Photographie Adrien Dirand

à quoi ressemblera dior dans 1000 ans ?

L'artiste américain Daniel Arsham se livre dans une interview exclusive pour i-D et nous explique la façon dont il a imaginé la scénographie du dernier défilé Dior.

par Ryan White
|
24 Juin 2019, 10:16am

Photographie Adrien Dirand

Depuis son arrivée, le règne de Kim Jones à Dior est marqué par sa propension à collaborer avec des artistes – l’illustrateur punk Raymond Pettibon et le street artist KAWS peuvent en attester. Cette saison ne fait pas exception à la règle. Cette fois-ci, le designer britannique a fait appel à Daniel Arsham (artiste américain connu pour ses installations et ses designs architecturaux distordus) pour travailler sur la collection printemps/été 2020, la scénographie et le logo qui l’accompagnent. Une fois de plus, Kim Jones a trempé son travail de concepts allant bien au-delà de la mode à proprement parler, déployant une foule d’idées et autant de disciplines artistiques.

Réunissant l’art, la vidéo et l’architecture, le travail de Daniel Arsham a toujours eu un pied dans le futur : il n’y a qu’à voir l’œuvre qui a inspiré la collaboration Dior, Future Relics, une série d’installations qu’il décrit comme « 9 vignettes qui s’étalent sur le temps long », dans un décor imaginaire et dystopique où tous les objets de notre quotidien sont devenus des fossiles obsolètes. Des immenses logos qui recouvrent l’extérieur du show au design éphémère du bureau de Christian Dior – totalement repensé en matériaux géologiques – ce défilé printemps/été 2020 répond à une question : à quoi Dior pourrait bien ressembler dans 1000 ans ?

« Je suis de près le travail de Kim ces dernières années, j'adore ce qu'il fait, assure Daniel Arsham. La seule autre collaboration à notre actif, c’était pour le magazine A Magazine Curated by… J’avais dessiné le chien de Christian Dior, celui de Kim, et le chien qui est dans mon studio, Dexter. On bossait beaucoup en s’envoyant des textos. C’est lui qui m’a demandé si j’étais intéressé par ce nouveau projet. » Continuez à lire, Daniel Arsham nous a dit tout ce qu’il y avait à savoir de cette dernière collaboration Dior.

1561154597405-SCENOGRAPHY-DIOR-MENS-SUMMER-2020-SHOW-BY-ADRIEN-DIRAND-11
Photography Adrien Dirand

Quel travail as-tu fourni pour la collection homme printemps / été 2020 de Dior ?
On a commencé par passer beaucoup de temps dans les archives Dior en partant des années 19650, à l’affût des designs et des objets créés par Mr Dior lui-même ou qui lui étaient très personnels. L’inspiration de la collection part de là. L’idée, c’était d’identifier ces pièces iconiques : une pendule qui se trouvait dans l’atelier de Christian Dior à Paris, le téléphone qui était posé sur le bureau de sa maison du sud de la France.

Ensuite, il fallait réinterpréter ces objets, les penser comme des reliques archéologiques, comme s’ils avaient été retrouvés 1000 ans voire 10 000 ans auparavant. J’ai repensé la matière de ces objets, je les ai recréés en différents cristaux : quartz, sélénite, calcite bleu et rose. Grâce à cette transformation presque alchimique, les objets ont commencé à vraiment prendre de l’âge. Kim a repris une partie de l'exploration matérielle que j’expérimente dans ce projet – mais aussi dans ma pratique artistique plus générale – et en a fait l’inspiration d’une grande part de sa collection. Il y a référencé le travail que j’ai pu faire dans le passé, et l’a subtilement intégré dans la collection.

1561154618578-KEY-LOOKS-DIOR-MENS-SUMMER-2020-SHOW-LOOK-1

Tu as dit un jour vouloir amener l’architecture aux limites de ce qu’elle est capable de faire – est-ce que la même chose est possible avec vêtements ?
L’artisanat que Kim et Stephen Jones ont employé pour cette collection est magnifique. Ils ont réussi à transposer mon travail, ma technique de cristallisation et mon exploration matérielle. Ils ont fait des choses que je pensais impossible au début, notamment avec la joaillerie, que l’on doit à Yoon, d’Ambush. Elle a réussi à donner un teint mat assez miraculeux aux cristaux, de telle sorte qu’on ait l’impression que les bijoux viennent d'être exhumés, dans le futur. Ils ont pris de l’âge, mais de très belle manière.

De quelle façon la mode a-t-elle pu inspirer ton travail ?
J’ai énormément d’amis dans la mode. Probablement plus que la plupart des « artistes visuels ». L’énergie de ce milieu m’inspire, la façon qu’ont les designers d’utiliser les matériaux, leur aspect « portable », leur confort, leur fonction ou leur non-fonction, et le rapport à l’histoire. J’ai observé mes amis construire leur esthétique au fil de longues années, il ne fait aucun doute qu’ils m'ont inspirés.

1561154703868-KEY-LOOKS-DIOR-MENS-SUMMER-2020-SHOW-LOOK-10