on a parlé mode et futur avec la star de l'astrologie, susan miller

À l'occasion de la sortie de son nouveau sac, le "Tali", décliné en 12 versions, Kenzo a collaboré avec l'astrologue américaine dans l'élaboration d'une nouvelle application mêlant mode et astrologie. i-D l'a rencontrée.

par Micha Barban Dangerfield
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26 Avril 2019, 3:40pm

« Tu t’es brulé la langue en buvant ton café ce matin ? Ah ben ça, c’est Mercure en rétrograde, cherche pas chéri. » Cette formule, on l’a tous entendue dans la bouche d’un(e) ami(e) nourri(e) aux graines, d’une vieille tante un peu allumée ou d’un collègue qui sent l’eucalyptus. Son usage systématique a quelque chose d’exaspérant mais il en dit long sur l’enthousiasme collectif que suscitent aujourd’hui certaines pratiques mystiques.

Du yoga Bikram aux Tentes Rouges en passant par la cartomancie, le mysticisme s’impose comme un pied de nez au « sens commun », à la logique et au pragmatisme à outrance. À tout ce qui est « vérifiable » en somme. Et l’astrologie ne fait pas figure d’exception. Plus accessible qu’un trip lustral sous Ayahuasca, elle s’établit comme la nouvelle routine d’un quotidien qui ne fait plus vraiment sens pour beaucoup d’entre nous. Tous les matins, un petit bip et une bannière sur nos écrans de portable viennent nous rappeler que quelque part, dans l’immensité de l’univers, une étoile se charge de faire avancer notre destin, par un simple mouvement orbital.

À la fois business juteux et moyen de « développement personnel », l’astrologie est devenu l’ultime recours (et contradiction) d’une société hyperrationalisée. Et ça, l’astrologue star Susan Miller l’a bien compris. Depuis 1995, elle sonde les étoiles et propose ses services sur une multitude de plateformes (TV, applis, livres, site web, etc), cours les talk-shows et prédit, depuis peu, la mode chez Kenzo. À l’occasion de la sortie d’un nouveau sac, baptisé le « Tali », la maison a confié à Miller la mission de conseiller ses clients dans l’achat de leur sac en fonction de leur signe astrologique, et ce à travers une nouvelle application. À son tour, i-D en a profité pour consulter.

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Comment devient-on astrologue ?
Pour ma part, tout est parti de ma maladie. Je suis née avec un problème à la jambe gauche qui m’a causé, toute mon enfance, des crises de douleurs insupportables, aussi soudaines qu’incontrôlables. Chaque crise me clouait au lit, pendant des semaines. J’ai subi une opération à l’âge de 14 ans, et passé un an à l’hôpital. Ma mère, à cette époque, étudiait l’astrologie mais refusait de me l’enseigner. De mon côté, je voulais absolument trouver une raison à ma maladie, comprendre pourquoi je souffrais. J’ai d’abord demandé aux étoiles si je pourrais un jour marcher correctement. J’ai envoyé ma requête à une astrologue connue pour ses tribunes régulières dans un magazine, tribune à travers laquelle elle m’a un jour répondu. En découvrant sa réponse (et ma démarche tenue secrète jusque-là), ma mère a pris conscience d’une chose : cette question m’obséderait toute ma vie. Elle a fini par accepter de me transmettre son don.

« Je ne crois pas que la logique occidentale interdise aux individus de se tourner vers le mystique, mais une chose est sûre, c’est qu’elle empêche l’intuition de s'exprimer. »

L’astrologie a beaucoup changé depuis ?
Internet a bouleversé l’astrologie. Pour le meilleur et pour le pire. Ce qui est génial, c’est qu’aujourd’hui, l’astrologie est accessible à la plupart d’entre nous. Imaginez qu'en 2500 avant JC, le moment où l’on date les premières apparitions de l’astrologie telle qu’on la conçoit, elle était l’apanage des rois. Mais cette démocratisation a ses limites. Sur internet, les gens ont accès à des dizaines de lectures astrales et il est impossible de démêler le faux du vrai. À quel discours peut-on s’attacher ? À qui revient la légitimité de lire les étoiles ? Pour être astrologue, il ne s’agit pas seulement d’être doté d’une sensibilité à part, il faut aussi pouvoir faire preuve de cartésianisme, adorer les maths et pouvoir cartographier le ciel tout entier.

Les nouvelles générations manifestent un intérêt tout particulier pour le « mystique » en général. L’astrologie connaît à ce titre un nouvel essor. Comment l’expliquez-vous ?
Les nouvelles générations sont très éduquées mais aussi dotées d’une sensibilité rare. Elles traversent selon moi une phase de désillusion extrêmement violente : tout ce que leurs parents leur ont toujours dit s’est avéré faux. Ou irréalisable. Nos sociétés les ont privées des promesses qui leur avaient pourtant été faites. Ceux que l’on nomme les « millenials » ont en commun une colère tout à fait juste. Et lorsque la réalité n’amène plus aucune réponse, il est tout à fait logique de chercher ces réponses ailleurs. Il est aussi intéressant d’observer le nombre d’hommes qui consultent aujourd’hui des astrologues. Pour ma part, ils représentent près de 40% de ma clientèle. Selon moi, ce nouvel engouement masculin pour les astres révèle aussi une redéfinition de la place de l’homme dans l’univers, une quête. Parmi mes clients masculins, je compte beaucoup d’hommes d’affaires. C’est pour dire à quel point la raison ne prévaut pas toujours sur le sensible, même dans les milieux où l'on s’y attend le moins.

