whoopi goldberg, natasha lyonne et aidy bryant ont défilé pour opening ceremony

Le duo Carol Lim et Humberto Leon signe le défilé le plus politique et le plus drôle de la cette saison.

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sept. 14 2016, 9:40am

Imaginez Fred Armisen s'exciter dans un micro et commenter "Cette fringue a été conçue pour un gamin. C'est une taille enfant, non ?" alors qu'une mannequin vêtue d'une robe bleu roi à collerette (et dont la taille adulte ne fait aucun doute) s'apprête à fouler le podium. Imaginez aussi, quelques secondes plus tôt, son acolyte Carrie Brownstein commenter le passage d'une autre mannequin au crane rasé, de longues bottes de cuir aux jambes, et la comparer à Elfe, la petite fille aux pouvoirs télékinésiques de Stranger Things. Voilà en résumé ce à quoi ressemblait le défilé printemps/été 2017 d'Opening Ceremony. Et si la configuration du défilé / concours de miss a pu en surprendre plus d'un, les deux présentateurs (incongrus, disons-le) avaient pourtant averti leur audience à l'entrée du Javits Center : les mannequins qui fouleront le podium d'Opening Ceremony ne seront pas toutes mannequins. "Ne les regardez pas" hurlait alors Armisen dans son micro. 

Facile à dire, beaucoup moins à faire. L'audience avait les yeux rivés sur les personnalités arpentant fièrement le podium avant de répondre à des questions type "Miss Monde" sur l'état actuel du monde, en fin de parade. En ordre d'apparition, ont participé au concours... non pardon, au défilé : Ali Wong, Rashida Jones, Natasha Lyonne, Alia Shawkat, Rowan Blanchard, Jessica Williams, Diane Guerrero, Aidy Bryant, Aubrey Plaza, l'activiste LGBTQ Sarah McBride, et Whoopi Goldberg. Oui, vous avez bien lu Whoopi Goldberg !

Encore une fois, les deux têtes pensantes d'Opening ceremony, Carol Lim et Humberto Leon, ont excellé dans l'art du spectacle. Leurs défilés précédents avaient déjà placé la barre très haute : des Lamborghinis, de la danse expérimentale, des vaisseaux en lévitation, ou encore une pièce de théâtre écrite à quatre mains par Spike Jones et Jonah Hill. Depuis toujours, Lim et Leon dépassent les cadres de la fashion week, se désencombrent de ses conventions et proposent une immersion dans leur univers plein d'humour. Leur dernier défilé en est la preuve ultime. 

"Nous voulions absolument faire passer un message avec humour, amuser les gens. Faire rire les gens est la meilleure façon de les toucher" expliquait Leon en backstage. Le duo voulait cette fois-ci toucher la conscience politique du public et défendre les bienfaits de l'échange entre cultures. 

Les mannequins défilaient sur fond de drapeaux rappelant ici l'aspiration première de cette nouvelle collection soit un hommage à l'héritage multiculturel des États-Unis. Les questions que Carrie et Fred posaient aux filles sur le podium couvraient à peu près tout ce qu'il y a de politique, allant des droits des femmes, à l'immigration en passant par le vote. Ce dernier thème, Lim et Leon voulaient absolument appuyer dessus. On trouvait d'ailleurs des urnes  "Rock the Vote" disposées un peu partout autour du podium. 

La date du défilé n'était en rien anodine - Carol et Humberto ont en effet choisi le 11 septembre pour présenter leur nouvelle collection. "C'était la meilleure chose à faire" expliquait Leon sur leur approche. "Nous voulions que le défilé prenne la forme d'une célébration et qu'il rappelle aux gens de se poser des questions sur les enjeux primordiaux de notre époque. Nous sommes à quelques mois des élections présidentielles. Le timing était donc parfait pour faire de cette collection un message, au-delà de la mode." 

Chaque passage était ponctué d'un discours : Rashida Jones s'est exprimée sur la crise des réfugiés, Aidy Bryant exhortait les femmes à reprendre confiance en elles en performant un body-shake inoubliable tandis que Rowan Blanchard et Fred Armisen prêchaient le féminisme et l'égalité des droits entre hommes et femmes. On n'oubliera pas les quelques mots de la reine Whoopi qui, de toute sa grâce, a dit : "Il n'y a qu'aux États Unis qu'une femme comme moi peut se retrouver à défiler sur un podium".  

Les vêtements, eux aussi, étaient très politiques. Lim et Leon se sont inspirés de l'imagerie de l'histoire de l'immigration américaine et de celle de leurs parents eux-mêmes issus de l'immigration. Les pièces du défilé ont toutes été conçues selon des techniques et matières traditionnelles américaines - comme le smock ou la maille pointelle - déclinées dans des tons bleus qui évoquaient le large des côtes américaines. Les designers se sont également inspirés d'images d'archives de l'histoire coloniale du pays pour rendre une vision optimiste, ouverte et tolérante des États-Unis. "Voilà ce qu'était la mission de notre défilé" commente Leon avant d'ajouter, "Rassembler des personnes d'horizons différentes et leur donner l'opportunité d'exprimer un message." 

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Credits


Texte : Alice Newell-Hanson
Photographie : Mitchell Sams