Photo Marin Driguez

avec les kids qui trainent autour du festival de cannes

Pendant que les projecteurs du monde entier se braquent sur le tapis rouge, certains continuent de vivre leur vie (presque) comme si de rien n'était.

par Marion Raynaud Lacroix
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28 Mai 2019, 11:15am

Photo Marin Driguez

Au festival de Cannes, des marchepieds protégés par une barrière en fer s’entassent face au tapis rouge. Leur situation est stratégique : elle permet aux fans qui s’y trouvent d’apercevoir des stars de près. À quelques dizaines de mètres, des chasseurs d’invitations en tenue de soirée attendent patiemment qu’un inconnu leur permette d’assister à une projection. Aux abords du Palais des festivals, sur la Croisette et dans les rues du vieux centre, des jeunes vivent leur vie loin des regards, tout près du festival qui attire les médias du monde entier. i-D les a rencontrés.

Antoine, 16 ans

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Peux-tu te présenter ?
Je m'appelle Antoine, j'ai 16 ans, je viens de Cannes et je suis au lycée. J'aimerais bien être footballeur professionnel et sinon, éducateur sportif.

Comment vis-tu le festival de Cannes ?
Je le vis bien, c'est une fierté de voir autant de gens connus venir à Cannes. Ça me touche pas forcément, j'ai pas hyper envie d'y aller mais quand je vois autant de yachts, ça me donne envie de réussir moi aussi !

Tu as déjà couru pour avoir un autographe ?
Je trouve ça un peu ridicule... Je me dis que si t'es une star, ça doit être hyper chiant, tu dois préférer être discret.

Jessica, 16 ans

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Peux-tu te présenter ?
Je suis Jessica, j'ai 16 ans. Je suis au lycée et je vis à Cannes depuis un an, c'est donc mon premier festival.

Comment perçois-tu le festival ?
C'est super agaçant : pendant le festival tout est bouché, les bus sont en retard et ça m'énerve beaucoup.

Ça ne t'a jamais fait rêver le festival de Cannes ?
Non, ce n’est pas vraiment mon délire. Je trouve ça un peu ridicule de regarder quelqu'un monter des marches à travers une barrière, je me dis qu'il faut vraiment s'ennuyer pour avoir envie de faire ça.

As-tu le sentiment que le festival profite à la jeunesse cannoise ?
Non, nous ne sommes pas conviés, ils ne font pas d'efforts pour intégrer les jeunes. Il n’y a que des vieux ou des personnes qui ne sont pas de Cannes, j'ai l'impression qu'ils se fichent un peu de nous.

Tu as envie de continuer de vivre à Cannes ?
Oui, et toujours en râlant.

Neal, 17 ans

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Peux-tu te présenter ?
Je m'appelle Neal, j'ai 17 ans. Je suis de Paris et j'ai vécu une année à Cannes. Je suis venu quelques jours pour passer voir des potes, c'est une ville à laquelle je suis très attaché. Je ne suis pas là pour le festival, c'est un hasard complet.

Qu'est-ce qui t'attache à cette ville ?
Je ne sais pas vraiment ... C’est l’atmosphère, il y a un côté cool, on n’a pas la pression comme à Paris. L'année que j'ai passée à Cannes est l'une des meilleures de ma vie.

Quel lien as-tu avec le festival de Cannes ?
Je n'ai jamais idolâtré le festival de Cannes, mais j'aime beaucoup le cinéma donc je m'y suis toujours intéressé - juste par rapport aux films en fait. Mon beau-père travaille dans le cinéma, il va souvent au festival, ce qui fait que je vois aussi le festival de l’intérieur. Il m'explique comment le festival fonctionne, me montre des photos de lui avec des stars... Je n’aurais jamais acheté des places pour y aller par moi-même, mais je comprends totalement !

Comment perçois-tu son rôle dans l'industrie du cinéma ?
Je crois que c'est surtout une histoire d'image : le tapis rouge est un symbole de succès, alors qu'en soi Cannes est une ville plutôt banale... En venant de Paris, on pense directement à la richesse, au luxe, aux stars mais tout ça ça ne dure que quelques semaines, le reste du temps Cannes vit dans une ambiance beaucoup plus calme. C'est un peu comme si la ville se réveillait.

Comment aimerais-tu voir évoluer ce festival ?
Je ne pense pas que je l’ouvrirais à plus de monde : je crois que le côté privé fait la spécificité du festival. Mais ce serait bien de mettre plus les films en avant, et un peu moins les stars.