Sommes-nous en train d’assister à une « crise de la raison » ou un triomphe de la sensibilité ?
Dans le bouquin La prophétie des Andes, il est possible de voir que le courant New Age avait déjà anticipé le malaise que génère l’obsession de l’Occident à l’égard des sciences, des faits, de la logique, bref de tout ce qui peut être « prouvé ». Cette manie intellectuelle a fini par ramener au rang d’irrecevable tout ce qui ne convient pas à la « logique ». Et je suis persuadée qu’en bornant la pensée, les Occidentaux n’ont fait que poser les bases d’une frustration collective. La mise à l’écart du religieux est intéressante à observer aussi. L’astrologie n’est pas incompatible avec la religion : les étoiles sont à mêmes de nous montrer la façon dont nous sommes liés, individuellement, à nos croyances et à celles des autres. Pour ça, il faut se tourner vers la 9ième et 12ième maison de notre thème astral. Je ne crois pas que la logique occidentale interdise aux individus de se tourner vers le mystique, mais une chose est sûre, c’est qu’elle empêche l’intuition de s'exprimer.

« Savez-vous que le thème astral d’un individu ne pourra jamais se reproduire à l’identique, dans l’histoire de l’humanité ? Selon les étoiles, il n’y aura jamais quelqu’un comme toi. »

Pensez-vous que les nouvelles générations sont plus intuitives que leurs ainés ?
Oui, et le conseil que je peux leur donner est celui de faire confiance à leurs intuitions. Pendant trop longtemps, nous avons fonctionné avec deux cerveaux gauches. Il est temps de réactiver le côté droit de notre cerveau et d’interroger le monde à nouveau, au-delà des faits. Les nouvelles générations partagent une certaine irrévérence, tout à fait saine. Elles comprennent peut-être un peu mieux leur individualité : elles ne la vivent pas comme un fardeau. Savez-vous que le thème astral d’un individu ne pourra jamais se reproduire à l’identique, dans l’histoire de l’humanité ? Selon les étoiles, il n’y aura jamais quelqu’un comme toi. Même des jumeaux ne naissent pas sous la même étoile. Il ne faut donc pas écouter les désirs des autres, ceux des parents qui souhaitent à tout prix que leurs enfants deviennent médecins ou journalistes. À chacun ses étoiles.

Y a-t-il des questions auxquelles vous ne pouvez pas répondre ?
Oui plein ! Durant les dernières élections américaines, j’ai été invitée sur des plateaux télé. J’ai été surprise qu’on me demande de but en blanc « qui sera le prochain président ? » Aucune idée. Ça dépendra des votes. Voilà ce que je pouvais leur répondre.

Récemment, vous avez travaillé avec Kenzo autour d’une série de « sacs-amulettes » dont vous avez commenté les propriétés. La mode peut-elle être considérée comme un espace de prédiction selon vous ?
Le rôle d’un artiste ou d’un créateur est de saisir les mouvements de fond d’une société avant qu’ils ne fassent surface. De la même façon que l’astrologie, il y a dans la création un principe d’anticipation, de prédiction. Quand Kenzo m’a présenté 12 sacs-à-main, tous décorés d’un œil qui s’apparente à une amulette, me demandant d’écrire des poèmes à leur sujet, j’ai trouvé l’exercice très excitant. Finalement, la mode n’est-elle pas une forme d’oracle ? Concrètement, l’astrologie peut se servir des signes qui se manifestent dans le réel. Les couleurs font partie de ces signes. Le vert par exemple suggère un esprit communautaire, une volonté de se rapprocher du collectif. C’est aussi la couleur des Vierges. Les Verseaux auront tendance à choisir un rose éclatant, qui révèle un esprit séditieux et novateur, une remise en question des traditions. Le rouge est une couleur porte-bonheur. Mon père, qui est italien, m’a toujours dit de porter du rouge sur moi pour tenir les mauvais sorts à distance. Notre place dans l’univers ne dépend pas seulement de la façon dont on se positionne mais aussi des signes qui nous sont envoyés – comme des lignes de conduite, des réajustements. Je pense que ces réajustements sont ensuite mis en œuvre à l’aide de petites choses qui peuvent parfois nous paraître insignifiantes. La mode est une façon de réajuster sa position dans l’univers, de se renouveler.

Ok. Pour finir, une question impossible : que doit-on attendre des prochains mois ?
Je peux déjà vous dire que 2020 sera une année des plus importantes. En astrologie, les moments de conjonction des astres ont une grande influence. Pour vous figurer la chose plus simplement, imaginez une horloge dont les deux aiguilles s’alignent sur le 12. C’est ça, une conjonction astrologique. C’est le début d’un cycle, ce qui précède un tas d’opportunités, d’obstacles et d’évènements. La demi seconde qui précède le grand saut. 2020 est une année pleine de conjonctions.

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