la leçon de survie de mary j blige

« Faire de la musique est un remède pour moi. En la partageant, elle devient un remède pour les autres aussi. » Nous avons rencontré la reine-mère du r'n'b pour parler de rédemption, d'amour et des disques qui l’ont forgée.

par Hattie Collins
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13 Janvier 2017, 10:45am

Mary J Blige a connu une année 2016 difficile marquée par la surmédiatisation de sa rupture avec son manager et mari, Kendu Issacs. Mais ce divorce ne brisera pas la carrière de Mary J Blige. La chanteuse a en effet su tirer beaucoup de leçons de ses 45 années d'existence. La douleur et le déchirement ne lui sont pas inconnus et elle a plusieurs fois démontré sa capacité à surmonter les obstacles. Après avoir vécu une enfance et une adolescence difficile, elle a persévéré pour accéder à la gloire qui est la sienne aujourd'hui, en travaillant notamment avec un grand nombre d'artistes au cours de ses 24 années de carrière. Mary J Blige compte parmi ses amis et collaborateurs des artistes tels que Notorious B.I.G, Sam Smith, Disclosure, Drake, Lil Kim, Elton John et le regretté George Michael. Fervente défenseuse de la lutte contre le sida et les violences conjugales, ce qui caractérise Mary J Blige est sa capacité à retranscrire sa douleur à travers chacune de ses notes et sa volonté de partager son monde, dans les bons comme dans les mauvais moments. Comme elle le dit, la musique a été pour elle une échappatoire. Elle y a trouvé un moyen de prendre confiance en elle et une forme de rédemption après ses années passées dans les quartiers populaires New-Yorkais. « Le hip-hop et le R'n'b étaient pour nous des échappatoires, on survivait grâce à la musique. » Et c'est grâce à sa musique que des millions d'autres jeunes femmes ont pu trouver une forme de salut avec des titres puissants comme Real Love, Be Without You, Everything, No More Drama, Not Gon' Cry, I Love You et Family Affair. Son nouveau single Thick of It, a été un triomphe. La seule et unique Mary J Blige a accepté, pour i-D, de revenir sur son année et sur sa carrière.

Alors que l'année 2016 a été compliquée pour beaucoup d'entre nous et que l'année 2017 commence, je me demandais si tu avais quelque chose à nous dire. Tu as traversé des épreuves compliquées, comment as-tu fait pour t'en remettre ?
Je dis souvent que si vous n'avez pas d'amour-propre, vous n'avez rien. Vous ne pouvez pas avoir de relation amicale, vous ne pouvez pas avoir de relation amoureuse, mais surtout vous ne pouvez pas avoir de relation avec vous-même. L'amour-propre engendre la confiance en soi et en la vie. Mais c'est un processus particulier. Personnellement, je me sens bien, par rapport à ma vie, par rapport à moi-même, mais j'ai eu besoin d'apprendre tout ça. J'avais des doutes et je ne m'aimais pas vraiment parce que je croyais en ce qu'une autre personne pensait de moi. Tout ce que quelqu'un a de négatif à dire sur toi, tu le crois. Et ça devient très vite usant de vivre pour et avec des gens qui n'en valent pas la peine. Crois moi, il ne faut pas les écouter. Donc il est vraiment important d'aimer le dieu qui se trouve en vous. C'est un travail quotidien car la négativité du monde rend le procédé plus difficile. Il vous faut des bases, des bases qui disent, « Ok, ces cheveux semblent très beaux, mais est-ce vraiment important ? Les ongles sont-ils vraiment importants ? Non. Il ne faut pas se préoccuper de ces choses-là, il faut plutôt se demander, qui suis-je ? Est-ce que je m'aime ? » Il faut trouver un ami en soi-même. Ça a été difficile pour moi, croyez-moi. J'ai oublié toutes les choses négatives et que je ne peux pas changer, parce que je ne peux rien y faire. Par contre les choses que je peux changer, je peux agir, travailler dessus. Toutes ces choses-là font ma personne, les bonnes choses comme les mauvaises. C'est moi. Et je m'aime. Tu vois ce que je veux dire ?

Tu as mentionné « Dieu » ; comment encouragerais-tu quelqu'un de non-croyant à trouver sa propre voie ?
Ce n'est même pas une question de religion, c'est une question d'esprit. Ton esprit doit être nourri par des choses positives. J'ai dû me rendre compte de cela parce qu'en continuant à traîner avec des gens qui me disaient constamment « Tu n'es pas ci, tu n'es pas ça », je n'aurais pas évolué. Il faut trouver du bon en soi ; c'est comme une graine qui peut potentiellement germer si vous l'arrosez assez. J'ai eu peur pendant longtemps. Il y a 5 ans, j'étais très effrayée par ma propre personne. J'avais peur de mon pouvoir, j'avais peur de m'aimer, j'avais peur de savoir qui j'étais à cause de ce que les gens disaient de moi. Tout ce que tu as c'est toi-même. Vraiment. Es-tu capable de te regarder dans un miroir et de te poser les bonnes questions ? C'est plus facile à dire qu'à faire, j'ai fait ce travail pendant longtemps. J'ai dû apprendre à m'aimer.

