Alec lleva camiseta de Margaret Howell. Chaqueta (sobre el suelo) de Prada. Josh lleva jersey de Prada

seule la terre, la touche d'espoir qui manquait au cinéma queer

Alors que le film sort aujourd'hui en salle, i-D a rencontré Josh O’Connor et Alec Secareanu, les acteurs à l'origine de cette romance gay au coeur du Yorkshire.

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déc. 6 2017, 9:59am

Alec lleva camiseta de Margaret Howell. Chaqueta (sobre el suelo) de Prada. Josh lleva jersey de Prada

Cet article a initialement été publié dans i-D's The Acting Up Issue, no. 349, Fall 2017.

Deux garçons rentrent chez eux après avoir labouré un champ, se préparent du thé et s’installent devant leur télé pour une soirée bingewatching. Ils regardent quelques épisodes de la série HBO Vinyl, des films devenus des classiques queer (Moonlight, Brokeback, Weekend) et un peu de Summer Heights High pour rire un bon coup. Ils passent le reste de leur soirée à imaginer la façon dont ils feront l'amour demain soir en pleine campagne.

Non, il ne s’agit pas d’un épisode classé X de L’Amour est dans le pré, mais bien de la préparation d'une scène clé de Seule la Terre. Pour son premier film, le scénariste et réalisateur Francis Lee raconte l'histoire d’amour de Johnny et Gheorghe, deux jeunes fermiers issus de la campagne travailleuse du Yorkshire. Ces moments d’intimité confortable, ce sont donc ceux qu’ont vécu les acteurs Josh O’Connor et Alec Secareanu dans une ferme de Keighley pour préparer la romance qu’ils s’apprêtaient à vivre à l’écran. C’est donc dans cette ferme qu’après le dîner, ils se sont installés devant la télé pour décider de la façon dont ils se rouleraient dans la boue le lendemain.

« Je me souviens que dans notre cottage, il y avait des points tracés sur le mur pour nous aider à chorégraphier notre scène de sexe, affirme Josh, 27 ans, à qui a été confié le rôle d’un fermier bourru, à l’opposé de la douceur de Gheorge, le personnage de travailleur immigré qui lui fait face. Nous avions deux pages de script. On aurait dit une danse. ‘Johnny attrape Gheorge. La main gauche de Gheorge saisit celle de Johnny. Ils tombent à terre, ils s’envoient des coups dans la poitrine. ’ Nous avons chorégraphié cette scène dans le moindre détail. »

Alec porte un blazer Neil Barrett. Veste (portée en dessous) Margaret Howell.

Mais quelques étapes ont précédé cette danse. Seule la Terre commence dans une ambiance sombre : Johnny reprend à contrecœur la ferme familiale après l'attaque subie par son père. La façon dont il gère cette nouvelle responsabilité a de quoi laisser perplexe. « La vie de Johnny consiste à se lever, cultiver la terre, se soûler la gueule, baiser mécaniquement, vomir, finir dans son lit et reprendre son travail agricole, explique John dans un studio photo lors d’une chaude journée d’été à Londres. Johnny est quelqu’un qui vit sans amour. Il n’en reçoit pas et il est incapable d’en donner ou de se montrer vulnérable. Il se contente de travailler, de boire comme un trou et de baiser de temps en temps. »

Brillamment diplômé de la Bristol Old Vic Theatre School, Josh est né à Cheltenham. Avant Seule la Terre, l’acteur avait déjà expérimenté le bingedrinking à l’écran, après une apparition remarquée dans la satire du Bullingdon Club, The Riot Club. De son jeu dans Bridgend, drame autour du suicide adolescent sur fond de classes ouvrières au Pays de Galles, jusqu’au pittoresque de la comédie du dimanche soir The Durrels, Josh semble aimer traverser les barrières des catégories sociales. Pour Seule la Terre, il s'est détaché avec élan de ce dernier film - la scène d’ouverture voit Johnny s’en prendre à un jeune commissaire-priseur lors d’une bourse au bétail.

Pantalon Stone Island. Marcel appartenant au modèle.