Maeva, 18 ans

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Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Maeva, j’ai 18 ans, j'habite à Avignon et je suis venue spécialement pour le festival de Cannes.

Tu es venue pour voir des films ?
Non, juste pour observer le festival de l'extérieur. Je n'étais jamais venue avant.

Est-ce que ça a modifié ta perception du festival ?
À la télé, on ne voit que les bons côtés, là j'ai aussi vu les mauvais : les gens qui se battent pour aller devant, la pollution des grands bateaux, les déchets par terre…

Qu'est-ce qui t'a donné envie de venir ?
Les célébrités qu'on voit de près, tout ce qui est bling bling : j’adore !

Ça te donne envie de revenir ?
Ah oui ! Mais aussi pour voir des films parce que ça devient un peu répétitif si on ne reste qu’à l’extérieur du festival.

Si tu avais pu voir un film de cette édition, tu aurais choisi lequel ?
Le film de Tarantino avec Brad Pitt et Leonardo Di Caprio !

Comment décrirais-tu le festival à quelqu'un qui n'y a jamais été ?
Je crois que c'est quelque chose qu'on doit faire une fois dans sa vie : c'est quand même la classe de voir des célébrités en vrai ! Ça permet de voir les gens qu’on aime et de s'intéresser à leurs films après. Et puis franchement, quand je vois tout ça, ça me donne un peu envie de faire quelque chose de ma vie.

Tu as toujours été une fan ?
Oui depuis que je suis née ! Je ne sais pas trop comment l'expliquer mais j'ai toujours été fascinée par la célébrité.

Thomas, 20 ans

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Peux-tu te présenter ?
Je m'appelle Thomas, j'ai 20 ans et ça fait 20 ans que je vis ici. Je travaille dans les bateaux et à côté de ça, je suis aussi Dj dans des rave parties.

Tu as donc grandi avec le festival ?
Oui, et c'est un mouvement de plus en plus gros, qui ramène de plus en plus de monde. Ça commence à être lourd, c'est impossible de circuler et puis je trouve qu'il y a chez certaines personnes quelque chose d'indécent à passer leur temps à s'afficher.

Comment perçois-tu le tapis rouge ?
C'est leur passion, s'ils ont envie de photographier des gens connus et que ça leur fait plaisir, je n'y vois pas de problème. Je suis plutôt hors-système, donc forcément, tout ça me semble très loin de moi.

Tu as le sentiment que le festival profite à la jeunesse cannoise ?
Un petit peu. Le palais des festivals recrute énormément, beaucoup d'amis à moi ont été embauchés sur cette période. Par contre, pour avoir des invitations, il faut être pistonné, passer par la mairie ou connaître des gens - on n'a pas ce privilège. Pour ce qui est du développement je trouve ça énorme : j'ai l'impression que plus ça va, plus Cannes va ressembler à Monaco.

Tu es Dj. Les fêtes cannoises te font-elles rêver ?
Non, du tout ! C'est pas du tout mon genre. Je préfère me retrouver avec mes potes autour d'un mur de son.

Camille, 18 ans

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Peux-tu te présenter ?
Je m'appelle Camille, j'ai 18 ans. Je suis lycéenne à Cannes, mais je vais bientôt partir à Londres et j'ai plutôt hâte parce que je n'aime pas trop la période du festival.

Tu as grandi ici ? Comment te sens-tu dans cette ville ?
Ça fait 7 ans que j'habite à Cannes. C'est sympa parce qu'il y a la mer, les couchers de soleils mais l'ambiance est bof.

Le festival rythme un peu l'année pour les cannois, comment tu le perçois ?
Moi ça ne me dérange pas plus que ça, mais ce n’est pas vraiment mon délire, je ne pourrais pas attendre des heures pour regarder un film... Mais si les gens sont passionnés, je comprends ! J'aimerais que ce soit plus ouvert, que plus de gens puissent y accéder et que ce soit moins privé, parce que sinon c'est très restrictif.

Est-ce que tu t'es construite en idolâtrant les stars du festival ?
Non pas du tout, mais je peux comprendre qu'on soit passionné par un réalisateur qui a fait un bon travail et qu'on soit hyper motivé par le cinéma. Par contre dans le côté fan, il y a presque un truc qui me dégoûte : comment peut-on en arriver à aimer quelqu'un plus que soi-même ? Je crois qu'il faut d'abord essayer de s'aimer soi avant d'aimer des gens qu'on ne connait pas.