Tu as eu une enfance assez difficile. Comment est-ce que ces expériences ont influencé ton identité en tant que jeune adulte ?
L'environnement joue un rôle très important. En grandissant j'ai dû faire des choix. Je ne voulais pas croire que je n'étais pas belle, que je n'avais pas assez de qualités, ça me rendait malade. Il faut faire les bons choix car tes parents ne les font pas forcément. Ce sont les modèles les plus importants mais au final ils ne peuvent pas prendre de décisions à ta place. Il m'a fallu beaucoup de temps pour combler le vide qu'ils ont laissé en me donant peu. Si tu n'aimes pas ta vie, les gens ne l'aimeront pas pour toi. Si tu aimes ta vie, les gens l'aimeront avec toi.

Comment penses-tu que ta musique ait amélioré la vie de certaines jeunes femmes ?
Je pense que beaucoup de femmes que je rencontre se réfèrent directement à certaines de mes chansons. J'entends parfois « What's the 411 m'a beaucoup aidé pendant mes années de collège. » Ou encore « Not Gon' Cry m'a aidé à sortir d'une relation malsaine ». Si ça engendre ce genre de réaction chez les gens c'est sans doute parce que ça a été la même chose pour moi.

Qu'est-ce que tu écoutes quand tu es triste ?
Ce qui est vraiment bizarre c'est que je n'écoute pas vraiment de musique - ou j'écoute du old school. Stevie Wonder ou les Jones Girls. Je reste au calme (rires). Je prie, j'écoute du gospel ou du r'n'b, des trucs qui me relaxent et qui me permettent de réfléchir. Je réfléchis à ce que je veux vraiment faire et à comment est-ce que je vais le faire.

Ton nouveau single, Thick of It, ressemble à une piqûre de rappel de l'époque de 411 ou My Love. Des beats très puissants teintés d'une douleur presque triomphante.
Carrément. J'ai écrit ça avec Jazmine Sullivan, l'une de mes chanteuses préférées, elle est phénoménale. Elle n'est pas assez reconnue selon moi, elle mérite bien plus. Écrire avec elle a été une super expérience. L'album a été écrit dans la perspective d'une femme tentant de sauver son mariage, en tout cas au début. Puis ensuite lorsque j'ai perdu ce « combat », les textes ont changé, beaucoup de choses ont changées… Je voulais travailler avec Jazmine alors je l'ai appelée et nous nous sommes vraiment bien entendues. Je savais que ce serait une bonne chose de travailler avec elle, mais je ne savais pas que tout cela allait être entravé par le divorce et tout le reste… Je ne pensais pas que ça allait arriver.

Quelle direction a pris l'album depuis le divorce ?
L'album s'appelle « Strength of a Woman » et certaines des chansons ont été écrites alors que j'étais encore mariée. J'écrivais beaucoup de trucs… c'était assez bizarre. C'est écrit dans la perspective d'une femme qui a dû se sortir constamment de situation compliquée, d'où le titre de l'album.

Qu'est-ce que tu veux dire ?
Se trouver au milieu de gens qui devraient faire preuve de bienveillance à ton égard mais qui ne le font pas. Tu dois te débrouiller seule. Tu as l'impression que tu ne vas pas y arriver mais cette force intérieure te permet de continuer, elle te pousse à sortir, à être souriante durant les interviews alors que tout le monde se moque de toi, partout dans le monde. Tout le monde parle de tes problèmes et se moque de toi. Mais toi-même, et Dieu, sont les seules personnes qui peuvent te sauver. La force, qui provient de ma foi, m'a sauvée. Voilà pourquoi est-ce que cet album est appelé « Strength of a Woman ».

Je ne pourrais même pas m'imaginer vivre une rupture aussi médiatisée.
C'est vraiment désagréable. C'est dégoûtant parce que tu ne veux pas de cette médiatisation mais une fois que le dossier est au tribunal, en sachant que les tabloïdes ont des bureaux dans ces mêmes tribunaux, tout le monde est au courant de l'histoire. Mais de nos jours ça fonctionne comme ça. Voir à quel point les gens peuvent être méchants, c'est difficile. En plus ça n'est pas la première fois que ça m'arrive. C'est vraiment… « arrrgghhhhh ».

