Courtesy of Heather Glazzard

La marque inspirée par le dancehall à porter quand on pourra faire la fête

Le studio MMRMS de Londres propose une vision irrésistiblement sexy et queer de la culture caribéenne de la nuit.

par Mahoro Seward
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12 Janvier 2021, 1:24pm

Courtesy of Heather Glazzard

Voici les éléments rudimentaires du vocabulaire de la mode que fait Tommy Harvey : des coupes plongeantes et révélatrices, peu de couverture, et un amour prononcé pour les couleurs vives, les textures et la fabrication. En un simple coup d’oeil aux pièces qu’il a conçu pour sa jeune marque MMRMS Studio, que ce soit un bandeau en vinyle zippé, une mini robe qui montre les abdos ou un gilet en cuir, on ne peut que se rendre à l’évidence : ces vêtements sont faits pour danser.

Dans ce cas précis, c’est moins un two-step sage qu’un whine lent et sensuel. Pour Tommy, « mon travail a toujours été centré sur le dancehall, et mon héritage caribéen ». Comme la nature body-forward du vêtement le sous-entend, et quiconque a déjà entendu une chanson Spice le saura, le genre musical « a toujours été tourné vers le sexe, le sex appeal et la confiance en soi ».

MMRMS Lookbook Photography by Heather Glazzard

Pas besoin de rappeler l’influence que le dancehall a sur la culture mainstream contemporaine. Parmi d’autres jeunes designers londoniens  comme Bianca Saunders ou Grace Wales Bonner, c’est une source constante d’inspiration. Ce qui distingue le traitement de MMRMS Studio c’est sa manière d’inverser ce que l’on attend, traduisant la sexyness que l’on associe en règle générale aux protagonistes femmes de cette culture vers une approche queer et gender-fluid. « Dans mon approche il est question de prendre à rebours ce que l’on attend de la masculinité noire au sein du dancehall, cette idée qu’il faut être fort, structuré, exigeant » explique Tommy. « Je pense qu’il y a une sensualité subtile dans ce que je fais. Je ne suis pas fort tout le temps. Parfois j’ai pas la force d’être une bad bitch, et c’est ok. Je pense que les vêtements que je fais représentent cela, la subtilité d’un homme noir ».

MMRMS Lookbook Photography by Heather Glazzard

La culture mainstream du dancehall n’a historiquement pas toujours été   un refuge pour les individus LGBTQ+. Pour Tommy néanmoins, son approche n’est pas tant un acte subversif qu’une simple conséquence de sa jeunesse dans l’Est de Londres et la scène de la nuit queer, peuplée par les blancs mais menées par les personnes de couleurs. « Que ce soit PDA ou Pxssy Palace, il a toujours été question de porter certains looks et surtout de se sentir tout à fait à l’aise avec ce que l’on porte, porter ce qui nous donne confiance en soi, ce que l’on trouve sexy sur nous ». C’est en cela que son travail présente plus qu’une perspective individuelle, mais plutôt celle d’une large génération de jeunes queers issus de la diaspora caribéenne qui casse le moule qu’on leur avait donné et qui demande une place à la table d’où ils ont été exclus en disant à leur manière aux haters : « Tout le monde s’en fout de ce que tu penses. C’est ma culture autant que la tienne ».

« C’est un hommage à la scène caribéenne queer qui a été underground pendant longtemps à Londres, mais qui arrive sur le devant de la scène depuis peu. On voit beaucoup de nouveaux artistes queers aux backgrounds africains ou caribéens, et je crois qu’il était question de représenter l’émergence d’un nouveau style, d’un nouveau son qui fait son apparition récemment ».

MMRMS Lookbook Photography by Heather Glazzard

Comment cette approche se traduit-elle dans les coupes ? Des pantalons en PVC noir ou toile rouge se portent taille basse, alors qu’un harnais mock neck dans des tissus assortis est coupé pour tomber au dessus des pectoraux de celui qui le porte. Mais MMRMS Studio ne se limite pas à ces pièces pour faire la fête quelque peu provocantes. Regardez de plus près et vous verrez que les pièces apportent une attention incroyable aux détails. Prenons l’exemple d’un manteau en laine noire recouvert d’éléments en feutre rouge qui imitent des flammes. Le manteau résulte d’une écoute synesthésique de la chanson « Dambala » de Nina Simone. « J’aime écouter de la musique et sentir les formes, les intentions, les couleurs » dit Tommy pour parler de ses pièces qu’on a besoin de toucher autant que voir pour apprécier l’étendu des efforts qui ont été mis. Et puis il y a cette robe rose flashy nouée autour du buste. Fabriquée à partir de peau de poney teinte, on a envie de la voir en action, que les lumières du club se reflètent sur la matière.

Cela pourrait être étrange de faire des vêtements qui nous rappellent autant de souvenirs merveilleusement flous des longues nuits que nous passions dehors. Mais leurs pouvoirs se situent précisément là, nous rappeler les fêtes en sous-sol où nous transpirions il n’y a pas si longtemps. Espérons que nous les retrouverons dans pas trop longtemps non plus.

Cet article a été initialement publié par i-D UK.   

MMRMS Lookbook Photography by Heather Glazzard
MMRMS Lookbook Photography by Heather Glazzard
MMRMS Lookbook Photography by Heather Glazzard
MMRMS Lookbook Photography by Heather Glazzard

Credits


Photography Heather Glazzard
Styling Juanjose Mouko Nsue

MUA Jasmine Hamilton
Hair Man Wigs 
Casting Tide Casting

Assistants Nathan Rose and Arthur Boyd

Tagged:
Party
Designer