Issra, 13 ans

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Peux-tu te présenter ?
Je m'appelle Issra, je suis au collège Gérard Philippe en classe de 4ème. Je vis à Cannes depuis que je suis toute petite.

Comment voyais-tu le festival quand tu étais petite ?
Je n'y faisais pas vraiment attention mais je sentais bien qu'une fois dans l'année, Cannes était mis à l'honneur. Ça me faisait drôle de voir la ville dans laquelle j'ai grandi, passer à la télé.

Toutes ces stars, qu'est-ce que ça t'inspire ?
Je ne suis pas très intéressée par le côté star et en même temps, je comprends que ça puisse faire rêver les gens. Les stars et le cinéma, ça va ensemble.

Que fais-tu ici ?
Je suis dans une classe avec une option cinéma audiovisuel. Et on a un projet autour du festival avec le thème "les insolites de Cannes". Je dois donc prendre une photo autour de ce thème.

Qu'est-ce qui te semble insolite ici ?
Les gens ! Ils sont très différents, ils viennent de plein d'horizons et j'ai l'impression de croiser tout le temps de nouvelles personnes. Chacun a son style, et ça crée un mélange très surprenant.

Samir, 25 ans

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Peux-tu te présenter ?
Je m'appelle Samir, j'ai 25 ans et je suis comédien.

C'est la première fois que tu viens à Cannes ?
Oui, je fais partie des talents Cannes ADAMI 2019. J'ai joué dans un court-métrage diffusé au festival qui sera retransmis en septembre sur France 2.

Comment vis-tu cette expérience ?
C'est une super expérience mais j'ai du mal avec le côté promo qui entoure le film, j'ai toujours peur de dire une bêtise. Cannes est un festival énorme, à l'image de l'industrie du cinéma et parfois j'ai l'impression que quelque chose d'autre se joue.

Tu dirais que c'est quoi qui se joue ?
Je ne sais pas exactement quoi parce que je n'ai pas les codes mais tu vois là, on parle pendant qu'un mec se pose en hélicoptère sur son yacht : c'est un monde que je ne connais pas et je me dis que c'est tant mieux.

Ça ne t'attire pas plus que ça ?
Personnellement, je pense que la pauvreté, ça aide à être créatif ! Quand je vois ça, j'ai peur de perdre la tête : quand tu fréquentes ce genre de truc, comment tu peux retourner dans le 93 et vivre ta vie comme avant ? Je suis très heureux d'être là, de monter les marches mais c'est très bizarre : je n'ai pas l'habitude de ça, des smokings... moi je suis plus survêt ! Je pense que l'important, c'est d'aller vers les autres, de découvrir, de voir.

Ton rêve, c'est donc d'être acteur ?
Mon rêve, c'est de raconter des histoires, d'être devant ou derrière la caméra et de changer l'image que les spectateurs ont de la vie. La fame et le côté bling bling, ça ne m'intéresse pas. Je veux chambouler comme on m'a chamboulé. Pour moi, faire de l'art, c'est parler à l'humanité, laisser une trace et dire comment va le monde. J'ai plein de choses à raconter et j'espère travailler avec des gens qui m'y aideront.

Marine, 23 ans

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Peux-tu te présenter ?
Je m'appelle Marine, j'ai 23 ans, j'habite près de Cannes, je travaille ici et je traîne beaucoup par là avec mes potes.

Comment perçois-tu le festival ?
C'est sympa parce que ça ramène du monde, ça aide les commerces et les restaurants mais pour les Cannois c'est un peu compliqué au niveau du transport, des embouteillages...

Depuis que tu le connais, sens-tu une évolution ?
Oui, j'ai l'impression que le festival a changé, que c'est moins glamour, moins bling bling qu'avant. Il y a moins de financements, donc moins de soirées, moins de choses à faire. Et tout simplement moins de monde.

Comment aimerais-tu le voir évoluer ?
Je respecte le fait que ce soit un cercle assez restreint mais je trouve dommage qu'il n'y ait pas plus de gens qui y aient accès. Plein de gens attendent qu'on leur donne des places avec leurs pancartes "invitations" et parfois, ceux qui sont invités ne restent même pas jusqu'au bout de la séance ! Je me dis qu'ils pourraient laisser des places à ceux qui ont vraiment envie de voir les films.

Le tapis rouge, qu'est ce que ça t'inspire ?
C'est pas quelque chose que je ferais mais je peux comprendre l'envie de rencontrer en vrai quelqu'un qu'on ne connaît qu'à travers un écran.


Photographie : Marin Driguez

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