grâce à frank ocean, les cassettes vhs sont (enfin) redevenues cool

Avec la sortie d’Endless au format cassette il y a quelques jours, ce grand fan de vidéo qu’est Frank Ocean a été on ne peut plus clair : il est temps de ressortir nos vieux magnétos.

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déc. 11 2017, 9:16am

Screenshot via YouTube

Cet article a été initialement publié dans i-D US.

Les visuels 4K haute définition peuvent bien être à portée de doigts, ça ne va certainement pas empêcher les cassettes VHS de faire leur come-back. Et en force. C’est devenu clair le jour où Frank Ocean, dont on peut louer l’avant-gardisme sans trop se risquer, a sorti une version VHS de son album visuel Endless. Une offrande surprenante mais pas tant, à l’heure où des versions VHS des plus grands classiques de Disney s’arrachent sur internet pour quelques centaines de dollars, et où un musée de la VHS ouvre à Bushwick. La résurrection du format vintage fait sens, après tout. Cette année, la tenace nostalgie des années 1980 a imprégné tous les aspects de la pop culture : Balenciaga a rendu hommage aux épaulières, la saison 2 de Stranger Things a réussi en quelques épisodes à référencer quasiment tous les blockbusters de la décennie 80 et les sons DIY à la main lourde sur le synthé inondent Soundcloud et Bandcamp. Quoi de plus logique alors, quie de voir revenir dans la tendance les projections VHS de films de l’époque ?

Ce retour en force du lo-fi est à contempler de multiples façons. Particulièrement aujourd’hui, quand les films sont si clairs et nets qu’on pourrait presque y compter les pores de la peau de nos acteurs préférés. Peut-être les cinéphiles ont-ils envie d’échapper à tout ce que la technologie actuelle a de clinquant. Tout ce qui peut désorienter et déconcentrer. Ou peut-être sommes-nous simplement nostalgiques de notre enfance (des cassettes orange de Nickelodeon, par exemple). Voici quelques raisons qui expliquent, selon nous, le retour des cassettes VHS dans la sphère du cool.

Frank Ocean est un fou de VHS.
On a parfois l’impression que Frank Ocean vit hors de 2017. Dans un univers parallèle. Lui qui s’abstient de toute activité sur les réseaux sociaux (à part quelques messages irréguliers et cryptiques sur son Tumblr) et qui utilisaità un Contax T3 35mm vintage pour photographier le gala du Met cette année. Tout ça pour dire qu’il n’y a rien d’étonnant à voir la cover star d’i-D s’énamourer des cassettes VHS. Elles sont l’ultime throwback.

Il est possible, aussi, que Frank Ocean rende de cette façon un hommage à Michael Jackson, pionnier de la musique visuelle moderne dès le début des années 1980. C’est MJ qui a porté le clip au rang d'art, avec la vidéo de « Thriller », sortie alors que le succès commercial des cassettes VHS vivait son apogée. Pendant un bon moment, la version VHS du clip mythique est restée comme la cassette la plus vendue de tous les temps. D’une certaine manière, sans « Thriller », Endless n’aurait jamais été possible.

Frank est aussi un fou de cinéma. L’an dernier, il publiait une liste extensive de ses films préférés dans son fanzine Boys Don’t Cry. Une liste qui comptait des classiques comme Orange mécanique, Taxi driver ou Vol au-dessus d’un nid de coucou. Et il n’est pas difficile de s’imaginer que la pop star de 30 ans a regardé certains de ces films-là pour la première fois en VHS.

