4 raisons de (re)voir michael jackson dans « moonwalker »

Pour célébrer les 50 ans des premiers pas de l'homme sur la Lune, Arte diffuse une série de films, concerts et documentaires en lien. Ce soir : le surréaliste Moonwalker du King of Pop.

par Antoine Mbemba
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18 Janvier 2019, 10:17am

Trop d'anniversaires cette année - on s'y perd. Réduisons la liste à deux, si vous le voulez bien. L'un révolutionnaire, l'autre simplement triste, et tous les deux générateurs de théories du complot. Il y a d'abord le cinquantenaire de la mission Apollo 11, qui a vu l'homme marcher pour la première fois sur la Lune et ensuite les dix ans, le 25 juin prochain, de la mort de Michael Jackson. Quel rapport me direz-vous ? Il tient en un mot, un film, la vision d'un homme un peu perché : Moonwalker. Sorti en 1988 sous les acclamations et l'incompréhension des spectateurs comme de la critique, le film est une suite de clips des tubes de l'album Bad, sorti un an avant, au milieu desquels se balade un scénario pour le moins... déroutant. Si vous êtes passés à côté de Moonwalker ou que vos souvenirs d'enfant vous font défaut, aucun problème : voici 4 bonnes raisons de vous (re)plonger dans cette bizarrerie cinématographique, ce soir sur Arte.

1. Il n'y a pas de scénario... et c'est génial.

Michael Jackson a toujours voulu être une star de cinéma. En 1984, son éternel rival Prince le prend de court avec Purple Rain, Oscar de la meilleure musique en 1985. Michael n'aime pas le film, mais il veut le sien. Quelques années plus tard il se lance donc dans la production de Moonwalker, finance les 20 millions de dollars qu'il coûte avant même la sortie de son album Bad, pour faire coïncider les deux. L'idée est de retranscrire visuellement la puissance de Bad (son meilleur album, soyons honnêtes) dans une série de clips longs formats. Histoire de légitimer un peu la démarche, il semble bon au King de glisser dans la deuxième partie du film un semblant de scénario : Michael protège trois enfants (dont Sean Lennon) d'un malfrat, Mr. Big, dans le Chicago des années 1930. Le bien contre le mal. Et c'est à peu près tout. Les critiques les moins élogieuses à l'époque portent sur l'aspect totalement bancal de la narration. Mais c'est exactement ce qui fait le charme de cet OVNI. Moonwalker aurait pu être un simple album visuel superbement ficelé, mais non, c'est un récit surréaliste sans vrai fil rouge, un enchaînement de courts-métrages sans trop de lien à part qu'on y voit Michael Jackson déambuler avec trois gosses dans des mondes imaginaires. Et pourquoi s'encombrer d'un scénario quand on a Michael Jackson ?

2. Le film contient la version longue de « Smooth Criminal »

D'accord, affirmer que Bad est le meilleur album de Michael Jackson, c'est peut-être y aller un peu fort. Mais bon courage pour me convaincre de la supériorité d'un disque qui ne contient pas « Smooth Criminal » ou « Dirty Diana ». Vous l'avez compris, l'intérêt premier de Monnwalker réside dans les clips d'une dizaine de minutes qui rythment le film. Le film s'ouvre sur la captation d'un live de « Man In The Mirror » mêlée à des images d'enfants en Afrique, de Martin Luther King, Mandela, Ghandi, Mère Theresa ou Jesus Christ... pourquoi pas. Puis vient une version comique du clip de « Bad », intitulée « Badder », rejouée par des enfants danseurs sacrément impressionnants (oui les enfants sont le leitomtiv, obviously) et, entre autres choses, une version longue de « Leave Me Alone » où Michael raconte son rapport à la célébrité, aux tabloïds, aux fans. Mais la palme revient tout de même à la version longue de « Smooth Criminal ». Parce que cette chorégraphie reste sûrement la plus incroyable de la carrière de Michael Jackson, parce qu'il n'a jamais autant la classe qu'en racaille/costard des années 1930, et parce que la séquence introduit l'un des meilleurs moments de Moonwalker.

3. Les effets spéciaux du futur (antérieur).

Ce moment-là, c'est quand les trois petits potes de Michael sont acculés par le grand méchant Big (joué par Joe Pesci, nous y reviendrons) et son armada. La pop star n'a d'autre choix que de se transformer en énorme robot-tueur façon Power Rangers, de faire exploser toute cette bande de vilains avant de se transformer en vaisseau spatial pour envoyer définitivement ad patres Mr. Big et son gros (très gros) missile. C'est déjà épique en le lisant, non ? Alors attendez de voir l'image. Parce qu'il y a un twist : pour un film de 1988, c'est vraiment très, très bien fait. Les effets spéciaux sont encore plus convaincants que certaines scènes de séries SyFy sorties en 2015. On comprend donc où est allé se nicher l'énorme budget de Michael Jackson. D'ailleurs le film tout entier regorge de perles visuelles assez bluffantes pour l'époque. Dans la séquence « Speed demon », Michael Jackson est transposé dans un univers de pâte à modeler/stop-motion façon Wallace & Gromit, et « Leave Me Alone » est une mine d'or de montage et collages à faire pâlir certains clippeurs actuels. Bref, Moonwalker compte parmi ce que l'imaginaire enfantin de Michael Jackson a fait de mieux : un Neverland un chouïa avant l'heure (il achetait son ranch la même année, en 1988), mais sans les polémiques.

4. Joe Pesci

Avant Nicolas Cage, dans la famille des acteurs aux carrières les plus incompréhensibles, il y avait Joe Pesci. Un acteur au talent fou, capable, entre un film de Scorsese, Sergio Leone, Oliver Stone ou son pote De Niro, de se perdre dans la malheureuse suite de Maman j'ai raté l'avion ou Jimmy Hollywood. Il faut bien manger. Mais il faut reconnaître que dans son rôle de Frankie « Mr. Big » LiDeo, Joe Pesci a passé à l'époque un cap dans la caricature du méchant. Avec sa tenue noire, sa queue-de-cheval pour le moins phallique, ses petites lunettes de soleil rondes et sa diction de mec qui attend son chèque à la fin du tournage, il a l'attirail complet. Il martyrise les gosses, leur fout des grosses beignes, n'est gentil qu'avec ses dobermans, et parvient, du coup, à énerver Michael Jackson ! Ce qui n'est pas une mince affaire. Joe Pesci dans Moonwalker, c'est la quintessence du jeu d'acteur tellement over-the-top qu'il en devient délectable. C'est le moment de vous y replonger, pour avoir des flashes en le regardant jouer dans The Irish Man de Scorses, aux côtés de Pacino et De Niro cette année.

En bref, si vous n'avez pas l'impression d'avoir marché sur la Lune après avoir regardé Moonwalker, je ne sais pas ce qu'il vous faut.

Joe Pesci Moonwalker

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