Johnny est alors sur le point de sortir de ses gonds, mais l’arrivée d’un beau garçon l’aide à se tirer de la situation. Gheorghe est la seule personne à avoir répondu à son offre de travail agricole temporaire, pourtant, il se met à détester son boss à peine après avoir commencé à travailler. Une réaction encouragée par le réalisateur qui a choisi de séparer ses deux acteurs principaux durant les premières semaines de tournage. Pour faire éclore cette romance à l’écran, les acteurs ont ensuite ensemble, jusqu’à passer des soirées télé cosy à bingewatcher des séries sur le même canapé. Cette quête d’authenticité s’est étirée à travers la temporalité même du tournage : tout a été tourné de manière chronologique, et toutes les scènes d’élevage ont réellement eu lieu.

« Nous avons appris à faire des piqûres, à dépecer des lapins, à donner naissance à des agneaux et même à faire du fromage. C’était assez intense », lance Alec dans un rire. Il a délaissé la douceur printanière de Bucharest, sa ville d’origine, pour venir tourner dans le froid glacial du Yorkshire. « Les deux premières semaines ont été difficiles. On m'a tout de suite demander de travailler à la ferme, ce qui me branchait moyennement, dit-il, avec le mélange de douceur et d'intensité qui rend son personnage si charmeur. Mais ça m’a permis de construire mon personnage. Gheorghe a probablement ressenti le même sentiment en arrivant en Angleterre, la même dépression et le même isolement. »

Alec porte une veste et une chemise Belstaff. Son T-shirt appartient au styliste.

Dans Gold’s Own Country, l’histoire de Gheorghe s’accorde avec celle de Johnny, pour devenir un reflet de l’expérience migratoire. Personne ne demande à Gheorghe pourquoi il est arrivé ici, ce qu'il y fait, ni d’où il vient. Mais le personnage d’Alec a quelque chose de si mystérieux qui semble appartenir au passé. « Avec le temps, Gheorghe finit par développer des techniques de survie, puisqu’il ne veut qu’une chose : travailler, explique-t-il. C’est la raison pour laquelle il garde la tête baissée. Jusqu’au moment… »

Jusqu'au moment où les deux jeunes hommes se retrouvent à travailler ensemble durant la saison de reproduction des agneaux. Jusqu’alors, Johnny déteste le travailleur saisonnier, mais leur cohabitation forcée sur la colline va faire basculer leur mission agricole du côté de Brokeback Mountain. Ils finissent par coucher ensemble - mais pas de la façon dont Johnny s’est habitué à consommer le sexe - et leur rapport change radicalement.

Josh porte un pull et un pantalon Iceberg.

La comparaison avec Brokeback a fermement collé à Seule la Terre, malgré les récompenses glanées par le film de Francis Lee aux derniers festivals de Sundance, Berlin et Edinburgh. Le film invite lui-même au rapprochement, en rendant hommage à la romance des cowboys gays à travers deux scènes clés. Mais une fois sa dette payée à l’œuvre d’Ang Lee, le film bascule dans un autre registre. À la différence de Brokeback, ce n’est pas l’homophobie qui entrave le destin des deux jeunes hommes, mais bien d’autres forces. « Ce qui empêche Johnny de vivre pleinement cette relation n’est pas sa dimension sexuelle, confie Josh à propos de son personnage, ce qui lui manque, c’est l’intelligence émotionnelle pour donner une chance à cette relation et s’autoriser à se montrer vulnérable. »

Cette distinction n’empêche pas Seule la Terre de s’ajouter aux canons du genre queer. Le parcours du film en festival a permis aux acteurs de juger des réactions du public face à l’issue réservée à la romance entre Johnny et Gheorghe. « Les personnes LGBT nous ont dit que ce film leur était nécessaire parce qu’il était porteur d’espoir, affirme Alec, conscient de dévoiler la conclusion du film. La plupart des films LGBT sont privés de happy ends : ils se terminent tragiquement, avec un meurtre, un mort ou un cas de SIDA. Ce film laisse entrevoir l’idée que les choses peuvent aussi bien se terminer. »

Crédits


Texte Colin Crummy
Photographie Clare Shilland
Stylisme Hanna Kelifa

Grooming Hiroshi Matsushita avec Oribe Hair Care. Assistance photographie Andy Moores. Assistance stylisme Pippa Atkinson.