Les cassettes VHS sont désormais préservées.
L’audio et l'image d’une cassette VHS ne durent pas pour toujours. Au fil du temps, la bande s’use et fini par rendre le contenu impossible à regarder. C’est pour ça que certains archivistes, comme ceux du collectif XFR, s’attellent à numériser les cassettes VHS pour conserver les images de leur mariage, des enregistrements d’émissions de télé ou de leur webcam de tableau de bord. « Dans la tête de tous les membres de Transfer Collective, il y a un tic-tac, une horloge qui tourne, » expliquait récemment Mary Kidd à NPR. Bien heureusement, les 155 cassettes jusque-là numérisées par XFR sont disponibles et à découvrir gratuitement sur Internet Archive. On y retrouve notamment un long broadcast de la chaîne américaine C-SPAN de 1999 (avec un Jacques Chirac à retrouver dans ces 6 heures d’infos), des vieux épisodes de Digimon et une pub un peu gênante (années 1990 obligent) pour une tondeuse à cheveux.

On retrouve aussi aujourd’hui des sites sur lesquels les gens peuvent se rendre pour se rappeler du bon vieux temps, quand on se matait les blockbusters sur VHS et qu’on était contraints de se lever du canapé pour rembobiner la cassette. Le site VHS Collector contient des forums évocateurs, comme Renting Memories ou Favourite Video Artwork. On y trouve même un documentaire sur les fanatiques actuels des cassettes VHS. Daté de 2013 (et disponible en VHS, bien entendu), Adjust Your Tracking capture toute l’énergie de cette contre-culture émergente et des collectionneurs de cassettes les plus avides et méticuleux.

Les gens payent pour voir des films VHS projetés au ciné.
Certaines salles de cinéma un peu tendance, comme le Nitehawk de Brooklyn, se sont récemment mises à projeter des films des années 1980 sur des lecteurs VCR. Généralement, les VHS projetées au Nitehawk sont prêtées par le collectif Horror Boobs, à qui il est arrivé de louer un entrepôt à Bushwick pour que des vendeurs viennent s’échanger et se vendre leurs cassettes. Cette obsession ne se limite pas aux Etats-Unis. En 2015, un débat était organisé en Nouvelle-Zélande sur l’impact de la VHS sur le cinéma et la culture populaire, en présence d’un panel de « passionnés ». (Peut-être que les Kiwis sont les vrais lanceurs de tendances.) Et l’an dernier, VivaVHS organisait une série de projections nocturnes à Londres.

La cassette VHS n’est pas qu’un artefact, c’est un art.
Les musiciens et les amateurs de cinéma ne sont pas les seuls à célébrer ce format obsolète. Certains artistes ont dédié des expositions entières à ces rectangles en plastiques qui infusent notre nostalgie. L’année dernière, le New York Times écrivait sur une galerie d’art de Los Angeles qu’une performance d’un collectif avait transformé en un vidéoclub temporaire qui ne comptait 4000 cassettes VHS, toutes du film Jerry Maguire.

Et puis il y a eu cet été l’installation artistique (à Los Anges encore) Slashback Video, qui prenait également la forme d’un vidéoclub. Mais celui-ci avait un choix plus large, avec notamment tout un tas de films d’horreur vintage. « Dans les vidéoclubs de l’époque, les boîtes des VHS et les dessins ou photos qui ornaient leur couverture avaient quelque chose de magnifique, expliquait Ryan Turek dans un communiqué, un des organisateurs de l’installation. Puis il y avait la sélection de l’équipe de la boutique, des petites pancartes qui indiquaient les dernières sorties VHS, une lumière particulière, des rangs entiers de films, et tout le temps qu’il nous fallait pour les fouiller et se présenter au comptoir avec une sélection satisfaisante. »

Les VHS posséderont toujours ce charme si particulier, surtout pour ceux qui se souviennent d’avoir eu à épousseter une cassette pour éviter que la bande ne saute. Mais Frank Ocean compte parmi ses fans un grand nombre de jeunes ados, nés bien après l’âge d’or des cassettes VHS. Ce sont avant tout les DVD qui occupent leur mémoire et alimentent leur nostalgie. Alors on a fort à parier que, sous peu, les lecteurs DVD portables entreront à leur tour dans la sphère des reliques nostalgiques du passé.