Est-ce que tu arrives à voir ces choses-là en te disant : « C'est une partie de ma vie, c'est difficile mais ça va bientôt passer. » ?
Oui, absolument. C'est pour ça que mes lives commencent toujours par une sorte de revue de presse, parce que c'est là que je suis, au cœur de l'action. C'est très dur mais je reste très forte. Enregistrer l'album et le partager lors de concerts est la meilleure des thérapies. Donner de l'énergie et en recevoir de mes fans. C'est pour ça que je leur dis toujours à quel point ils sont importants pour moi, parce qu'ils ne s'en rendent vraiment compte. On a vécu beaucoup de choses ensemble, ils ont toujours été là pour ma douzaine d'album. Donc ça n'est rien d'autre qu'une célébration.

Pourquoi avoir fait de la musique et pourquoi en faire aujourd'hui ?
Parce que ça m'aide beaucoup. C'est thérapeutique. C'est une échappatoire. Et les gens qui me suivent en ont aussi besoin. Ils ont besoin de tout ce que je vis parce que certains vivent la même chose et on peut se soigner ensemble. C'est un remède, pour moi et pour les gens. Ça nous soigne, tout simplement.

Quelle a été la première chanson que tu as enregistrée ?
La première fois que j'ai enregistré, je ne suis pas sûre, peut-être Don't Go Away, je n'avais pas signé sur un label ou quoi que ce soit. Mais ces gens croyaient en moi, ils avaient un studio d'enregistrement dans leur maison, j'ai enregistré et ils ont adoré. J'avais l'impression d'avoir des ailes. Le chant m'a toujours permis de m'échapper, depuis toute petite. J'ai toujours eu l'impression que le chant pourrait me permettre de voler, de pouvoir soigner. J'avais tellement d'émotions lorsque je chantais, et ça se ressentait dans les chansons.

Quels étaient les styles musicaux préférés de tes parents ?
La soul. Ma mère écoutait que ça ; Aretha Franklin, Jackie Moore, Gladys Knight, Mavis Staples, Betty Wright, Otis Redding, Sam Cooke, les OJ's, les Spinners. Mon père lui, quand il était là, parce qu'il était musicien dans un groupe funk, il jouait Parliament, Earth, Wind & Fire, Grateful Dead, Kool & The Gang ou B.T. Express…

Quand as-tu commencé à développer tes propres goûts musicaux ?
La première chanson dont je me souviens c'est Reunited (Peaches & Herb), j'avais sept ans. Je me souviens écouter cette chanson et devenir complètement folle. Cette chanson m'a donné envie de tomber amoureuse et de chanter. Encore aujourd'hui quand j'y pense je ressens les mêmes sensations. C'est à ce moment-là que j'ai su ce que je voulais faire de ma vie. Ensuite il y a eu le hip-hop, les Funky Four + One More, puis Eric B et Rakim, puis EPMD et les Jungle Brothers. Le hip-hop et le r'n'b nous permettaient de survivre.

Allais-tu à des concerts, à des fêtes, à des soirées quand tu étais jeune ?
Mon premier vrai concert c'était New Edition et Al B. Sure. Mais à l'époque les soirées se faisaient souvent au milieu des bâtiments, on branchait les platines dans les squares et on faisait de la musique pour tout le quartier, on dansait comme des fous, et les DJ passaient tous nos disques.

Y'a-t-il une chanson que tu aurais aimé faire ?
Je dirais Crazy In Love. Cette chanson est incroyable. La première fois que je l'ai entendu je me suis vraiment dit qu'elle était exceptionnelle. Tout l'album était génial. Il y avait aussi Amerie avec son titre 1 Thing, et Rich Harrison aussi, mais Crazy In Love était au-dessus, j'aurais aimé que ce soit ma chanson.

Tu as travaillé avec tant de grandes stars internationales... Qui t'a appris le plus ?
Avec Elton c'était vraiment trop cool parce qu'il est drôle et c'est une personne normale ! Method Man aussi. Enregistrer ce morceau a été une bonne expérience. George Michael c'était super aussi. C'était vraiment un homme bien, très, très bien.

Qui est ton meilleur ami dans le monde de la musique ?
Wow, j'ai beaucoup de très bons amis, donc je ne peux pas dire que j'ai un meilleur ami. C'est une grande famille ; c fait parti de ma famille, c'est mon frère. Missy Elliot est une très bonne amie, Lil Kim et moi on est assez proches. J'ai aussi des amis de longue date, Busta Rhymes est l'un de mes meilleurs amis dans le monde de la musique, c'est l'un des plus sympas. J'ai tellement de bons amis, je vais m'arrêter là parce que je ne voudrais pas que les gens pensent que je les ai oubliés.

Mary will release Strength of a Woman in February.

Credits


Texte Hattie Collins