m'habillais donc en conséquence. À 15 ans j'ai eu mon trip rockab' et je m'habillais aussi en conséquence. Ouais, j'ai eu pas mal de phases ! Les puristes diront que j'ai trop souvent changé de style mais au final, je les ai tous adorés. Je dirais donc que mon style personnel est plutôt éclectique. Si tu viens dans mon appartement, tu verras qu'il y a des fringues qui appartiennent à plein d'époques et de mouvements différents. J'aime bien mettre des costumes trois-pièces comme une doudoune avec un vieux jean, tu vois ? Parfois, je suis aussi tout nu avec un kimono.

OK. Totalement nu avec juste un kimono par dessus ?
Quand on joue l'été, ça m'arrive de me foutre complètement à poil et de porter juste un kimono sur scène et aussi après en backstage et dans le festival. Bon, je précise que ce n'est pas tout le temps le cas. Je porte parfois en dessous un tout petit caleçon. 

Photographié à Ober Mamma

Ça fait quoi d'être immortalisé par Hedi Slimane pour Saint Laurent ? Comment s'est déroulée votre rencontre ?
C'est chanmé. J'ai croisé Hedi au Psych Fest et on est immédiatement devenu pote. Quelques mois après, il nous a demandé de poser pour la campagne Saint Laurent. J'étais un peu stressé au début parce qu'il y a des membres du groupe qui ne sont pas très à l'aise à l'idée d'être pris en photo pour un "truc de mode". Mais Hedi pensait d'abord à la musique et à nous "shooter" pour ce qu'on était - c'est selon moi ce qui fait de lui un grand photographe. Je n'aurais pas pu faire confiance aux directeurs artistiques des autres marques mais avec lui, j'étais rassuré.

C'est aussi comme ça que tu as rencontré Grace Hartzel, qui a fait la couv' d'i-D ?
Yes ! Je l'ai croisée lors d'une soirée Vogue à Paris, quelques mois après la séance avec Hedi. Quand je l'ai vue pour la première fois, je me suis dit "C'est un tournesol". Elle m'a retourné le cerveau. Comment une fille aussi jolie, qui cartonne dans le mannequinat, peut être méga terre à terre et sympa. J'étais habillé super bizarrement. J'avais décidé de me teindre tous les poils en noir d'un côté et en blond de l'autre. Donc les cheveux, les sourcils, la moustache et aussi sous la ceinture. Grace était super marrante et on s'est kiffé direct. Je l'ai invitée à danser pendant le dîner alors que tout le monde était assis. Il y avait un groupe qui avait commencé à jouer et alors qu'on était devant littéralement tout le gratin de la mode, tout le monde s'est levé pour venir danser avec nous. C'était super.

Photographié à Ober Mamma

Pour plus d'infos sur Ma Terrazza, c'est ici.

*Countdown to sundown = Jusqu'au coucher du soleil

Credits


Texte : Will Handley
Photographie : Thomas Smith
Lieu : Ober Mamma 

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